Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Suisse

Témoignage d’une maman

Etre parent dans la pauvreté, c’est très dur. On aimerait donner tout ce qu’on peut à nos enfants pour qu’ils vivent mieux que ce qu’on a vécu.

Quand je travaillais encore, j’arrivais à leur offrir des vacances. Ça aussi, je ne l’ai jamais eu enfant, alors ça me tenait à cœur de le faire. Aujourd’hui, sans travail, ce n’est plus possible. J’ai pris sur l’argent pour manger, et il faut manger. Je fais des emprunts, et après je suis dans la « merde ». Grâce à l’Association des Familles du Quart Monde et à ATD Quart Monde, elles ont pu participer à des activités et échapper au pénible quotidien.

A la maison, c’est tendu. J’encaisse, j’encaisse jusqu’à ce que ça déborde.

Etre parent aujourd’hui dans la précarité, c’est dur. Nous sommes tout de suite jugés, car nous ne donnons pas assez de possibilités à nos enfants pour aller de l’avant.

Pourtant je me suis battue, sacrifiée pour leur donner la possibilité. J’ai même fait n’importe quoi comme travail : nettoyage temporaire des bureaux, des sanitaires, pour payer des cours d’appui à l’une de mes filles. Rien n’est trop dur lorsqu’il s’agit de l’avenir de nos enfants.

En échangeant avec d’autres parents au sein d’un groupe de parole à l’Association des familles du Quart Monde, je vois que je ne suis pas la seule à souffrir pour mes enfants. On se donne des tuyaux pour les loisirs, la nourriture, bref, pour améliorer le quotidien. Ensemble, on est plus fort.

Ce lieu de parole me permet de m’ouvrir aux autres personnes, au monde qui m’entoure. Sinon, j’ai tendance à me refermer. Et l’isolement, c’est le début de la déprime.

Je parle facilement, ce que je ne fais pas chez moi, parce que là je me sens écoutée.

Nous parlons du rôle de femme, de maman. Souvent, nous nous sentons inutiles car nous faisons le travail du quotidien, qui se répète. Pour l’entourage, c’est normal. Par le groupe de parole, c’est valorisé. Et j’apprends à m’affirmer.

Pour moi, ces rencontres sont un moment de détente. Je me relâche. Là je rigole, ce que je ne fais pas chez moi. A la maison je me sens crispée, inutile, comme une cocotte-minute prête à exploser. Souvent, j’arrive à l’Association déboussolée, vidée, cherchant un peu partout des solutions à différents problèmes.

Quand je repars, presque toutes les questions ont trouvé une solution, ou une manière de voir autrement. De retour chez moi, j’ai plus de motivation à aller de l’avant.

28/11/2018
Muriel
France

Une dalle du refus de la misère, pour que l'on sache que l'on se bat

Je suis militante depuis 18 ans pour défendre les droits et la dignité de tout le monde, et je suis maman de 4 enfants dont des jumeaux de 28 ans, une jeune fille de 20 ans et un garçon de 18 ans.

Je suis engagée à ATD grâce à une personne qui a réussi à me faire rentrer dans le Mouvement en venant me chercher dans mon quartier de zone, on va dire, d’éducation sécuritaire, parce que je vivais seule et je ne sortais pas de chez moi. Elle est venue me chercher pour qu’on puisse sortir et changer d’horizon, parce que je vivais avec très peu de moyens. Et j’ai pu apprendre ce que ça voulait dire solidarité, grâce à la personne qui est venue me chercher.

En quoi la dalle du refus de la misère, et ses répliques, sont importantes ?

Le combat du Père Joseph Wresinski c’est de dire que les personnes qui vivent les choses assez difficiles doivent relever leurs manches et montrer aux personnes qui tiennent les rennes que nous sommes des experts pour voir comment on va sortir de la misère.

Et aussi pour montrer aux personnes qui vivent autour de nous qu’on ne doit pas subir la misère, qu’on est acteur justement de ce combat. Aussi, l’intérêt de la dalle c’est pour la génération future, qu’ils sachent le combat de leurs parents et de la génération d’avant, que nous nous sommes battus pour montrer fièrement avec cette dalle que le combat a été mené, qu’il ne s’arrête pas là, qu’il doit toujours être en apparence pour que tout le monde, la jeune génération, sache que c’est comme ça qu’il faut faire.

Vone L., Rennes, France

16/11/2018
Vone L.
Jordanie

Vivre le 17 octobre dans un pays – où je suis de passage, où personne ne connait cette Journée…Comment ?

Vivre le 17 octobre dans un pays – la Jordanie – où je suis de passage, où personne ne connait cette journée… Comment ? Toute seule ? Voilà que j’apprends qu’un groupe de personnes souffrant de maladies chroniques va se rassembler pour une marche proposée par les dispensaires de quartiers où ces malades sont suivis. Je sais bien ce que la maladie chronique signifie de sentiment de perte, perte de la santé qui ne sera plus jamais comme avant. Et aussi, angoisse pour le malade pauvre : se soigner, se soigner au long des années, comment ? Avec  quelles ressources ? Malgré la santé diminuée, il faut se montrer fort pour éviter de glisser dans la misère avec les siens. Le jour de la marche, environ 150 personnes étaient présentes à la cité sportive de Amman. Des petits bus avaient acheminé ceux qui venaient de loin. La maladie rassemble : nous étions ensemble musulmans et chrétiens, jordaniens et réfugiés de Syrie ou d’Irak, gens âgés mais aussi d’autres plus jeunes et même des enfants. Avant que ne commence la marche, j’ai pu parler avec plusieurs et je leur demandais : « qu’est-ce qui vous a motivé pour venir participer à cette marche ? » On me disait : -« il faut marcher, c’est nécessaire pour la santé », -« si je reste chez moi sans marcher, ce n’est bon ni pour le corps, ni pour l’esprit », -« marcher ensemble avec d’autres, c’est stimulant, on s’encourage ».

Je vivais cette marche comme une toute petite communion à la « journée internationale du refus de la misère ». Tous ces gens pauvres affirmaient leur détermination de faire ce qui est dans leurs moyens, c’est à dire sans argent : marcher, c’est à la portée de toutes les bourses (sans renoncer de se faire suivre au dispensaire !) . Marcher, c’est sortir de l’enfermement sur soi, chez soi, dans le découragement et le sentiment d’impuissance. Et puis, en marchant, on va rencontrer d’autres sur le chemin et même, peut-être, on va se mettre à marcher à plusieurs ensemble. Un groupe de femmes d’une banlieue de Amman m’a dit qu’elles sortent chaque jour marcher ensemble. Et finalement, cela peut devenir une joie, une fête, comme cette grande marche où tous se retrouvent. Dans l’émerveillement d’avoir encore des jambes qui marchent et une pensée pour ceux qui ne peuvent ou n’ont jamais pu marcher. C’est un pas, des pas… dans le « refus de la misère ».

Thérèse. R, Amman, Jordanie, 17 octobre 2018

06/11/2018
Thérèse R.
Tanzanie

Le combat d'une casseuse de Pierres

Témoignage ASHURA : Je m'appelle Ashura Onesmo, je suis une mère de cinq enfants, je suis une casseuse de pierres à la carrière de « cambodia ». La source de ma pauvreté est le conflit familial entre mon père et ma mère. Ma mère faisait des petites activités génératrices de revenus. J'ai réussi à étudier jusqu'à la septième année de l’école primaire. Je n'ai pas réussi à aller à l'école secondaire. Je pense que si j'avais eu une bonne éducation, j'aurais un bon travail et pourrais lutter contre la pauvreté. Pour nous les femmes, le moyen de lutter contre la pauvreté est de casser les pierres. C’est un travail qui ne demande d’autre investissement que notre propre force. Cependant casser les pierres est un travail dur et très dangereux, mais nous le faisons parce que nous n’avons pas d’alternative. Je me lève d'habitude à quatre heures du matin, je prépare quelques jus à vendre ainsi que le déjeuner pour ma famille. Après je pars travailler à la carrière. J’arrive là-bas à 6h du matin et commence tout de suite à casser les pierres. J’arrête vers 3h de l’après-midi et commence à mesurer les tas de pierres cassés (remplir les seaux). Pendant une journée, je peux remplir 7 à 20 seaux, je peux gagner entre 2000 à 5000 TSH par jour. Ce n'est pas suffisant pour les besoins de la famille, mais nous continuons à nous battre. Nous ne désespérons pas car nous espérons qu’un jour les choses vont changer. Le travail de casser les pierres est un travail qui peut être fait par chacun car nous n’avons besoin d’aucun capital, sauf de notre propre force, mais c’est un travail à risque, comme les maladies de tuberculose à cause de la poussière, travailler sous le soleil toute la journée et ne pas avoir une bonne alimentation. Pour nous, les femmes, nous avons des problèmes particuliers : le fait de soulever et transporter les grosses pierres à casser entraîne des conséquences comme les avortements.. Les problèmes de la pauvreté sont nombreux. Nos enfants sont avec nous tous les jours à la carrière et grandissent là-bas. Ils commencent eux-mêmes à casser les pierres au jeune âge et certains prennent l’habitude de l’argent. Cela fait que certains n’aiment pas l’école, car ils préfèrent gagner de l’argent. Je termine ici en remerciant ATD de nous avoir rendu visite aux carrières et nous avoir donné l’opportunité de participer à la recherche sur les indicateurs de la pauvreté. Nous en avons grandement bénéficié car nous avons eu une idée plus large sur la pauvreté.. Les femmes travaillant dans les carrières vous remercient beaucoup, que Dieu continue de vous bénir. Ashura

30/10/2018
Equipe Tanzanie
Madagascar

Comme tous les jeunes, je prépare mon avenir

J’ai 23 ans et j’habite à Antohomadinika. Notre thème d’aujourd’hui est « S’unir avec les exclus pour construire un monde où les droits de l’homme et la dignité seront universellement respectés. » Je me sens particulièrement exclue à cause de mon handicap, comme vous voyez, je suis différente des autres, je suis trop petite. Je ressens cette exclusion par le regard des autres, surtout quand je vais au marché. Un jour, mon frère cadet et moi sortions pour acheter un lecteur DVD dans un magasin spécialisé. Quand nous y entrions, le vendeur nous disait méchamment : « partez, il n’y a pas d’argent ici ». Je lui répondais : « nous ne sommes pas venus ici, Monsieur, pour mendier mais pour acheter un lecteur DVD ». Mon frère a failli acheter un stylo feutre pour écrire sur mon fauteuil au dessus de ma tête: « je ne mendie pas mais je sors comme tout le monde ».

Comme tous les jeunes, je prépare mon avenir. Je suis la formation en coupe et couture, car je n’ai pas pu terminer mes études. Je suis restée en classe de seconde à cause de la précarité de notre vie. Ma formation n’est pas encore terminée, mais je reçois les commandes de couture quand quelqu’un vient chez moi. L’État n’aide pas les plus démunis et les handicapés, c’est pour cela que les droits de l’homme et la dignité ne sont pas respectés. Ainsi, nous vivons quotidiennement dans l’angoisse. On m’a éduqué à ne jamais mendier. Je sais que les handicapés mendiants subissent toutes les humiliations, les préjugés des gens et toute sorte d’oppression. A la fin de la journée, leurs familles récupèrent l’argent gagné.

Je rencontre toujours des difficultés lors de mes sorties. Les lieux publics comme les escaliers et les montées ne sont pas adaptés à ma chaise roulante. Je dois demander de l’aide aux gens pour la porter et je suis très gênée. Tout cela est cause de non-respect de nos droits, ce qui  entraîne notre dépendance aux autres.

Tout homme a les mêmes droits et la même dignité en tant qu’humain. Nous voulons de l’aide dans notre projet pour atteindre notre but, mais non de la pitié ni des préjugés. Pour les parents ayant des enfants handicapés, donnez-leur de l’amour à partage égal. N’ayez pas honte de vos enfants, emmenez-les se promener pour découvrir le monde. C’est cela dont nous avons besoin.

J’encourage les personnes handicapées à bien se comporter, à s’unir et à collaborer pour revendiquer leurs droits. Mes souhaits ? Que les droits de l’homme et la dignité soient vraiment une réalité mais non une idée.

Je vous remercie.

Deux jours de célébrations à Antananarivo
17/10/2018
Florence