Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
France

Une dalle du refus de la misère, pour que l'on sache que l'on se bat

Je suis militante depuis 18 ans pour défendre les droits et la dignité de tout le monde, et je suis maman de 4 enfants dont des jumeaux de 28 ans, une jeune fille de 20 ans et un garçon de 18 ans.

Je suis engagée à ATD grâce à une personne qui a réussi à me faire rentrer dans le Mouvement en venant me chercher dans mon quartier de zone, on va dire, d’éducation sécuritaire, parce que je vivais seule et je ne sortais pas de chez moi. Elle est venue me chercher pour qu’on puisse sortir et changer d’horizon, parce que je vivais avec très peu de moyens. Et j’ai pu apprendre ce que ça voulait dire solidarité, grâce à la personne qui est venue me chercher.

En quoi la dalle du refus de la misère, et ses répliques, sont importantes ?

Le combat du Père Joseph Wresinski c’est de dire que les personnes qui vivent les choses assez difficiles doivent relever leurs manches et montrer aux personnes qui tiennent les rennes que nous sommes des experts pour voir comment on va sortir de la misère.

Et aussi pour montrer aux personnes qui vivent autour de nous qu’on ne doit pas subir la misère, qu’on est acteur justement de ce combat. Aussi, l’intérêt de la dalle c’est pour la génération future, qu’ils sachent le combat de leurs parents et de la génération d’avant, que nous nous sommes battus pour montrer fièrement avec cette dalle que le combat a été mené, qu’il ne s’arrête pas là, qu’il doit toujours être en apparence pour que tout le monde, la jeune génération, sache que c’est comme ça qu’il faut faire.

Vone L., Rennes, France

16/11/2018
Vone L.
Jordanie

Vivre le 17 octobre dans un pays – où je suis de passage, où personne ne connait cette Journée…Comment ?

Vivre le 17 octobre dans un pays – la Jordanie – où je suis de passage, où personne ne connait cette journée… Comment ? Toute seule ? Voilà que j’apprends qu’un groupe de personnes souffrant de maladies chroniques va se rassembler pour une marche proposée par les dispensaires de quartiers où ces malades sont suivis. Je sais bien ce que la maladie chronique signifie de sentiment de perte, perte de la santé qui ne sera plus jamais comme avant. Et aussi, angoisse pour le malade pauvre : se soigner, se soigner au long des années, comment ? Avec  quelles ressources ? Malgré la santé diminuée, il faut se montrer fort pour éviter de glisser dans la misère avec les siens. Le jour de la marche, environ 150 personnes étaient présentes à la cité sportive de Amman. Des petits bus avaient acheminé ceux qui venaient de loin. La maladie rassemble : nous étions ensemble musulmans et chrétiens, jordaniens et réfugiés de Syrie ou d’Irak, gens âgés mais aussi d’autres plus jeunes et même des enfants. Avant que ne commence la marche, j’ai pu parler avec plusieurs et je leur demandais : « qu’est-ce qui vous a motivé pour venir participer à cette marche ? » On me disait : -« il faut marcher, c’est nécessaire pour la santé », -« si je reste chez moi sans marcher, ce n’est bon ni pour le corps, ni pour l’esprit », -« marcher ensemble avec d’autres, c’est stimulant, on s’encourage ».

Je vivais cette marche comme une toute petite communion à la « journée internationale du refus de la misère ». Tous ces gens pauvres affirmaient leur détermination de faire ce qui est dans leurs moyens, c’est à dire sans argent : marcher, c’est à la portée de toutes les bourses (sans renoncer de se faire suivre au dispensaire !) . Marcher, c’est sortir de l’enfermement sur soi, chez soi, dans le découragement et le sentiment d’impuissance. Et puis, en marchant, on va rencontrer d’autres sur le chemin et même, peut-être, on va se mettre à marcher à plusieurs ensemble. Un groupe de femmes d’une banlieue de Amman m’a dit qu’elles sortent chaque jour marcher ensemble. Et finalement, cela peut devenir une joie, une fête, comme cette grande marche où tous se retrouvent. Dans l’émerveillement d’avoir encore des jambes qui marchent et une pensée pour ceux qui ne peuvent ou n’ont jamais pu marcher. C’est un pas, des pas… dans le « refus de la misère ».

Thérèse. R, Amman, Jordanie, 17 octobre 2018

06/11/2018
Thérèse R.
Tanzanie

Le combat d'une casseuse de Pierres

Témoignage ASHURA : Je m'appelle Ashura Onesmo, je suis une mère de cinq enfants, je suis une casseuse de pierres à la carrière de « cambodia ». La source de ma pauvreté est le conflit familial entre mon père et ma mère. Ma mère faisait des petites activités génératrices de revenus. J'ai réussi à étudier jusqu'à la septième année de l’école primaire. Je n'ai pas réussi à aller à l'école secondaire. Je pense que si j'avais eu une bonne éducation, j'aurais un bon travail et pourrais lutter contre la pauvreté. Pour nous les femmes, le moyen de lutter contre la pauvreté est de casser les pierres. C’est un travail qui ne demande d’autre investissement que notre propre force. Cependant casser les pierres est un travail dur et très dangereux, mais nous le faisons parce que nous n’avons pas d’alternative. Je me lève d'habitude à quatre heures du matin, je prépare quelques jus à vendre ainsi que le déjeuner pour ma famille. Après je pars travailler à la carrière. J’arrive là-bas à 6h du matin et commence tout de suite à casser les pierres. J’arrête vers 3h de l’après-midi et commence à mesurer les tas de pierres cassés (remplir les seaux). Pendant une journée, je peux remplir 7 à 20 seaux, je peux gagner entre 2000 à 5000 TSH par jour. Ce n'est pas suffisant pour les besoins de la famille, mais nous continuons à nous battre. Nous ne désespérons pas car nous espérons qu’un jour les choses vont changer. Le travail de casser les pierres est un travail qui peut être fait par chacun car nous n’avons besoin d’aucun capital, sauf de notre propre force, mais c’est un travail à risque, comme les maladies de tuberculose à cause de la poussière, travailler sous le soleil toute la journée et ne pas avoir une bonne alimentation. Pour nous, les femmes, nous avons des problèmes particuliers : le fait de soulever et transporter les grosses pierres à casser entraîne des conséquences comme les avortements.. Les problèmes de la pauvreté sont nombreux. Nos enfants sont avec nous tous les jours à la carrière et grandissent là-bas. Ils commencent eux-mêmes à casser les pierres au jeune âge et certains prennent l’habitude de l’argent. Cela fait que certains n’aiment pas l’école, car ils préfèrent gagner de l’argent. Je termine ici en remerciant ATD de nous avoir rendu visite aux carrières et nous avoir donné l’opportunité de participer à la recherche sur les indicateurs de la pauvreté. Nous en avons grandement bénéficié car nous avons eu une idée plus large sur la pauvreté.. Les femmes travaillant dans les carrières vous remercient beaucoup, que Dieu continue de vous bénir. Ashura

30/10/2018
Equipe Tanzanie
Madagascar

Nous souhaitons voir nos droits respectés

17 Octobre 2018

Cela fait 15 ans que nous habitons sur ce lieu d’Andramiarana. Nous sommes des familles qui habitions avant à La réunion Kely et l’État nous a déplacés [à plusieurs reprises]. Nous sommes retournés à Antananarivo à cause de fausses promesses que l’État nous a faites. Et nous nous sommes installés ici. Quand nous venions d’arriver sur ce lieu, nous avons construit des maisons en plastique et travaillé sur la décharge. Disons que nous nous sommes installés là pour pouvoir travailler sur cette décharge. Nous cherchons  des objets à la décharge, nous les réparons, nettoyons, nous fabriquons des tapis avec les chutes des tissus...

Quand le fokontany a vu nos habitations, il nous a demandé de construire des maisons en briques. Plus tard, nous avons reçu des aides « cash transfer » d’ATD Quart Monde et de l’UNICEF et nous avons pu transformer nos maisons petit à petit en brique, nous avons pu envoyer nos enfants à l’école, faire nos cartes d’identité nationale, nous avons cotisé à l’AFAFI pour la santé et cela a fait que nous avons pu nous soigner quand nous étions malades. Nous payons des impôts en étant sur ce lieu et plusieurs parmi nous ont des numéros de logements. Maintenant, il y a la construction de la route qui passe chez nous, c’est un projet de l’État. Nous ne sommes pas opposés aux biens communs mais nous exigeons qu’il y ait une compensation de notre maison, qu’on nous donne des terrains et l’argent qui nous permettront de nous loger dignement.

La route arrive déjà dans nos cours et il n’y a toujours pas de choses bien claires venant de l’État. Ceux qui construisent cette route nous ont dit clairement la semaine dernière « l’état malgache ne va rien vous donner, il nous ont dit de raser vos maisons car vous avez construit illégalement sur ce lieu. Nous sommes des êtres humains comme vous et nous ne pouvons pas vous laisser comme ça, nous allons vous donner des tôles, du ciment, des briques pour que vous puissiez construire vos maisons ailleurs... Nous avons déjà donné le prix des maisons pour 19 familles touchées par la construction de cette route ». Aujourd’hui nous fêtons le 70 ème anniversaire des droits de l’homme et le 17 octobre journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.

Face à cette situation, je dirai : On lance les cordes sur les cornes des zébus, on lance les paroles dans les cœurs de ceux qui ont de la connaissance et de la sagesse.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

Deux jours de célébrations à Antananarivo
17/10/2018
Madame S.
Madagascar

J’ai envie de parler du droit au travail

En regardant ce thème donné par l’ONU, la première chose qui me vient en tête c’est que tous les êtres humains ont les mêmes droits même s’ils n’ont pas le même niveau de vie ni la même couleur de la peau. La discrimination et l’exclusion ne doivent pas exister.

Quand on est pauvre, souvent on ne peut pas jouir de ses droits. Je connais une femme qui a accouché à la maison et elle a raconté qu’on lui a donné les papiers pour faire l’acte de naissance de son enfant mais elle n’est pas allée à la commune car elle n’avait pas d’argent, en plus de cela elle ne sait ni lire ni écrire. Elle savait qu’elle devait donner de l’argent aux intermédiaires qui sont là exprès pour résoudre ce type de problèmes, mais on ne sait jamais combien ils vont prendre pour ce service. La corruption est partout, il n’y a pas d’aide pour les plus fatigués. Il faut toujours de l’argent partout. Comme on sait qu’on n’en a pas, on n’y va même pas, me disait cette femme.

Nous parlons des droits de l’homme et j’ai envie de parler du droit au travail. Nous les parents à Antohomadinika (il y a une douzaine d’années) avons senti que nous étions vraiment dans la difficulté et nous nous sommes mis ensemble pour réfléchir à un chemin pour sortir de la misère. Nous avons décidé de partager des savoirs entre nous, c'est-à-dire que ceux qui savaient apprenaient aux autres.

Cet élan de solidarité a évolué petit à petit et avec le soutien du Mouvement ATD Quart Monde, il y avait des professionnelles qui sont venues pour nous former et cela a fait que plusieurs d’entre nous somes devenues à notre tour des professionnelles en matière d’artisanat comme broderie, vannerie, tissage, ferronnerie...Plus tard nous sommes devenus l’ association MMM (Miasa, Mianatra Miaraka). Plusieurs parmi nous étaient illettrés et il y a eu des mains tendues pour apprendre à lire et à écrire mais aussi pour apprendre à parler en français. Il y a eu aussi l’apprentissage sur comment gérer son argent et son travail.

A travers l’exemple de MMM, on voit bien qu’il est possible de lutter contre la misère et d’avoir du travail digne si on fait les choses ensemble car plusieurs parmi nous sont devenus des professionnelles en matière  d’artisanat. Il y en a qui ne sont plus à MMM, qui font autre chose, mais leur niveau de vie a changé.

Je vous remercie.

Deux jours de célébrations à Antananarivo
17/10/2018
Voahangy