Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Madagascar

J’ai envie de parler du droit au travail

En regardant ce thème donné par l’ONU, la première chose qui me vient en tête c’est que tous les êtres humains ont les mêmes droits même s’ils n’ont pas le même niveau de vie ni la même couleur de la peau. La discrimination et l’exclusion ne doivent pas exister.

Quand on est pauvre, souvent on ne peut pas jouir de ses droits. Je connais une femme qui a accouché à la maison et elle a raconté qu’on lui a donné les papiers pour faire l’acte de naissance de son enfant mais elle n’est pas allée à la commune car elle n’avait pas d’argent, en plus de cela elle ne sait ni lire ni écrire. Elle savait qu’elle devait donner de l’argent aux intermédiaires qui sont là exprès pour résoudre ce type de problèmes, mais on ne sait jamais combien ils vont prendre pour ce service. La corruption est partout, il n’y a pas d’aide pour les plus fatigués. Il faut toujours de l’argent partout. Comme on sait qu’on n’en a pas, on n’y va même pas, me disait cette femme.

Nous parlons des droits de l’homme et j’ai envie de parler du droit au travail. Nous les parents à Antohomadinika (il y a une douzaine d’années) avons senti que nous étions vraiment dans la difficulté et nous nous sommes mis ensemble pour réfléchir à un chemin pour sortir de la misère. Nous avons décidé de partager des savoirs entre nous, c'est-à-dire que ceux qui savaient apprenaient aux autres.

Cet élan de solidarité a évolué petit à petit et avec le soutien du Mouvement ATD Quart Monde, il y avait des professionnelles qui sont venues pour nous former et cela a fait que plusieurs d’entre nous somes devenues à notre tour des professionnelles en matière d’artisanat comme broderie, vannerie, tissage, ferronnerie...Plus tard nous sommes devenus l’ association MMM (Miasa, Mianatra Miaraka). Plusieurs parmi nous étaient illettrés et il y a eu des mains tendues pour apprendre à lire et à écrire mais aussi pour apprendre à parler en français. Il y a eu aussi l’apprentissage sur comment gérer son argent et son travail.

A travers l’exemple de MMM, on voit bien qu’il est possible de lutter contre la misère et d’avoir du travail digne si on fait les choses ensemble car plusieurs parmi nous sont devenus des professionnelles en matière  d’artisanat. Il y en a qui ne sont plus à MMM, qui font autre chose, mais leur niveau de vie a changé.

Je vous remercie.

Deux jours de célébrations à Antananarivo
17/10/2018
Voahangy
Madagascar

Comme tous les jeunes, je prépare mon avenir

J’ai 23 ans et j’habite à Antohomadinika. Notre thème d’aujourd’hui est « S’unir avec les exclus pour construire un monde où les droits de l’homme et la dignité seront universellement respectés. » Je me sens particulièrement exclue à cause de mon handicap, comme vous voyez, je suis différente des autres, je suis trop petite. Je ressens cette exclusion par le regard des autres, surtout quand je vais au marché. Un jour, mon frère cadet et moi sortions pour acheter un lecteur DVD dans un magasin spécialisé. Quand nous y entrions, le vendeur nous disait méchamment : « partez, il n’y a pas d’argent ici ». Je lui répondais : « nous ne sommes pas venus ici, Monsieur, pour mendier mais pour acheter un lecteur DVD ». Mon frère a failli acheter un stylo feutre pour écrire sur mon fauteuil au dessus de ma tête: « je ne mendie pas mais je sors comme tout le monde ».

Comme tous les jeunes, je prépare mon avenir. Je suis la formation en coupe et couture, car je n’ai pas pu terminer mes études. Je suis restée en classe de seconde à cause de la précarité de notre vie. Ma formation n’est pas encore terminée, mais je reçois les commandes de couture quand quelqu’un vient chez moi. L’État n’aide pas les plus démunis et les handicapés, c’est pour cela que les droits de l’homme et la dignité ne sont pas respectés. Ainsi, nous vivons quotidiennement dans l’angoisse. On m’a éduqué à ne jamais mendier. Je sais que les handicapés mendiants subissent toutes les humiliations, les préjugés des gens et toute sorte d’oppression. A la fin de la journée, leurs familles récupèrent l’argent gagné.

Je rencontre toujours des difficultés lors de mes sorties. Les lieux publics comme les escaliers et les montées ne sont pas adaptés à ma chaise roulante. Je dois demander de l’aide aux gens pour la porter et je suis très gênée. Tout cela est cause de non-respect de nos droits, ce qui  entraîne notre dépendance aux autres.

Tout homme a les mêmes droits et la même dignité en tant qu’humain. Nous voulons de l’aide dans notre projet pour atteindre notre but, mais non de la pitié ni des préjugés. Pour les parents ayant des enfants handicapés, donnez-leur de l’amour à partage égal. N’ayez pas honte de vos enfants, emmenez-les se promener pour découvrir le monde. C’est cela dont nous avons besoin.

J’encourage les personnes handicapées à bien se comporter, à s’unir et à collaborer pour revendiquer leurs droits. Mes souhaits ? Que les droits de l’homme et la dignité soient vraiment une réalité mais non une idée.

Je vous remercie.

Deux jours de célébrations à Antananarivo
17/10/2018
Florence
République centrafricaine

Mon ami, je t'écoute...

Un certain jour je suis allé vendre des marchandises, j'ai rencontré mon gars et ami qui revenait du champ. On commence à causer et dans cette causerie il commence à me raconter sa vie difficile. Il me dit que quand autrefois, quand il est dans le travail public, il vit bien avec sa famille, sa femme, ses enfants, ses frères. Il vit en paix. Il n'y a pas de difficultés dans leur foyer. Mais maintenant il a des problèmes dans son travail, on l'a mis dehors, on l'a renvoyé du travail.

Quand il est renvoyé du travail, la vie devient difficile, pénible. Il souffre avec sa famille. La vie c'est comme ça. Sa femme le quitte avec ses enfants ; un seul enfant, pas en bon état, reste avec lui. Il reste avec lui dans cette souffrance. Ses frères qu'il avait mis à l'école jusqu'en terminale, même à l'université, le quittent aussi.

L'un de ses frères avait aussi une femme mais ils vivaient dans la cour des parents de sa femme. C'est mieux pour lui de venir habiter dans ma cour, habiter dans la cour des parents de sa femme, ce n'est pas bon. Mais il refuse de venir habiter dans ma cour parce que je restais encore dans la vie difficile. Celui qui était à l'université a pris la bourse mais il abandonne son frère définitivement et ne veut plus lui rendre visite ; toujours à cause de la souffrance.

Moi je le conseille : « Il ne faut pas beaucoup penser, c'est le Dieu qui va te bénir de plus parce que c'est le travail de Dieu qu'il a fait. » Sa réponse : « Mon ami, je t'écoute. J'ai écouté tes conseils mais si on te met à ma place, tu vas penser aussi comme moi. Ça m'arrive brusquement et toute la famille a disparu et ça me fait triste. C'est comme ça la vie des hommes.

Témoignage de Mr Parfait N. pour le 17 octobre 2018

08/10/2018
Parfait N.
France

Il faut favoriser le droit à la parole et au savoir

La Misère abîme celui qui la vit. Elle n'a pas de nationalité ni de frontière.

Je pense qu'on doit changer tous notre regard, et se dire un bonjour, avec un sourire, et favoriser le droit à la parole et au savoir.

Parce que une personne qui vit "partout et nulle part" (je dis ainsi car je n'aime pas dire "pauvre"), il faut bien l'accompagner dans le respect.

Je suis maintenant avec une moblité réduite, mais j'ai dans mon coeur toujours la même détermination.

01/10/2018
Gérard L.
France

Être exigeant nous les pauvres

Voilà un an environ que je cherche un logement, non qui semble être trop grand celui que j'ai, mais pour ne plus à avoir à me sacrifier de me chauffer l'hiver (chauffage électrique).

Refusant un petit studio, l'organisme HLM ne voulait plus me faire de proposition. Je n'ai pas cédé à leur chantage. J'ai juste changé le lieu de ma recherche, c'est-à-dire changé le choix de mon vœu pour cela. Et c'est tout un art pour faire une modification sur une demande de logement.

Une chose est certaine, c'est que je suis peut-être exigeante comme me l'avait fait remarqué une conseillère de l'organisme HLM. Je suis bien contente de l'apprendre car si nous ne pouvons pas l'être nous n'arriverons à rien pour lutter contre des abus ou des exclusions.

J'aimerais bien que celles ou ceux qui vivent encore plus dur que moi, puissent être exigeant, c'est important car nous avons tous-tes droit à être exigeant, pour gain de cause.

Lucienne

19/07/2018
Lucienne S.