Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Réunion

Témoignage

Témoignage de la Réunion

Dans la pauvreté, on n’a pas le choix, on s’adapte à la situation.

La pauvreté n’est pas que matérielle. Elle touche notre santé, on connaît le stress, l’angoisse. Ce n’est pas qu’on veuille de la pauvreté et toute la honte qui va avec, c’est la société qui nous l’impose. Et il y a des obligations qu’on n’arrive pas à suivre, pour avoir un fruit tous les jours dans le sac d’école, on achète les moins chers, c’est-à-dire les mêmes, les oranges, les pommes et les enfants n’en veulent plus. Les raisins sont chers, les nectarines aussi, alors que les bananes mûrissent trop vite.

La pauvreté est un mal être, une violence et cela fait mal de vivre avec des aides.

On se sent beaucoup humilié lorsqu’on entend : « l’a fé zenfan pou zalocations » On est horrifié et on entend cela tous les jours. C’est comme pour le RSA on entend qu'on préfère être au RSA. Nous, on serait content de voir un peu les autres à notre place. Le RSA aide mais on n’a pas de loisirs, pas de plaisirs, quand on a des amis qui travaillent et qu'ils nous proposent de sortir on n’ose pas dire qu’on ne peut pas à cause du manque d’argent ».

Il s'y rajoute la difficulté de trouver du travail, le logement du fait de l'âge avancé.

Dans la pauvreté des personnes sont exclues ou se sentent exclues, elles restent dans leur coin pour ne pas être humiliées.

L’humiliation rejoint la honte et amène l’exclusion.

Du fait qu' elles ne parlent que le créole réunionnais beaucoup de personnes sont mal reçues, pas écoutées dans les administrations. L'une d'elles avec des difficultés à s’exprimer en français, se faisait rejeter chaque fois qu’elle appelait un organisme. Un jour, elle a demandé à quelqu’un qui parle le français de le faire à sa place. L'autre a eu l’information toute de suite. Le sentiment de rejet a alors fusé à travers ces mots « ou wa koman iss pass kan ou gingn pa koz fransé ! ».

Face à l'humiliation et l’exclusion, des familles dans les quartiers où la vie est difficile agissent déjà. Elles voient chaque jour que la lutte qu’elles veulent mener, nécessite de se mettre avec d’autres. Participer, disent-elles, c’est faire avec les autres pour le bien de tous, c’est chacun sa part et mettre sa part avec celle des autres :

Elles ajoutent : nos vies se ressemblent, les malheurs se répètent, les placements d’enfants continuent, notre participation pour contrer toutes les menaces, commence dans notre famille. Il faut gagner à faire connaître la vraie vie des familles, à faire respecter les possibilités de participation des parents qui ont la menace de placement de leur enfants.

« Faire comprendre ce qu’on ressent, instruire l’autre qui ne connaît pas, ne doute pas du mal qui est fait ». Cette pensée fait écho à une parole souvent entendue qui dit, regretter que l’assistante sociale, l’éducateur prennent plus en compte l’avis du voisinage, au lieu de celui des parents et leurs difficultés.

Plus la pauvreté est présente dans les vies, plus la réussite des enfants à l'école est compromise par l'isolement, les échecs et inégalités. De la grande préoccupation des parents des réflexions naissent sans cesse et les font dire : Nous serons dans une vraie participation, quand les parents vont bouger avec l’école, pourront faire bouger l'école autrement et gagner la participation de tous.

Il faut éliminer la pauvreté dans l'éducation, former davantage de professeurs surtout dans les quartiers défavorisés.

De l'expérience de vie d'un groupe, de ses découvertes et difficultés dépassées une pensé se fait jour : La solidarité c’est des gestes, des actions,

la participation c’est penser ensemble, prendre des décisions ensemble, agir ensemble, c’est gagner ensemble.

Et des jeunes pensent inévitablement à l'avenir, ils n'hésitent pas à déclarer :

Le monde main dans la main aura une grande force.

Les jeunes ont du potentiel, pourquoi ne pas amener les jeunes à montrer leur savoir faire? Les prisons et les snack bars sont remplis de beaucoup de personnes qui pourraient réussir.

Pour eux, en voyant le grand nombre de personnes exclues, du fait de l'illettrisme, du manque d'études ou des différences culturelles, on devrait observer le mélange des cultures de la Réunion pour rapprocher les gens et créer des liens autour d’activités et moments de partage.

Parents et jeunes ont envie de faire entendre ces mots : « Nous vivons dans un monde rempli d’injustices, malgré la souffrance, l’humiliation, la misère, nous voulons voir l’avenir avec optimisme, avancer positivement. »

Nous entendons souvent nous répondre « non », nous, nous disons : « non à la pauvreté sous toutes ses formes. »

Journée mondiale du refus de la misère
16/10/2016
Marie Bernadette
Suisse

Les racines du Père Joseph 17 Octobre

 

DEMAIN comment agir ensemble pour refuser l’exclusion ?!

Je prends la parole en tant que Militant du Quart Monde

(Ou nous prenons la Parole)

Nous parlons au nom de toutes les familles très pauvres,

Rassemblées par le Père Joseph dans le monde

Nous voulons parler aussi au nom des familles qui

Sont encore tellement pauvres qu’elles ont peur de se montrer

Le Père Joseph nous a appris à les chercher partout

Dans le monde, et en nous apprenant, il a changé la vie politique.

Pour nous, le Père Joseph qu’a-t-il apporté de nouveau

D’abord, il n’a pas seulement parlé de la grande pauvreté

Il l’a vécue. Et il ne l’a pas seulement vécue pour nous.

Il l’a vécue avec nous

Ensuite, il n’a pas seulement mené des actions

Il a créé avec nous une histoire 

Avec la Dalle on rentre dans une histoire,

Qui rassemble tout le monde autour de ceux qui

Souffrent le plus de la misère et qui restent absents partout.

Aujourd’hui nous sommes encore avec des jeunes qui n’ont

Aucune porte ouverte sur l’avenir,

On est révolté et en même temps on est démuni de voir

Comment cela les détruit

La question importante est la confiance.

Nous ne connaissons personne d’autre que le Père Joseph

Qui avait une telle confiance en nous.

Je connais la peur des plus pauvres devant les autres

Mais aussi la peur des non pauvres face aux pauvres,

Le plus important est que le Père Joseph a créé la Confiance entre les deux

Entre le Camp de Noisy-le-Grand et la Dalle sur le parvis des Droits de l’Homme à Paris

Il y a toute une histoire, et dans cette histoire, le Père Joseph a créé des symboles

Des signes par lesquels nous-mêmes pouvons, tous ensemble, reconnaître notre histoire

Et en être fiers. La Dalle au Trocadéro à  Paris est un de ces symboles

Avec une histoire qui nous rassemble, qui nous donne la fierté, qui nous donne confiance en nous-mêmes,

C’est cela qui nous a donné le courage d’entrer dans la vie politique

De parler avec les hommes politiques. Personne d’autre n’y avait pensé avant lui.

Personne d’autre ne nous connaissait comme lui

Il a créé une lutte non pour le pouvoir mais pour la confiance en nous et entre tout le monde

Pour que cella soit possible, il faut changer le regard.

«  Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'homme sont violés.

 S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

Nelly Schenker

14/10/2016
Nelly Schenker
France

Vivre dans la dignité c'est être reconnu et traité comme une personne à part entière

[Dans une rencontre], en cercle on nous a proposé de réfléchir ensemble. Personne n'était mis de côté, même le chauffeur était avec nous. On s'est présenté, on nous a parlé de toutes les répliques de la dalle dans le monde, comment elles ont pu s'adapter, en partie par la formulation du langage de leur région.

J'ai expliqué le sens de la Dalle pour moi : on a l'honneur, même si on n'a rien. En fait l'important autour de cette dalle ce n'est pas forcément d'être nombreux à chaque commémoration mais c'est d'être sincère et de faire mémoire de ceux qui ne sont pas là ou plus là.

On a parlé pour faire une réplique de la dalle du Trocadéro de Paris à Roubaix en 1994, avec d'autres militants et une alliée. On était ensemble et j'ai lu un texte du Père Joseph sur l'esplanade Wresinski à Roubaix lors de l'inauguration de la réplique de la Dalle en l'honneur des victimes de la misère.

En 1994 j'ai relu le texte du Père Joseph Wresinski pour les 20 ans de la dalle de Roubaix. Il y a eu pas mal de changements apportés : Le groupe Accès aux Droits Fondamentaux (ADF) rassemble des personnes de différents milieux sociaux qui s'unissent pour dénoncer et combattre le non respect des droits de chacun !

  • Les conflits entre les bailleurs et locataires
  • Les litiges avec les administrations
  • Le surendettement
  • Les placements d'enfants et leurs conséquences.

Mais vivre dans la dignité c'est aussi être reconnu et traité comme une personne à part entière qui peut s'exprimer et être à l'écoute, participer à la vie sociale, pouvoir s'instruire, travailler, ne pas être victime de discrimination ou d'exclusion, ne pas être menacé par la violence ou l'insécurité. Tous ces droits ne sont pas imputables aux ressources insuffisantes mais aux politiques appliquées par les pays. Les gouvernements doivent respecter les droits fondamentaux en s'engageant de manière plus ferme pour un monde plus juste. Exigeons les droits pour tous. Je suis engagé parce que les lois ne sont pas respectées. Je combats pour que les gens soient capables de défendre leurs droits. »

*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

Texte du Père Joseph Wresinski, 1987

« C'est l'endurance, le courage, le refus de l'indignité des familles qui m'ont fait comprendre que pour mettre fin à la misère, il fallait des mains, des coeurs, des intelligences. Avec vos familles et avec des volontaires venus nous rejoindre, nous avons rêvé qu'il était possible de faire reculer la misère. Nous avons rêvé qu'il était possible que la joie et la paix s'installent, là où sévissaient la violence et les tensions.

Ensemble, nous avons rêvé d'un monde où plus jamais les familles les plus pauvres ne seront regardées avec dédain...Nous avons rêvé d'un monde où des papas et des mamans retrouvent confiance, se rassemblent, bâtissent une vie digne pour leurs enfants ».

17 octobre
15/09/2016
Daniel Belin
Burkina Faso

Paroles - 17 octobre 2015 au Burkina-Faso

17 octobre 2015 au Burkina-Faso

Lors de la cérémonie, des témoignages de discrimination ont été déclamés par des personnes enfin écoutées ce jour-là :

Je connais un homme qui  mange dans la cour de sa famille. Le soir, on lui sépare un plat, au lieu de le faire manger dans le plat familial. On le traite comme s’il n’était pas de la famille. Et quand il finit pas son plat, on ne prend pas le reste pour le mélanger aux autres restes et le réchauffer le lendemain. Il  mange comme un chien.

- les vieilles de Del Wende, on les a chassées, accusées simplement parce qu’on ne voulait pas vivre avec elles. : « si on veut tuer un chat, on lui met une plume de poulet  dans la bouche »

-Y a des handicapés qu’on cache, on veut que personne ne les voit, on leur fait une maison par derrière ; on les considère pas. Si on ne les voit pas, comment on va les aider ? Grâce aux centres, les gens sont éveillés. Tu mets un enfant au monde et tu le caches derrière la maison, c’est pas un chien !

- J’entends des gens qui insultent les enfants qui vivent dans la rue : « petits voleurs, calmez-vous ou ça va chauffer ! ». Je leur dit « si vous traitez ces enfants de voleur, que vont devenir vos enfants ?

- A une fête religieuse, j’ai été saluer une famille. J’ai trouvé que la femme et les enfants. La femme était contente, mais elle m’a dit : « c’est la fête, mais nous n’avons pas préparé ; si tu étais venu plus tôt, j’aurai pu chercher pour  toi chez mes voisins ». Peut-on fêter si les voisins n’ont rien ? Exclure  de la joie de la fête, c’est discriminer !

- Si tu es pauvre, on ne te considère pas. Tu vas saluer  dans une fête, selon ta classe on te fait entrer et on te sert un coca, si tu n’es rien on te met dans un coin, on te sert rien, des fois on te fait même pas asseoir….

-Une Tantie à côté de chez moi vend la soupe. Un jour 3 enfants qui vivent dans la rue sont venus demander du riz elle leur a dit « au lieu de mendier, pourquoi vous ne travaillez pas ? Si vous voulez travailler, venez demain matin, on va parler ». Depuis, un enfant travaille pour elle, un autre pour la voisine. Elle n’a pas pensé que c’est des petits voleurs, elle leur a fait confiance. Depuis, tu ne peux pas savoir que l’enfant était dans la rue.

-Quand je vois des enfants qui prennent la dissolution, je les attrape et je leur parle. Ils peuvent réussir à laisser ça, il faut leur dire et avoir confiance en eux. Y a que les montagnes qui se croisent pas ; peut être qu’un de ces enfants  me sauvera un jour ?

-On habite un quartier non loti vers Ouaga 2000. On va chercher l’eau aux fontaines. Mais chez nous l’eau n’arrive que vers 2h du matin, et repart vers 3h. Du coup y a même des disputes. Est-ce qu’on est moins que les autres ?

-Je suis handicapé, j’ai un vélo à 3 roues. Quand je suis venu inscrire mes enfants à l’école, on m’a dit « on n’a pas besoin d’enfants comme les vôtres ». Pourtant je pouvais payer, c’est juste parce que je suis handicapé.

-J’ai été à la mairie faire des actes de naissance pour mes enfants. Le Monsieur a vu sur la carte que j’ai que  le nom de ma mère. Quand il a vu que pour mes enfants je n’avais pas le nom des papas, il a dit « telle mère telle fille ». Il n’a pas le droit de m’humilier comme ça, est ce qu’il allait dire ça si j’étais bien sapée et bien coiffée ?

-j’ai perdu mes papiers d’identité, je dois aller à la police. Mais j’ai peur parce que là-bas on te parle mal, on te crie dessus si tu es mal habillé, si tu parles pas bien français.

-Pendant la révolution, j’ai été blessé au pied. Il y avait un service de l’hôpital spécial pour les blessés du soulèvement. Mais je n’ai pas osé y aller… En me voyant comme je suis, on me m’aurait pas cru.

-Je fais partie d’une association de handicapés et je suis allé voir le haut-commissaire, on m’a dit qu’il n’était pas là, j’ai dit que j’allais l’attendre. Une autre personne, un patron, est venu demander le Haut-commissaire et on l’a fait rentrer. Donc je suis retourné près du secrétaire pour lui dire que moi aussi je veux rentrer, il n’y a pas de raison. Ça a fait du bruit et le Haut-commissaire est sorti de son bureau pour savoir ce qui se passe. Après explication le Haut-commissaire a dit que le secrétaire avait mal fait. Donc j’ai pu rentrer et lui remettre l’invitation à la rencontre avec l’association des handicapés.

-C’est difficile d’être ami entre ceux qui ont des moyens et d’autres qui n’ont pas les moyens. Quand il y a des sorties en groupe, il y a un partage à chaque fois. Si tu ne peux pas donner quelque chose, à la prochaine réunion on ne t’invite pas.

-L’une des façons de combattre la discrimination c’est ce qu’on est en train de faire : les réunions et les rassemblements du mouvement sont ouverts à tous, ça lutte contre l’exclusion. Etre proche de la personne pour qu’elle sache l’intérêt de ses idées. On la redécouvre dans toutes ses valeurs et cela nous impressionne.

13/04/2016
Familles du Burkina Faso
Madagascar

C’est très important la communication envers d’autres

Mon nom est Sambane. J’ai 50 ans. J’ai deux enfants, une fille et un garçon. J’habite à Besakoa Ankininy. Depuis 1985, je fais la confection de balai. Au début, je n’ai pas eu de clients mais j’ai fait de la vente de balai ambulant. Par la suite, les vendeurs des produits artisanaux au marché ont acheté en gros des balais et je faisais la livraison. Depuis là, j’ai découvert que ma vie s’est améliorée. Mais mon père m’a dit : « ça va te fatiguer ta confection de balai, il vaut mieux que tu fasses le commerce d’aiguilles, de fil à coudre, d’allumettes, et de mosquito car cela te rapportera beaucoup plus d’argent». J’ai suivi le conseil de mon père. Comme je n’ai pas de parcelle de terrain pour m’installer, je colporte ces produits dans les quartiers et je fais du porte à porte auprès des épiciers. Mais je n’ai pas abandonné la confection de balais, je fais seulement sur commande.

Je sentais bien la capacité de s’ouvrir à d’autres personnes et de nouer des relations avec d’autres à travers le commerce ambulant. C’est très important la communication envers d’autres, amis, clients, pauvres ou riches, et surtout une conversation pleine de respect mutuel. En outre, j’ai aussi découvert la confiance mutuelle pour l’achat ou la vente à crédit.

Merci de votre attention.

La journée au centre culturel BASIA
02/11/2015
Sambane