Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Burkina Faso

Paroles - 17 octobre 2015 au Burkina-Faso

17 octobre 2015 au Burkina-Faso

Lors de la cérémonie, des témoignages de discrimination ont été déclamés par des personnes enfin écoutées ce jour-là :

Je connais un homme qui  mange dans la cour de sa famille. Le soir, on lui sépare un plat, au lieu de le faire manger dans le plat familial. On le traite comme s’il n’était pas de la famille. Et quand il finit pas son plat, on ne prend pas le reste pour le mélanger aux autres restes et le réchauffer le lendemain. Il  mange comme un chien.

- les vieilles de Del Wende, on les a chassées, accusées simplement parce qu’on ne voulait pas vivre avec elles. : « si on veut tuer un chat, on lui met une plume de poulet  dans la bouche »

-Y a des handicapés qu’on cache, on veut que personne ne les voit, on leur fait une maison par derrière ; on les considère pas. Si on ne les voit pas, comment on va les aider ? Grâce aux centres, les gens sont éveillés. Tu mets un enfant au monde et tu le caches derrière la maison, c’est pas un chien !

- J’entends des gens qui insultent les enfants qui vivent dans la rue : « petits voleurs, calmez-vous ou ça va chauffer ! ». Je leur dit « si vous traitez ces enfants de voleur, que vont devenir vos enfants ?

- A une fête religieuse, j’ai été saluer une famille. J’ai trouvé que la femme et les enfants. La femme était contente, mais elle m’a dit : « c’est la fête, mais nous n’avons pas préparé ; si tu étais venu plus tôt, j’aurai pu chercher pour  toi chez mes voisins ». Peut-on fêter si les voisins n’ont rien ? Exclure  de la joie de la fête, c’est discriminer !

- Si tu es pauvre, on ne te considère pas. Tu vas saluer  dans une fête, selon ta classe on te fait entrer et on te sert un coca, si tu n’es rien on te met dans un coin, on te sert rien, des fois on te fait même pas asseoir….

-Une Tantie à côté de chez moi vend la soupe. Un jour 3 enfants qui vivent dans la rue sont venus demander du riz elle leur a dit « au lieu de mendier, pourquoi vous ne travaillez pas ? Si vous voulez travailler, venez demain matin, on va parler ». Depuis, un enfant travaille pour elle, un autre pour la voisine. Elle n’a pas pensé que c’est des petits voleurs, elle leur a fait confiance. Depuis, tu ne peux pas savoir que l’enfant était dans la rue.

-Quand je vois des enfants qui prennent la dissolution, je les attrape et je leur parle. Ils peuvent réussir à laisser ça, il faut leur dire et avoir confiance en eux. Y a que les montagnes qui se croisent pas ; peut être qu’un de ces enfants  me sauvera un jour ?

-On habite un quartier non loti vers Ouaga 2000. On va chercher l’eau aux fontaines. Mais chez nous l’eau n’arrive que vers 2h du matin, et repart vers 3h. Du coup y a même des disputes. Est-ce qu’on est moins que les autres ?

-Je suis handicapé, j’ai un vélo à 3 roues. Quand je suis venu inscrire mes enfants à l’école, on m’a dit « on n’a pas besoin d’enfants comme les vôtres ». Pourtant je pouvais payer, c’est juste parce que je suis handicapé.

-J’ai été à la mairie faire des actes de naissance pour mes enfants. Le Monsieur a vu sur la carte que j’ai que  le nom de ma mère. Quand il a vu que pour mes enfants je n’avais pas le nom des papas, il a dit « telle mère telle fille ». Il n’a pas le droit de m’humilier comme ça, est ce qu’il allait dire ça si j’étais bien sapée et bien coiffée ?

-j’ai perdu mes papiers d’identité, je dois aller à la police. Mais j’ai peur parce que là-bas on te parle mal, on te crie dessus si tu es mal habillé, si tu parles pas bien français.

-Pendant la révolution, j’ai été blessé au pied. Il y avait un service de l’hôpital spécial pour les blessés du soulèvement. Mais je n’ai pas osé y aller… En me voyant comme je suis, on me m’aurait pas cru.

-Je fais partie d’une association de handicapés et je suis allé voir le haut-commissaire, on m’a dit qu’il n’était pas là, j’ai dit que j’allais l’attendre. Une autre personne, un patron, est venu demander le Haut-commissaire et on l’a fait rentrer. Donc je suis retourné près du secrétaire pour lui dire que moi aussi je veux rentrer, il n’y a pas de raison. Ça a fait du bruit et le Haut-commissaire est sorti de son bureau pour savoir ce qui se passe. Après explication le Haut-commissaire a dit que le secrétaire avait mal fait. Donc j’ai pu rentrer et lui remettre l’invitation à la rencontre avec l’association des handicapés.

-C’est difficile d’être ami entre ceux qui ont des moyens et d’autres qui n’ont pas les moyens. Quand il y a des sorties en groupe, il y a un partage à chaque fois. Si tu ne peux pas donner quelque chose, à la prochaine réunion on ne t’invite pas.

-L’une des façons de combattre la discrimination c’est ce qu’on est en train de faire : les réunions et les rassemblements du mouvement sont ouverts à tous, ça lutte contre l’exclusion. Etre proche de la personne pour qu’elle sache l’intérêt de ses idées. On la redécouvre dans toutes ses valeurs et cela nous impressionne.

13/04/2016
Familles du Burkina Faso
Madagascar

C’est très important la communication envers d’autres

Mon nom est Sambane. J’ai 50 ans. J’ai deux enfants, une fille et un garçon. J’habite à Besakoa Ankininy. Depuis 1985, je fais la confection de balai. Au début, je n’ai pas eu de clients mais j’ai fait de la vente de balai ambulant. Par la suite, les vendeurs des produits artisanaux au marché ont acheté en gros des balais et je faisais la livraison. Depuis là, j’ai découvert que ma vie s’est améliorée. Mais mon père m’a dit : « ça va te fatiguer ta confection de balai, il vaut mieux que tu fasses le commerce d’aiguilles, de fil à coudre, d’allumettes, et de mosquito car cela te rapportera beaucoup plus d’argent». J’ai suivi le conseil de mon père. Comme je n’ai pas de parcelle de terrain pour m’installer, je colporte ces produits dans les quartiers et je fais du porte à porte auprès des épiciers. Mais je n’ai pas abandonné la confection de balais, je fais seulement sur commande.

Je sentais bien la capacité de s’ouvrir à d’autres personnes et de nouer des relations avec d’autres à travers le commerce ambulant. C’est très important la communication envers d’autres, amis, clients, pauvres ou riches, et surtout une conversation pleine de respect mutuel. En outre, j’ai aussi découvert la confiance mutuelle pour l’achat ou la vente à crédit.

Merci de votre attention.

La journée au centre culturel BASIA
02/11/2015
Sambane
Madagascar

J’accueille tous ceux qui viennent

Je m’appelle Charlotte Dorothée, j’ai 54 ans. J’ai six enfants qui sont grands maintenant dont cinq ont leur foyer. Une fille et son enfant demeurent avec moi à Nosimanitra, fokontany Besakoa. Mon époux était pêcheur et je l’accompagnais à la mer. Il ramait dans la pirogue et je jetais le filet. Revenant de la mer, je continuais en vendant les poissons et les pieuvres au bazar.

Depuis la mort de mon époux en 2012, j’ai travaillé seule pour survivre. Je faisais du café, des galettes de riz dites « mokary » et des patates douces cuites. J’apportais ces repas cuits le long de la plage pour vendre aux piroguiers qui arrivent de la mer et aux femmes revendeuses de poissons qui attendent les pirogues. Par la suite, je me suis arrêtée à faire la vente le long de la plage pour des raisons d’insécurités. Mais je continuais à vendre ces repas cuits chez moi au village Nosimanitra. Du produit de cette gargotte, ma fille et moi, nous nous entraidons pour survivre, pour assurer le devoir social et pour soutenir l’école de mon petit enfant. Je ne fais de distinction à aucune personne qui vient demander un repas à crédit, je donne à tous ceux qui demandent. J’accueille tous ceux qui viennent sans tenir compte du visage, ni du niveau de vie d’autrui et j’entame le dialogue avec les clients.

Merci de votre aimable attention 

La journée au centre culturel BASIA
02/11/2015
Charlotte Dorothée
Madagascar

la paix est un gage pour le développement.

Témoignage de Liliane d'Andramiarana à Antananarivo pour le 17 octobre 2015.

Thème : Construire un développement durable, s'unir pour mettre fin à la pauvreté et la discrimination.

Le combat que nous faisons tous les jours est un développement durable pour le futur.

Mon nom est Ravoanginivihitra Liliane, j'ai un enfant et mon mari est déjà mort.

Ma famille m'a orienté et m'a donné des informations concernant le Mouvement ATD Quart Monde.

Un ami dans le Mouvement m'a dit qu'il a trouvé des éclairs dans sa vie depuis le moment où il a connu le Mouvement, cela lui a permis d'être ouvert avec tout le monde, et de découvrir l'importance des études, il a commencé à faire rentrer son enfant à l'école, et il a un grand espoir pour ce dernier.

Pour moi, le vrai développement durable c'est le fait d'avoir la paix dans le foyer et dans la société, cela me donne la force de progresser dans mon travail. Au moment de la dernière inondation, la plupart des gens étaient tombés dans l'eau, c'est là que j'ai réalisé l'importance de l'entraide, la solidarité au niveau de la société.

A cette époque, la solidarité m'a aidé de la développer dans ma vie. Dans le quartier, il y avait un moment où les troubles étaient successifs entre les couples, les voisins; je me suis engagée à réconcilier ces gens afin d'avoir la paix car la paix est un gage pour le développement.

J'essaie toujours de coopérer avec les gens de mes environs, de leur partager le peu de connaissance que j'ai. Je connais beaucoup de travaux artisanaux comme la broderie, le crochet, la couture, les tresses, les tapis...

Mais le problème c'est l'insuffisance des outils et les débouchés pour les produits finis. Je souhaite partager mes savoirs mais moi même je ne peux réaliser ses travaux d’artisanat à cause de ces problèmes que je viens de citer.

Un problème aussi c'est l'hésitation pour l'endroit où on peut vivre car j'ai entendu parler d'un aménagement de la route (une rocade) là où on vit; si on déplace le bac à ordure, beaucoup parmi nous perdent leur travail, et peut-être que beaucoup parmi nous seront sans abri. Notre vie est dans une incertitude en ce moment.

Nous lançons un appel à haute voix aux autorités et aux autres différentes sections qui travaillent pour le développement dans notre quartier afin de pouvoir trouver une solution avec nous.

Nous souhaitons surtout que les autorités apportent une protection pour les pauvres, et de se mettre en partenariat avec les différentes sections privées qui travaillent avec nous (avec des bonnes actions) afin de porter ensemble attention sur la vie des gens exclus de la société.

Nous souhaitons qu'aucune personne pauvre ne soit exclue car elle a les mêmes droits et la même dignité que tout le monde.

Personne ne souhaite dépendre des autres, c'est pour cela que nous lançons un appel de collaboration à tous les secteurs pour élargir et développer notre travail afin de ne jamais dépendre des aides des autres.

17 octobre à Madagascar
30/10/2015
Ravoanginivihitra Liliane
Madagascar

Pour un avenir durable il faut passer par l’éducation

TÉMOIGNAGES POUR LE 17 OCTOBRE 2015

« Construire un avenir durable: s’unir pour mettre fin à la pauvreté et à la discrimination »

Steeve / Antohomadinika III G Hangar

Un avenir durable, pour moi c’est avoir un travail durable, être affiliée à l’Ostie (comme cela, en cas de maladie on peut se faire soigner sans avoir à payer), être affiliée à la Cnaps aussi (comme cela on a droit à une retraite quand on sera vieux, incapable de travailler). Avec ce travail on peut posséder une terre et une maison pour ses vieux jours et pour ses enfants.

Je sais que pour un avenir durable il faut passer par l’éducation, par des études surtout. Consciente de cela, je participe au développement de ma famille. Cette année, j’ai aidé ma mère pour l’achat des kits scolaires pour mes cadets. Je ne voudrais pas qu’ils vivent à leur tour ce que j’ai vécu, j’ai dû abandonner l’école alors que j’avais encore envie de poursuivre mes études.

Je participe aussi au développement de mon fokontany, avec les autres, je fais des animations pour lutter contre la violence et le viol des enfants, j’écoute et donne des solutions aux problèmes des voisins par le kiosque KAPDA (kiosque d’Accueil de Personnes en Difficulté d’Antananarivo), je fais partie aussi de la jeunesse du Mouvement ATD Quart Monde qui procède à l’assainissement du fokontany.

Mon problème c’est que je n’ai pas un travail durable. J’ai déjà fait l’effort de chercher du travail mais on ne m’a pas encore embauche même si dans l’entreprise il y a bien une place qui correspond à mes capacités, tout simplement parce que je n’ai pas le bac. Pourtant j’ai fait pas mal de stages. Aujourd’hui on mesure votre capacité par vos diplômes.

Les jeunes nécessiteux ont besoin de plus d’ouverture ; ils doivent posséder d’autres langues étrangères. Ainsi ils ne seront jamais perdus, même sans le bac. La langue étrangère ne doit pas constituer un nouvel écueil.

Il est nécessaire que les entreprises collaborent avec les associations qui s’occupent des jeunes.

Ce n’est pas simplement une histoire de stage, mais embaucher vraiment les jeunes nécessiteux car c’est cela l’avenir durable.

La construction du développement durable est un long combat et nous avons besoin de collaboration avec l’État. Les réalités politiques, sociales et économiques du pays n’entraînent que plus de difficultés pour les jeunes. Le chômage, la drogue et la violence règnent en maître. Les jeunes aspirent à un avenir brillant et durable. C’est pour cela que des associations, comme le Mouvement ATD Quart Monde, luttent pour que les jeunes ne soient pas abattus par la violence et le découragement.

Mes souhaits de collaboration avec l'état :

Avoir une politique efficace pour lutter contre le chômage des jeunes, pour qu’ils puissent avoir un avenir durable.

Que l'Etat soit réellement à l’écoute de ceux qui sont très pauvres au lieu de vrais pauvres qui subissent le poids de la misère et de la discrimination.

Le problème, à mon avis, pour la solidarité en vue d’éradiquer la pauvreté et la discrimination, c’est que, souvent, les plaintes, les appels et les cris sont lancés dans le désert, personne ne les écoute.

J’ai vécu un événement qui a prouvé que la solidarité peut mettre fin à la pauvreté et à la discrimination : c’était lors des dernières inondations. Tout le monde a uni ses efforts, des individus, des associations, des organismes d’Etat se sont donnés la main. Pour terminer, je dis qu’il ne faut pas attendre que le problème ne trouve plus de solution avant de réagir.

17 octobre à Madagascar
30/10/2015
Steeve