En 1981, un séminaire Extrême pauvreté et exclusion en Afrique
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Du 20 au 22 mai 1981, le séminaire Extrême pauvreté et exclusion en Afrique a rassemblé une soixantaine de personnes venues de 14 pays d’Afrique1 et d’autres continents dans les locaux parisiens de l’Institut International de Planification de l’Éducation (IIPE) de l’Unesco.

Organisé par le Forum Permanent sur l’extrême pauvreté (après devenu Forum du Refus de la Misère), réseau qui bâtit des relations avec ceux qui s’engagent auprès des populations défavorisées, ce séminaire avait pour but de faire entendre la parole des plus pauvres face aux représentants des organisations internationales représentées par la Banque mondiale, le BIT, l’OMS, l’ONU, le PNUD, l’Unesco et l’Unicef.

1 Bénin, Cameroun, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Haute-Volta (devenue Burkina Faso en 1984), Mali, Maroc, Niger, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Sierra Léone, Togo, Zaïre (devenue la République démocratique du Congo en 1997).

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Dans son discours d’accueil du 19 mai 1981 à Pierrelaye, Joseph Wresinski appelle les personnes les plus défavorisées issues du peuple africain à partager leurs connaissances et expériences pour lutter contre l’exclusion aussi bien en Afrique qu’en Europe :

« Dites-nous ce que vous pensez, réfléchissez avec nous, conseillez-nous, veillez sur nous, devenez nos amis pour de bon. (…) Qui mieux que vous peut savoir ce que signifie de voir ignorer son histoire, son identité, ses richesses inaliénables d'homme et de peuple ? Qui mieux que vous peut comprendre pourquoi les plus pauvres, les exclus dans le monde entier ont besoin qu'on reconstitue leur histoire avec eux, qu'on les écoute, non pas parce qu'on veut les éduquer mais parce qu'on a besoin d'être éduqué par eux ? Qui mieux que les hommes et les femmes d'Afrique que vous êtes peuvent devenir les défenseurs de toutes les populations exclues, en tous continents ? Qui pourrait parler avec plus d'autorité, avec plus d'expérience ? »

Le séminaire s’est déroulé sous le patronage d’Amadou Hampâté Bâ, penseur malien, écrivain et ancien membre du Conseil d’administration de l’Unesco. Pour lui, les aides internationales apportées aux plus démunis sont inefficaces lorsqu’elles se basent sur un apport uniquement matériel sans associer à la lutte contre la grande pauvreté les personnes qui la connaissent le mieux :

« Il se révèle indispensable et urgent de reconsidérer certaines formes d'aide, leur modalité et leur finalité. Il importe d'élaborer de nouvelles techniques d'action afin d'éviter que des dépenses coûteuses ne se soldent par un résultat presque négatif. La longue expérience pratique d'ATD Quart Monde lui a permis de constater qu'en matière d'aide le bon résultat ne s'obtient pas en imposant du dehors des formes d'aides sans consulter les principaux intéressés, c’est-à-dire les assistés eux-mêmes. Mon maître Tierno Bokar, le sage de Bandiagara, disait : « Il faut d'abord écouter celui que l'on veut aider pour l'aider à bon escient, car une aide sans discernement est pareille à une flèche qui manque son objectif et se perd dans la nature ». »

Photo et article d'ATD Quart Monde

Photo: Réception à l’Hôtel de Ville de Paris, mai 1981

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