Alors que la fortune des milliardaires explose, les inégalités atteignent des niveaux alarmants : une grande partie de l’humanité souffre de la faim et de la misère ; le Comité international 17 octobre tire la sonnette d’alarme.
Villarceaux, France – 6 juin 2026 — Dans un monde où une poignée d’individus possède plus de richesses que la moitié la plus démunie de l’humanité réunie, une coalition internationale de défenseurs des droits humains a lancé une déclaration retentissante depuis le cœur de la France : trop, c’est trop.
La Déclaration de Villarceaux du Comité international 17 octobre dresse un constat accablant des inégalités mondiales — et une exigence de changement urgente et sans détour. La Déclaration affirme que la pauvreté est le résultat d’un échec politique, une violation des droits humains commise en plein jour. Elle témoigne que la pauvreté persiste en raison de discriminations profondément enracinées, de structures sociales et politiques oppressives, et du déni systématique de l’accès aux ressources et aux droits — laissant les personnes les plus vulnérables piégées sans aucune issue. Mais la Déclaration porte un message qui va au-delà de l’indignation. Elle affirme que la pauvreté peut être surmontée grâce au pouvoir des droits humains — un cadre moral et juridique capable de transformer les rapports de pouvoir inégalitaires, les systèmes sociaux, politiques et économiques oppressifs, et de garantir une participation réelle. Les personnes en situation de pauvreté ne sont pas le problème à résoudre. Elles sont les expertes que le monde a ignorées.
LES EXPERTS QUE LES GOUVERNEMENTS DOIVENT ÉCOUTER
Trop longtemps, les politiques de lutte contre la pauvreté ont été conçues par celles et ceux qui ne l’ont jamais vécue — dans des bureaux loin des réalités de la faim, du sans-abrisme et de l’humiliation. La Déclaration de Villarceaux dénonce cela non seulement comme un échec moral, mais aussi comme un échec pratique. Les personnes en situation de pauvreté possèdent un savoir irremplaçable, vécu de l’intérieur dans toutes les dimensions visibles et invisibles de la pauvreté. Elles comprennent, de l’intérieur, comment les systèmes échouent. Elles savent quelles politiques causent du tort, lesquelles créent des obstacles invisibles, et lesquelles portent une réelle promesse. Leur savoir, forgé par l’expérience vécue, constitue une expertise qu’aucun think tank ni ministère ne peut reproduire. « La co-construction des politiques avec les personnes en situation de pauvreté », affirme la Déclaration, est « indispensable à la justice, à la paix et à la démocratie ». Ce n’est pas un atout supplémentaire. Ce n’est pas une case de consultation à cocher. C’est un droit humain fondamental. La Déclaration appelle à un changement radical, passant d’une participation symbolique à une véritable délibération inclusive — reconnaissant les personnes en situation de pauvreté à la fois comme titulaires de droits et porteuses de savoirs, dont les voix doivent façonner les politiques qui régissent leur vie.
DES CHIFFRES ACCABLANTS
Les faits exposés dans la Déclaration défient toute croyance dans un monde d’abondance extraordinaire :
1 enfant de moins de cinq ans sur 5 n’a jamais été officiellement déclaré, invisible aux yeux de l’État dès sa naissance.
1 enfant sur 5 vit actuellement dans l’extrême pauvreté.
Deux tiers des travailleurs et travailleuses dans le monde exercent dans l’emploi informel — sans contrat, sans protection, et souvent dans des conditions précaires.
La moitié de l’humanité n’a aucun accès à la protection sociale.
La fortune des milliardaires a explosé de 81 % depuis 2020, tandis que des millions de personnes souffrent de la faim chaque jour.
« Bien qu’il existe suffisamment de nourriture et de ressources pour offrir une vie digne à chacun », affirme la Déclaration, « une grande partie de l’humanité a faim chaque jour et vit dans des conditions insupportables ». Ce n’est pas une question de rareté. C’est un scandale. Et celles et ceux qui en sont les plus proches en connaissent exactement les raisons.
« LA PAUVRETÉ EST PRODUITE » — ET LES DÉTENTEURS DU POUVOIR EN SONT RESPONSABLES
Dans des termes qui ne ménagent personne, la Déclaration affirme que les riches s’enrichissent parce que le système est conçu pour cela. Le Comité condamne la « concentration croissante du pouvoir économique et politique, y compris à travers la propriété des médias, le lobbying et le financement des campagnes électorales » et dénonce les choix politiques qui permettent à la fortune des milliardaires et aux profits des entreprises de s’envoler, tandis que les services publics dont dépendent des millions de personnes pour survivre sont démantelés.
L’urgence climatique ne fait pas exception. Les 10 % les plus riches de la population mondiale sont responsables de 77 % des émissions mondiales, et pourtant ce sont les communautés les plus défavorisées, qui n’ont presque pas contribué à la crise, qui sont laissées à subir la perte de leurs maisons, de leurs récoltes et de leurs moyens de subsistance à cause des catastrophes naturelles liées au climat. Elles tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Le monde n’a pas écouté.
RIEN SUR NOUS SANS NOUS
La demande de co-construction formulée par la Déclaration s’appuie sur un outil concret : l’Élaboration et l’Évaluation Inclusives et Délibératives des Politiques (IDEEP), un cadre fondé sur les droits humains qui intègre structurellement le savoir et l’expérience des personnes en situation de pauvreté dans le processus d’élaboration des politiques. Ce n’est pas de la charité. C’est la démocratie et la participation dans leur sens le plus plein.
La Déclaration est sans équivoque : les solutions à la pauvreté construites sans les personnes qui la vivent sont vouées à l’échec. L’histoire l’a prouvé, à de nombreuses reprises, à un coût humain considérable. La Déclaration de Villarceaux exige que les gouvernements arrêtent de répéter cette même erreur. « Reconnaître les personnes en situation de pauvreté comme titulaires de droits et porteuses de savoirs », affirme-t-elle, n’est pas optionnel — c’est « indispensable à la vie démocratique ». « Les attaques idéologiques contre les droits humains sont un déni des leçons de l’histoire, un échec moral, et ne servent que les puissants », affirme sans détour la Déclaration.
GUERRE, AUSTÉRITÉ ET IA : DE NOUVELLES ARMES CONTRE LES PERSONNES EN SITUATION DE PAUVRETÉ
La Déclaration alerte sur des menaces émergentes qui risquent d’aggraver encore les inégalités :
Les guerres sont cyniquement exploitées par des gouvernements éloignés des zones de combat pour réduire les dépenses sociales et détourner l’argent public vers les budgets militaires, « plongeant des millions de personnes dans la pauvreté » par ce biais. « La paix ne peut être réduite à l’absence de guerre. Elle exige la justice, la protection sociale, l’accès aux droits et la participation démocratique afin que les personnes puissent vivre libres de la peur, de l’humiliation et de la privation », affirme la Déclaration.
L’intelligence artificielle (IA) progresse à une vitesse fulgurante et, sans intervention urgente, ses bénéfices profiteront aux privilégiés tandis que ses risques retomberont sur les plus vulnérables. La Déclaration exige notamment que celles et ceux les plus affectés par l’IA, y compris les travailleurs en emploi précaire et les communautés confrontées à l’exclusion, aient une voix dans sa gouvernance.
L’austérité étrangle les services publics (santé, logement, éducation) qui constituent le rempart entre les personnes ordinaires et la misère. La Déclaration appelle sans équivoque à la protection et à l’expansion des services publics pour réaliser les droits et la dignité des personnes en situation de pauvreté, à un renforcement de la solidarité internationale et de l’espace budgétaire public pour financer les services publics, ainsi qu’à une coopération internationale et des systèmes de redevabilité multilatéraux garantissant que personne ne soit laissé de côté.
L’EXIGENCE : AGIR MAINTENANT
Le Comité a adressé un appel direct aux gouvernements du monde :
Écouter les personnes en situation de pauvreté. Co-construire chaque politique qui les concerne, en utilisant des outils tels que l’IDEEP qui rendent possible une participation réelle.
Taxer les ultra-riches. Financer les services publics. Mettre fin à l’hémorragie.
Garantir l’enregistrement universel des naissances d’ici 2030 — aucun être humain ne devrait être invisible aux yeux de son propre gouvernement.
Garantir une protection sociale universelle. Sans exception.
Protéger l’espace civique qui permet aux personnes les plus démunies, les plus laissées pour compte, de s’exprimer, de s’organiser et de revendiquer leurs droits sans crainte de répression ou de représailles.
UNE COURSE CONTRE LE TEMPS
Les trois prochaines années marquent un tournant décisif. 2026 marque le 60e anniversaire des Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques, ainsi qu’aux droits économiques, sociaux et culturels. 2027 marquera 40 ans depuis l’inauguration de la Dalle commémorative originale du 17 octobre sur le Parvis des droits de l’Homme au Trocadéro, à Paris, symbole d’humanité en hommage aux victimes de la faim, de l’ignorance et de la violence. Et 2028 marquera le 80e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, un document né des leçons douloureuses de l’histoire et fondement nécessaire à la construction et à la préservation de la paix entre les peuples.
Le message de Villarceaux est clair. Au-delà des moments commémoratifs, ces anniversaires doivent devenir des occasions de renouveler la prise de conscience de l’indivisibilité de tous les droits humains et de placer la lutte contre la pauvreté au centre de la transformation démocratique, sociale et écologique.
« UNIS POUR LA PAIX ET LES DROITS HUMAINS »
Pour les trois années à venir, de 2026 à 2028, le Comité appelle chacun à se rallier autour de son thème central « Unis pour la paix et les droits humains ». Concernant l’accent particulier mis en 2026 sur « Habiter la terre », le Comité déclare : « Un foyer sûr n’est pas seulement un toit. C’est un lieu où les personnes peuvent vivre sans peur, sans faim, sans humiliation ni exclusion ; un lieu relié aux droits et à la communauté ». Le Comité appelle à des commémorations plus fortes, plus ouvertes et plus inclusives du 17 octobre — Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, journée qui incarne la solidarité dans ce qu’elle a de plus fort. Le Comité appelle les personnes de toutes les générations, et en particulier les jeunes, à se tenir aux côtés de celles et ceux laissés le plus loin derrière, à entendre leurs voix, à apprendre de leur savoir, et à construire un monde où chaque personne, de la naissance à la mort, puisse vivre dans la paix et la dignité.
À propos du Comité International du 17 Octobre
Le Comité International du 17 Octobre promeut l’esprit fondateur de la Journée mondiale du refus de la misère / Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Cette journée a été observée pour la première fois en 1987, lorsque Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, et plus de 100 000 défenseurs des droits humains venus du monde entier se sont réunis sur le Parvis des droits de l’Homme et des Libertés au Trocadéro, à Paris, pour rendre hommage aux victimes de la faim, de l’ignorance et de la violence. Ils ont affirmé leur conviction que l’extrême pauvreté n’est pas une fatalité. Ils ont proclamé leur solidarité avec celles et ceux qui, à travers le monde, s’efforcent de l’éradiquer, et ont inauguré une dalle commémorative dont le texte dit : « Là où des hommes et des femmes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Joseph Wresinski
En 1992, par la résolution 47/196, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère, comme Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. À l’occasion du 17 octobre 2008, M. Cassam Uteem, ancien Président de la République de Maurice (1992-2002), et le Mouvement International ATD Quart Monde ont annoncé la création du Comité International du 17 Octobre.

