Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Cameroun

Jeunesses Unies contre les Souffrances JUSCAMEROON

Depuis que j'ai rencontré ATD QUART MONDE , je sais déjà comment travailler avec mes enfants au niveau du dialogue et l'expression du jeune.

 Pour que les enfants progessent à l'école , ils ont besoin de mieux s'exprimer devant leurs parents. Ils doivent apprendre à leur poser des questions sans crainte . C'est le début du combat contre la misère  Ainsi l'enfant grandit avec une détermination pour la réussite, grand atout de l'espoir.

Je vous remercie

21/09/2011
Mongo Jean Marie Magloire
France

apprendre à lire

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Paul, 14 ans en SEGPA; va entrer en 3ème année.

 

« Je n’aimais pas l’école surtout en primaire. Dès que je suis arrivé en primaire les professeurs ne s’occupaient pas de moi. Ils ne m’apprenaient pas vraiment. Au CM1 et au CM2, je n’ai jamais travaillé. La maîtresse me disait de m’occuper tout seul. Au CM2, mes parents ont demandé à une maîtresse retraitée de m’apprendre à lire. Elle a demandé à rencontrer la psychologue de l’école puis le directeur et ma maîtresse. Après, ma maîtresse m’a un peu aidé: elle me donnait des fiches.

Au CM1 j’avais un copain. Comme il dérangeait, la maîtresse le séparait du reste de la classe par une armoire, et au CM2, il était très souvent dans le couloir. Il venait d’une famille d’accueil.

Je  n’aimais pas l’école car on ne m’aidait pas. Je m’ennuyais. Je pleurais pour aller à l’école. J’aurai aimé qu’on m’aide à travailler. Enfin, au CM2,  une enseignante retraitée m’a appris à lire, à écrire et à calculer et a voulu rencontrer le directeur, ma maîtresse et la psychologue.

En Segpa, j’ai encore des difficultés mais on m’aide. J’ai eu une professeur spéciale qui aidait trois élèves qui avaient des difficultés en lecture. J’aime les ateliers, le français. Les maths c’est très dur pour moi. En atelier, on fait des choses intéressantes que j’aime.

Du CP je n’ai pas trop de souvenirs, mais dès le CE2 j’étais rejeté. Les copains que j’avais ont déménagé et je ne suis plus arrivé à m’intégrer. Je me retrouvais tout seul et je ne parlais pas.  A la maison, on parlait le gitan et en classe je ne parlais pas le français. Je me taisais. Le copain que j’avais,  on l’a mis derrière l’armoire puis dans le couloir parce qu’il dérangeait. 

Parfois je voulais frapper le directeur mais je me suis contrôlé. J’avais la haine de ma maîtresse.

A la Segpa je me suis senti accueilli. Je suis plus gêné par les garçons et  les filles de ma classe qui font beaucoup de bruit et nous empêchent de travailler. »

 

 

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Témoignage du père de Paul

 

1-2-3. « Il faut que tous les enfants réussissent à l’école.                                Si les enfants réussissent bien à l’école, ils passent déjà mieux leur adolescence. Ils ne risquent pas les mauvaises fréquentations, la délinquance (drogue, alcool). Ils ont des projets, ils voient l’avenir plus loin. Ils peuvent choisir un métier. Ils voient l’avenir en bien. Ils ont des rêves.

b)  L’école doit plaire aux enfants. Le matin, pour aller à l’école, il ne doit pas être triste. Certains vont avec joie à l’école. Ils y vont aussi pour les copains. D’autres sont tristes. Tout est dur. Mon fils avait une boule à la gorge. Il pleurait.

Je vois aux notes s’il ne réussit pas. Mon fils n’était pas noté.

c)  J’ai 2 fils. Le plus jeune réussit bien 

Le premier a eu la primaire gâchée. Moi-même, je lui aurais appris plus.

Il y a juste eu un instituteur, Mr Vogel, qui s’est occupé de lui. Il m’a fait venir et m’a dit que ça ne va pas et nous a dirigés vers une classe spéciale. Sa femme était directrice de Segpa et lui connaissait les difficultés des élèves. Le seul dialogue était avec Mr Vogel.

Je voulais qu’il aille dans la classe spéciale. On a fait les démarches. Valentino était prêt à y aller mais le directeur a dit qu’il était d’intelligence normale et que chaque jeudi il aurait une aide spéciale de 2 heures. La psychologue disait aussi qu’il était d’intelligence normale. Mais en fait, l’aide n’était pas du tout régulière.

On n’ose pas parler. On a peur de rouspéter. Nous sommes des gitans. Ma femme disait « on va dire que c’est nous. Ils vont nous l’enlever car on est de mauvais parents ».  Le directeur a menti en disant que c’est nous qui ne voulions  pas qu’il aille dans la classe spéciale. Je suis très en colère contre lui.

 

6- Les préjugés, les étiquettes.

On n’est  pas accepté en tant que gitans. Les enfants ne parlaient pas bien le français. A la maison on parle le gitan.

 

Qu’est-ce qui peut faire changer les choses?

C’est l’Etat avec la loi pour tout le monde : la loi de la discrimination raciale.

 

L’accueil à l’école.

A la Segpa, on est bien accueilli. Les professeurs me parlent. Les parents se sentent mieux. On peut discuter ; on peut se mettre d’accord sur des points. Le directeur m’a demandé de venir pour me demander si j’étais d’accord que Paul reste encore 2 ans car il a beaucoup de difficultés. Il m’a bien expliqué le nouveau dispositif mis en place pour qu’on puisse après envisager un apprentissage vers un métier. Bien sûr que je suis d’accord et Paul aussi ».

 

 

Nom de la personne qui a proposé les questions :

Heinrich Denise, enseignante retraitée.

Au CM2  quand ses parents m’ont demandé de l’aide, Paul ne savait absolument pas lire et parlait très incorrectement. Aujourd’hui, bien suivi au collège, il s’exprime nettement mieux et maîtrise la lecture.  Mais toutes ces années à l’école primaire à ne rien faire, cela laisse des traces.  Sans cesse, il faut lui redonner confiance et l’encourager. Il a un blocage en calcul, impressionnant.

13/09/2011
Denise HEINRICH