Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Haïti

Témoignage collectif

L'école a énormément de valeur pour nous mais nous rencontrons beaucoup de difficultés pour mettre nos enfants à l'école.

Alors que des parents ont déjà payé toute l'année scolaire, pour nous les plus pauvres, la rentrée est un vrai casse-tête. Certains parents ne savent même pas s'ils auront les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école en janvier.

L'année dernière, des enfants n'ont pas pu terminer l'année scolaire alors qu'on nous avait dit que l'école était gratuite. Faute d'avoir reçu les subsides, certains directeurs ont dû réclamer de l'argent alors que nous n'avons pas un sou.

Toutefois la compassion de certains d'entre eux a permis à des enfants de terminer malgré tout l'année scolaire. Les autorités doivent tenir leur parole. Un 'oui' doit être un 'oui'. L'école gratuite répondrait à un vrai besoin pour un grand nombre d'enfants.

Pour mettre nos enfants à l'école, même à l'impossible nous sommes tenus. L'école est tellement importante pour leur avenir. C'est elle qui leur permet d'aller plus loin. A l'école, les enfants apprennent des choses que nous ne pouvons pas leur apprendre à la maison.

L'école, c'est notre cheval de bataille.

Nous aimerions dire aux autorités de prendre conscience que nous, les plus pauvres, nous n'avons pas de moyens financiers : ils devraient nous aider à envoyer nos enfants à l'école, parce que l'école passe avant toute chose. Nous leur demandons de nous soutenir dans nos efforts afin que nous ne perdions pas courage. Il faut qu'il y ait plus d'écoles publiques. Elles sont actuellement insuffisantes et ne répondent pas au besoin des familles. Nous demandons aussi qu'il y ait plus d'écoles professionnelles parce qu'il n'est pas bon qu'un élève qui termine l'école classique ne puisse pas apprendre un métier pour mieux gagner sa vie.

Nous nous battons sans relâche.

Le petit commerce ne permet pas de donner à manger chaque jour à nos enfants parce qu'il y a des jours où nous ne vendons rien. Cela fait souffrir nos enfants. Maintenant, on ne peut plus faire un petit commerce avec une petite somme d'argent. S'il y avait du travail, il y aurait de l'espoir.

Beaucoup de gens meurent de faim. Avant, nous pouvions acheter de quoi manger. Aujourd'hui, le prix des produits de première nécessité a tellement augmenté qu'on ne peut même plus acheter une pomme de terre au marché. Nous demandons à l'Etat d'investir dans l'agriculture.

Le logement est un véritable problème pour nous. Beaucoup de gens ignorent à quel point la vie n'est pas facile pour nous : plein de gens sont sans abri et cherchent le soir une galerie pour pouvoir s'allonger. Ne pas avoir d'endroit où vivre, c'est vraiment très dur. Les enfants qui ont faim, un propriétaire qui nous humilie et qui nous injurie, ce sont des réalités que nous vivons et qui arrivent souvent. Quand on n'a pas d'argent pour payer le loyer, on est parfois hébergé. Avec 4-5 enfants, ce n'est pas facile d'être hébergé longtemps quelque part.

Celui qui ne sait ni lire ni écrire, souffre deux fois : même pour contracter un petit emprunt, il faut savoir signer. Or, c'est ce petit emprunt qui va nous permettre de nous débrouiller même si les dépenses dépassent les bénéfices. La pression pour rembourser est énorme parce que, qu'on vende ou non, nous sommes obligés de payer. Si nous n'avions pas cette possibilité d'emprunt, nos enfants souffriraient encore davantage parce que nous devons leur donner à manger chaque jour.

C'est la solidarité qui nous permet de tenir.

Lorsque nous nous rencontrons dans le mouvement ATD Quart Monde, nous partageons nos idées, nous essayons de nous comprendre les uns les autres, ça nous donne beaucoup de force et de courage. Aux mamans qui vivent dans la même situation que nous, nous leur disons : ne restez pas seules parce qu'à chaque fois que nous nous rencontrons, ça nous renforce. C'est important de partager ce qu'on sait avec d'autres. C'est vous-mêmes, nous-mêmes qui devons nous aider les uns et les autres et nous unir.

Le 17 octobre n'est pas une mince affaire. C'est quelque chose de très important dans nos vies. C'est le jour où nous pouvons faire entendre notre voix dans la société. Nous voulons vivre comme tout le monde. Personne n'aime vivre dans la misère. Si toute la société se joint à nous, nous écoute, prend conscience de ce que nous endurons, notre situation pourrait changer.

Journée Internationale pour l'Élimination de la Pauvreté
26/10/2015
Témoignage collectif
Belgique

Le 17, ces personnes ont droit à la parole.

« En ville, quand je passe devant des gens qui mendient, je leur dis bonjour. A la gare, un jeune mendie, je lui ai offert un café.

Et aussi une fillette de 16 ans, assise par terre avec son chien. Elle a été rejetée par sa famille, on ne lui a pas demandé pourquoi bien sûr! Comment le gouvernement autorise il ça , tous ces jeunes à la rue? Devant la banque ING, un monsieur pleure d’avoir perdu sa maman. Il me dit : "Vous êtes près de moi, vous me parlez. Ce qu’il y a dans mon petit pot de mendiant n’est rien. Vous, vous prenez du temps pour me parler." Je me dis toujours qu'on ne peut pas juger, on ne sait pas ce qu’il a souffert, ni pourquoi il est comme ça.

On en rencontre partout, dans les abris de nuit, des gens qui sont en ordre avec rien. Et même là, on ne les prend pas. Il y en a un avec ses valises, ça fait beaucoup de temps qu’il traîne comme ça. Quand j’ai dormi là, j’ai vu qu’on a jeté un homme contre une barrière et il a passé la nuit dehors. J’ai vu quand on a mis une dame de 62 ans dehors parce qu’elle avait une petit boite de bière. Elle s’est retrouvée à l’hôpital. J'ai vu la souffrance des abris de nuit et ce qu’ils subissent.

Le 17, ces personnes ont droit à la parole mais c’est tout le temps qu'on devrait les considérer. Beaucoup n’osent pas aller au CPAS, ou dans un bureau, ils ne sont pas respectés car on dit : ils sont mal habillés, ils ne sont pas lavés. Souvent, on va dire aux gens pauvres : je viens vers toi, pour t’aider, pour que tu changes… or ça n'apporte rien sinon du blabla! Mais si je dis : je suis ton ami, je suis ton frère, je vais t’aider et toi aussi tu pourras m’aider, je te donne une valeur, et tu me donnes une valeur. Ce n’est pas moi qui t’impose, c’est nous deux ensemble qui allons réaliser ce qu’on peut réaliser. »

Bernadette F et Michel B. Liège, Belgique octobre 2015.

21/10/2015
Bernadette F et Michel B
Belgique

Les visites dans ce quartier m'ont donné plein d'espoir!

"La semaine passée, j'ai été visiter à Valéria et son compagnon, un couple âgé qui vient d'être expulsé. Ils vivent dans leur camionnette derrière la maison, privés d'eau, de gaz et d'électricité depuis plus d'un mois.

 Sr Marianne m'a prévenue, elle habite le même quartier et rend visite chaque jour à de nombreuses personnes à la rue ou à des familles qui vivent dans des conditions très précaires.

Le même jour, Sr Marianne m'a emmenée voir Sylvie qui habite non loin de chez Valéria avec ses 3 enfants. Depuis leur expulsion, elle partage leur repas avec ce couple. Dernièrement, elle a vu un message sur Facebook demandant de l'aide pour un autre couple qui vit à la rue et va être relogé. Il leur manquait des casseroles pour cuisiner. Sylvie leur a donné les siennes! Les enfants lui ont demandé : comment allons nous manger ce soir? Ne vous inquiétez pas, leur a t-elle répondu, on ira chercher des lasagnes et je trouverai des casseroles dans un magasin bon marché!

Sylvie sait ce que c'est que de manquer de tout. Mais elle s'est nouée d'amitié avec son administratrice de bien qui lui a appris à gérer son budget, avec respect et considération.

Les visites dans ce quartier m'ont donné plein d'espoir! Surtout quand j'ai vu la fille de Sylvie, adolescente, qui en revenant de l'école, passait devant la camionnette de Valéria. Elle s'est arrêtée et avec un grand sourire l'a embrassée. Juste au moment où Valéria nous disait qu'elle n'en pouvait plus des insultes, des humiliations quotidiennes et des jets de pierre à leur encontre... »

Françoise B. Liège, Belgique, octobre 2015.

21/10/2015
Françoise B
International

Ils témoignent pour la Journée mondiale du refus de la misère

Aux Philippines, au Guatemala, Eden, Karina, Betza luttent avec d’autres pour que l’éducation soit accessible à tous. Le 17 Octobre 2015, ils témoigneront en vidéo lors de la commémoration de la Journée mondiale du refus de la misère à l’ONU.

Vous pouvez découvrir ici leur témoignage en vidéo.

Eden Mañalac vit au cimetière Nord de Manille, aux Philippines. Avec ceux de sa communauté et le soutien d’amis venus d’autres quartiers, elle s’implique dans les efforts de son pays pour une éducation réellement pour tous.

Karina Hombrados (de Escuintla au Guatemala), vendeuse de rue, agit dans son quartier pour une éducation réellement pour tous les enfants.

Etudiante de 21 ans, Betza Orozco vit dans un quartier populaire de Guatemala Ciudad. Elle explique combien il est difficile de suivre des études quand on vit la pauvreté au quotidien.

16/10/2015
Eden, Karina, Betza
République centrafricaine

Témoignage de Centrafrique pour la Journée Mondiale du Refus de la Misère

Ce témoignage collectif a été rédigé à partir de paroles et de réflexions échangées lors de différentes rencontres entre membres du Mouvement ATD Quart Monde dans ces dernières semaines.

La misère m'a traitée de tout : humiliation, violence, tout et tout. Le 17 octobre c'est la journée pour prendre en considération les douleurs dont chacun souffre. Quelqu'un qui a la douleur dans son coeur et entend ce que les autres disent sur la souffrance, il aura le courage. Et quand on partage sa souffrance, on reçoit la paix du coeur.

L'inquiétude ne manque pas mais nous qui cherchons la paix, on ne peut pas parler de l'inquiétude. Nous voulons construire un avenir durable. Un avenir durable, c'est quoi ? Aujourd’hui, nous sommes parfois incapables de parler d'une construction durable. Et se mettre ensemble pour y réfléchir est difficile. Tout le monde reste dans la grande peur.

Nous savons que le progrès, le vouloir-vivre-en-commun, le respect du bien commun, l'acceptation des étrangers, sont des valeurs que nous devons cultiver si nous voulons construire un avenir durable.

Nous savons que s’instruire est important pour un avenir durable. Nous voulons l’école pour les enfants, une formation pour les jeunes, des cours d’alphabétisation pour les adultes, parce que l’instruction, c'est le port de la réussite.  

Ce que nous faisons dans le mouvement ATD Quart Monde, ce ne sont pas des blagues : c'est un pays qu'on cherche à rétablir dans l'avenir pour que nos enfants soient à l'aise au milieu des autres. Si on parle de pays, le pays c'est nous.

Nous savons que sortir le matin pour aller travailler empêche les jeunes de prendre un fusil pour aller tuer des personnes.

Nous savons que se mettre ensemble pour le travail au champ construit un avenir durable. « Je construis la paix durable en tissant des nattes que je vends pour bien manger, bien dormir ». Nous savons que de pouvoir soigner et loger sa famille facilite un avenir durable.

Nous savons que choisir des bons dirigeants et avoir une justice juste construit l'avenir d’un pays. Et nous voulons un pays qui attend quelque chose de nous. Il faut apprendre que les pauvres aussi ont une intelligence. Si le monde pouvait se donner la peine de comprendre ce que nous faisons, ce que nous pensons, au lieu de décider dans les bureaux, ça pourrait aider.

Nous croyons que de prendre en considération la paix des pauvres rendrait le pays durable.

Dans la devise centrafricaine il y a ce mot : «unité». Pour combattre la pauvreté, on a besoin de partager les idées avant d'agir et de se mettre ensemble, parce que seul on n'y arrivera pas.

Les riches ne savent pas ce qu’on appelle la difficulté difficile. Ils savent des choses, mais pas toutes les choses. Et nous les plus pauvres, nous savons des choses, mais pas toutes les choses. Il nous faut ajouter ces savoirs des uns aux savoirs des autres. Si je suis enfermé dans ma misère, je peux en faire une arme sur les autres.

Le riche, c'est pareil. Avec sa richesse, il peut devenir une bombe contre les autres. Si l'essentiel c'est l'humain, nous pouvons nous mettre ensemble, essayer de bâtir l'humanité.

Beaucoup de gens pensent d'abord à l'argent. Mais si nous ne prenons pas conscience de ce que nous sommes, si nous ne travaillons pas de nos mains, si nous ne partons pas de notre connaissance, si nous n'avons pas un savoir de qualité qui amène à connaître le mal et le bien, si nous nous laissons prendre par les ignorances et la violence, alors, même si l'argent est disponible, rien de bon ne peut être réalisé.

Nous avons à parler, mais pas par la bouche, car la bouche qui crie ne tarde pas à être fatiguée et elle s'éteint. Il nous faut donc parler par des actes. Pas par des destructions, mais par des constructions.

Télécharger le témoignage

16/10/2015
les membres du Mouvement ATD Quart Monde en Centrafrique