Une personne qui n’est pas écoutée perd son pouvoir d’action
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Lettre aux Amis du Monde numéro 104

Une personne qui n’est pas écoutée perd son pouvoir d’action

Aminetou Sidi., est présidente de «  l’Association Santé Mère et Enfant, et Lutte contre la Malnutrition », en Mauritanie. En tant que correspondante du Forum du refus de la misère, elle a lu le rapport de Recherche sur les « Dimensions cachées de la Pauvreté », et a bien voulu à travers cet article partager en quoi cette recherche inspire son action. D’ailleurs elle se présente elle-même : « Lors des interventions dans des rencontres les personnes pensent que je suis une femme qui n’a pas fait un cursus universitaire, je suis allée à une école jusqu’au lycée. Mais je suis une femme de terrain, pour faire ce que je fais comme action. Ma connaissance en matière de la pauvreté est acquise à partir de mon engagement auprès de ces enfants et leurs familles depuis plusieurs années. »

Une majorité des filles dans mon pays arrêtent trop tôt leur éducation. Et après elles se retrouvent mères. Des fois pour elles c’est difficile de gérer les comptes, de bien savoir lire, etc. Il faut les encourager d’aller plus loin dans leurs études, en les sensibilisant ainsi que leurs familles sur l’importance de l’éducation. Celle-ci est la porte d’entrée de tout. Je commence par identifier les enfants en déperdition scolaire c’est-à-dire qui sont les plus loin de l’école, que ça soit ceux qui sont en âge d’aller à l’école ou qui sont déjà à l’âge de ne plus aller à l’école, on essaie de les sensibiliser à se former. Parce que si quelqu’un ne va pas à l’école, il doit être formé afin qu’il puisse demain subvenir à ses besoins.

Les mamans également, je les sensibilise pour qu’elles aient un métier. D’où la création, pour les femmes, des AGR (Activités génératrices de revenus). Ce sont des petites actions. Par exemple, si je forme les femmes en couture ou en teinture en leur cherchant un petit fond pour démarrer, c’est dans le but qu’elles puissent développer une activité afin de subvenir aux besoins de leurs enfants et à leurs propres besoins. Ne serait-ce pas ce que montrent et expriment des personnes impliquées dans la recherche sur les dimensions cachées de la pauvreté ? Lorsque, parce que ce sont des femmes analphabètes, nous développons une activité avec elles, nous cherchons nécessairement des outils et des thématiques de gestion simplifiée pour elles, afin qu’elles puissent savoir qu’elles achètent avec tant d’argent, qu’elles ont vendu pour tant d’argent et qu’elles vont bénéficier de tant d’argent. Ceci prend énormément de temps comme apprentissage. C’est avec du temps qu’on fait de l’accompagnement. De même, changer de comportement nécessite du temps et de la patience. C’est avec cela qu’on travaille pour lutter au fur et à mesure contre la pauvreté.

« Une personne qui n’est pas écoutée perd son pouvoir d’action. »

Dès fois, tu trouves quelqu’un qui est là et il te dit : «  Moi, je ne puis rien faire, je suis là et je ne sais pas comment faire ». Mais, si tu l’écoutes et que tu l’orientes, il n’aura pas de problème, c’est comme lui rendre son pouvoir d’agir. Donc, l’écoute et l’accompagnement sont très importants pour retrouver le pouvoir d’action après l’avoir perdu. Et c’est ce qui m’avait le plus attiré l’attention dans cette recherche sur les dimensions cachées de la pauvreté : l’importance des paroles de ceux qui ont l’expérience de la pauvreté. C’est la preuve que l’écoute et la confiance passent avant tout. Si tu n’écoutes pas la personne et si tu ne cherches pas à avoir sa confiance, tu ne vas pas pouvoir l’aider. Car, c’est seulement à partir de l’écoute et de la confiance que tu vas savoir quel est son problème, et tu pourras aussi l’aider. Nous observons que des fois, il y a des personnes qui sont dans la pauvreté, et qui sont découragées et déprimées, d’autant plus qu’elles n’ont pas à leur portée quelqu’un qui les écoute. Je suis en perspective de créer un centre d’écoute, pour pouvoir écouter les personnes, les orienter et les accompagner. Mais j’ai d’autres actions qui sont déjà effectives.

« Si tu manges sain, tu auras une santé, donc tu auras la force pour travailler et lutter contre la pauvreté. Or, si on est malade, on ne pourra pas travailler et la pauvreté va être rude. »

Le maraîchage est un moyen concret pour lutter contre la malnutrition. Lorsque je suis rentrée dans le maraîchage, ce fut pour lutter contre la malnutrition des enfants, afin que les personnes aient une alimentation saine. C’était lors d’un accompagnement d’un enfant qui a du mal à prendre du poids et grandir. En faisant le suivi chez un médecin nous nous sommes rendus compte que sa nutrition est basée seulement sur le riz, seul produit accessible aux familles vivant dans la pauvreté en Mauritanie. Ici, dans la capitale Nouakchott, c’est difficile de trouver des terrains vides pour l’agriculture. Mais nous essayons d’encourager les familles à faire leurs propres légumes en utilisant des petits pots ou des jardins collectifs partagés.
Le compostage, également, est une nouvelle perspective pour la création d’emploi. Une fois je suis partie en formation sur les techniques de maraîchage et comment faire son compostage. C’était une autre méthode que je venais d’apprendre, afin de gagner de l’argent. Elle consiste à ramasser les restes de nourriture- les sécher- et les vendre aux agriculteurs, aux personnes qui ont le bétail, ou bien faire le compostage. Cela va faire un plus valu. Donc, ce sont des actions très simples. Mais, si tu ne connais pas les méthodes, tu ne peux pas faire ces actions. Ces actions-là nous font tous militer lorsque nous développons les concepts d’écoute, de promotion de la santé et d’éducation simplifiée.

Aminetou S., est présidente de «  l’Association Santé Mère et Enfant, et Lutte contre la Malnutrition », en Mauritanie

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