Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Burundi

De l'humiliation et l'exclusion à la participation

Comment pouvons-nous faire participer les humiliés, les exclus dans la prise des décisions dans tout les secteurs de la vie ?

Jean-Louis VACHER : La participation est un grand parcours, car les cas diffèrent. Par exemple : faire participer les enfants de la rue dans la prise des décisions administrative demande un parcours. Au départ ils ne prennent pas la parole même si ont la leur donne, parce qu’ils ont peur de la réaction de ceux qui entendent; les gens pensent de ce fait que les enfants ne peuvent rien faire. Mais nous qui luttons pour qu’ils participent malgré leur situation, nous devons alors faire comprendre aux gens que ces enfants peuvent avoir un point de vue à donner parce qu'ils ont l'expérience de leur situation.

Prenons un cas général : juste le sourire et un bonjour, c'est le commencement pour bannir

l’exclusion et créer la participation dans tout les secteurs de la vie. Si l’on ne fait pas des petits gestes, on ne peut pas arriver au grand geste.

Au Chili des personnes très pauvres qui vivaient dans la rue ont commencé à ramasser des petits cartons et saleté dans la rue ; ils le faisaient à pied. Un jour un monsieur avec son vélo à trois pneus avec une caisse arrière leur dit : « et si on mettait ce que vous ramassez sur mon vélo pour aller plus vite? » Ils étaient parfaitement d’accord. Ils commencèrent avec ce rythme et gardaient le petit revenu. Après un temps ils achetèrent un autre vélo semblable, puis trois autres puis un véhicule transporteur. Leur solidarité et courage a vaincu l’exclusion et créé la participation.

Bénédict BAHANE : Pour approcher quelqu’un qui est humilié nous devons nous poser la question de savoir pourquoi il est humilié. Exemple, dans une famille où il y a des chamailles. Il peut se sentir frustré et s'humilier lui-même devant les autres vu ce qui se passe chez lui. Pour que l'enfant puisse participer dans la prise de décisions dans sa famille ou dans un groupe, c'est bien de lui donner une attention particulière et aussi certaines petites responsabilités, à l’école ou dans le groupe, et de discuter avec lui.

Pascal MUBALAMA : La famille est le fondement de la société. Exemple : si une personne est handicapée il y a risque qu'il soit considéré différemment même dans la famille. Quand une autre personne voudra l'approcher, il prendra fuite. Alors nous, nous devons faire un effort pour l'approcher et lui donner de l’affection pour qu’il ait le courage de lever la main et donner son point de vue quelque part.

Les gens organisent des apostolats, ils arrivent et distribuent de la nourriture, des savons et partent, au lieu d’organiser une fête où l’on communie ensemble, échange et touche à la racine du problème. Car peut-être la nourriture n'est pas le problème.

Commençons d’abord à faire participer tout le monde dans la prise des décisions dans nos familles, y vivre une gouvernance « tête ensemble » puis ils vont s’ouvrir aux autres opportunités.

Christian RHUGWASANYE : Pour qu'une personne soit considérée, considérons la d’abord mais pas seulement, combattons pour qu’elle soit considérée; Nous qui sommes dans ce courant de lutte contre l’exclusion, quand l’on nous propose des fonctions et nous invite à donner des propositions ou des solutions, ne pouvons-nous pas les refuser et accorder la tâche à ceux qui sont humiliés, ceux à qui on évite d'en donner? Pour leur donner la chance de montrer le meilleur d’eux même. Et ainsi changer le regard de ceux qui pensent que seuls les intelligents et riches sont capables de résoudre un problème pour l’intérêt de tous !

Où en est-on avec notre lutte, arrivons nous à atteindre et à combattre tout les formes de la misère ? si non, comment y arriver ?

Patrick NKOY : Si tu veux vraiment que la misère puisse disparaître mets-toi à côté d’un pauvre et accompagne le dans ses idées. Notre lutte continue toujours, jusqu'à ce que nous voyions la misère disparaître.

Il faut aussi l’intervention des gouvernements dans le cadre de la gouvernance « tête ensemble » et qu’ils comprennent aussi que promouvoir les talents de la jeunesse est un atout dans ce grand combat.

Christian RHUGWASANYE : Avec nos témoignages ainsi que ceux d’autres personnes à travers le monde, engagés et militants avec les plus démunis, je ne peux pas me priver du plaisir de dire qu’ils sont prometteurs d’un monde sans misère ; j’apprécierai toujours l’idée du Père Joseph qui nous a appelé à prendre conscience d’accomplir ce devoir moral.

Pour bien toucher et éliminer toutes les formes de la misère aux coins comme aux recoins, il faut rencontrer ceux qui sont les plus délaissés et lutter ensemble.

Je proposerais une chose pour répondre à la mobilisation exceptionnelle : que nos rencontres au courant de cette année soit caractérisées par des témoignages, échanges d’expérience, présentations de nouvelles personnes très défavorisées que nous rencontrons et soutenons, pour l'intégration au groupe de ceux qui sont les plus rejetés. Allons à leur recherche ! Qu’elles soient considérées au lieu d'être rejetées ; bref : qu’ont soit plus pratique que théorique.

Solution, dimensions

  • Vaincre les préjugés et l’exclusion en accordant des responsabilités à ceux qui sont les plus humiliés.

  • Veiller à la gouvernance « tête ensemble » au sein de famille. C'est le début du passage de l'humiliation à la participation.

  • Savoir les antécédents de la personne accompagnée.

  • Vaincre l’exclusion par le courage et la solidarité.

  • Faciliter les plus pauvres à prendre parole.

  • Promotion des talents.

  • Allons à la recherche de ceux qui sont encore délaissés.

Discussion autour du thème, Bujumbura
26/10/2016
ATD Quart Monde
Cameroun

Nous avons pensé qu'il fallait tout d'abord former un groupe.

Merci pour l'occasion qui m'est offerte pour apporter une contribution à la journée du 17 octobre 2017. Quand on dit : Refus de la misère, il faut par là comprendre que la personne concernée doit en première avoir la foi et la confiance en soi.  Nous, personnes handicapées vivant en milieu rural dans le village de Sepp en République du Cameroun sont un exemple. Pour lutter contre la misère que nous vivons en milieu rural, nous avons pensé qu'il fallait tout d'abord former un groupe. Notre groupe a pour nom: Handicapés Producteurs d'Huile de Palme "HANDIPROPALM". Ce groupe a pour mission, de promouvoir les emplois pour personnes handicapées vivant en milieu rural. Notre choix: la production des plants palmiers en pépinière, la création des petites palmeraies, la production d'huile de palme, la fabrication du savon artisanal et la promotion de l'épargne et crédit.

A ce jour, notre groupe encadre 19 personnes handicapées du village, parraine les enfants des parents handicapées en payant les frais scolaires et fournitures, collecte l"épargne et accorde des petits prêts aux habitants du village de Sepp, fabrique le savon de ménage en morceau, poudre et liquide.

Nous allons sensibiliser nos frères handicapés des villages voisins pour suivre notre exemple. Nous lançons un appel à toutes les personnes handicapées vivant en milieu rural en Afrique de se regrouper pour combattre la misère la main dans la main. LA FOI ET LA CONFIANCE SONT LES ARMES QU'UTILISE CELUI QUI VEUT COMBATTRE LA MISERE.

Nous sommes prêts à partager notre expérience en matière d'emploi des personnes handicapées vivant en milieu rural.

Contact: likabasobesepp [at] gmail [dot] com Dieudonné Mengela Handipropalm Cameroun

21/10/2016
Dieudonné Mengela - Handipropalm
Réunion

Témoignage

Témoignage de la Réunion

Dans la pauvreté, on n’a pas le choix, on s’adapte à la situation.

La pauvreté n’est pas que matérielle. Elle touche notre santé, on connaît le stress, l’angoisse. Ce n’est pas qu’on veuille de la pauvreté et toute la honte qui va avec, c’est la société qui nous l’impose. Et il y a des obligations qu’on n’arrive pas à suivre, pour avoir un fruit tous les jours dans le sac d’école, on achète les moins chers, c’est-à-dire les mêmes, les oranges, les pommes et les enfants n’en veulent plus. Les raisins sont chers, les nectarines aussi, alors que les bananes mûrissent trop vite.

La pauvreté est un mal être, une violence et cela fait mal de vivre avec des aides.

On se sent beaucoup humilié lorsqu’on entend : « l’a fé zenfan pou zalocations » On est horrifié et on entend cela tous les jours. C’est comme pour le RSA on entend qu'on préfère être au RSA. Nous, on serait content de voir un peu les autres à notre place. Le RSA aide mais on n’a pas de loisirs, pas de plaisirs, quand on a des amis qui travaillent et qu'ils nous proposent de sortir on n’ose pas dire qu’on ne peut pas à cause du manque d’argent ».

Il s'y rajoute la difficulté de trouver du travail, le logement du fait de l'âge avancé.

Dans la pauvreté des personnes sont exclues ou se sentent exclues, elles restent dans leur coin pour ne pas être humiliées.

L’humiliation rejoint la honte et amène l’exclusion.

Du fait qu' elles ne parlent que le créole réunionnais beaucoup de personnes sont mal reçues, pas écoutées dans les administrations. L'une d'elles avec des difficultés à s’exprimer en français, se faisait rejeter chaque fois qu’elle appelait un organisme. Un jour, elle a demandé à quelqu’un qui parle le français de le faire à sa place. L'autre a eu l’information toute de suite. Le sentiment de rejet a alors fusé à travers ces mots « ou wa koman iss pass kan ou gingn pa koz fransé ! ».

Face à l'humiliation et l’exclusion, des familles dans les quartiers où la vie est difficile agissent déjà. Elles voient chaque jour que la lutte qu’elles veulent mener, nécessite de se mettre avec d’autres. Participer, disent-elles, c’est faire avec les autres pour le bien de tous, c’est chacun sa part et mettre sa part avec celle des autres :

Elles ajoutent : nos vies se ressemblent, les malheurs se répètent, les placements d’enfants continuent, notre participation pour contrer toutes les menaces, commence dans notre famille. Il faut gagner à faire connaître la vraie vie des familles, à faire respecter les possibilités de participation des parents qui ont la menace de placement de leur enfants.

« Faire comprendre ce qu’on ressent, instruire l’autre qui ne connaît pas, ne doute pas du mal qui est fait ». Cette pensée fait écho à une parole souvent entendue qui dit, regretter que l’assistante sociale, l’éducateur prennent plus en compte l’avis du voisinage, au lieu de celui des parents et leurs difficultés.

Plus la pauvreté est présente dans les vies, plus la réussite des enfants à l'école est compromise par l'isolement, les échecs et inégalités. De la grande préoccupation des parents des réflexions naissent sans cesse et les font dire : Nous serons dans une vraie participation, quand les parents vont bouger avec l’école, pourront faire bouger l'école autrement et gagner la participation de tous.

Il faut éliminer la pauvreté dans l'éducation, former davantage de professeurs surtout dans les quartiers défavorisés.

De l'expérience de vie d'un groupe, de ses découvertes et difficultés dépassées une pensé se fait jour : La solidarité c’est des gestes, des actions,

la participation c’est penser ensemble, prendre des décisions ensemble, agir ensemble, c’est gagner ensemble.

Et des jeunes pensent inévitablement à l'avenir, ils n'hésitent pas à déclarer :

Le monde main dans la main aura une grande force.

Les jeunes ont du potentiel, pourquoi ne pas amener les jeunes à montrer leur savoir faire? Les prisons et les snack bars sont remplis de beaucoup de personnes qui pourraient réussir.

Pour eux, en voyant le grand nombre de personnes exclues, du fait de l'illettrisme, du manque d'études ou des différences culturelles, on devrait observer le mélange des cultures de la Réunion pour rapprocher les gens et créer des liens autour d’activités et moments de partage.

Parents et jeunes ont envie de faire entendre ces mots : « Nous vivons dans un monde rempli d’injustices, malgré la souffrance, l’humiliation, la misère, nous voulons voir l’avenir avec optimisme, avancer positivement. »

Nous entendons souvent nous répondre « non », nous, nous disons : « non à la pauvreté sous toutes ses formes. »

Journée mondiale du refus de la misère
16/10/2016
Marie Bernadette
Suisse

Les racines du Père Joseph 17 Octobre

 

DEMAIN comment agir ensemble pour refuser l’exclusion ?!

Je prends la parole en tant que Militant du Quart Monde

(Ou nous prenons la Parole)

Nous parlons au nom de toutes les familles très pauvres,

Rassemblées par le Père Joseph dans le monde

Nous voulons parler aussi au nom des familles qui

Sont encore tellement pauvres qu’elles ont peur de se montrer

Le Père Joseph nous a appris à les chercher partout

Dans le monde, et en nous apprenant, il a changé la vie politique.

Pour nous, le Père Joseph qu’a-t-il apporté de nouveau

D’abord, il n’a pas seulement parlé de la grande pauvreté

Il l’a vécue. Et il ne l’a pas seulement vécue pour nous.

Il l’a vécue avec nous

Ensuite, il n’a pas seulement mené des actions

Il a créé avec nous une histoire 

Avec la Dalle on rentre dans une histoire,

Qui rassemble tout le monde autour de ceux qui

Souffrent le plus de la misère et qui restent absents partout.

Aujourd’hui nous sommes encore avec des jeunes qui n’ont

Aucune porte ouverte sur l’avenir,

On est révolté et en même temps on est démuni de voir

Comment cela les détruit

La question importante est la confiance.

Nous ne connaissons personne d’autre que le Père Joseph

Qui avait une telle confiance en nous.

Je connais la peur des plus pauvres devant les autres

Mais aussi la peur des non pauvres face aux pauvres,

Le plus important est que le Père Joseph a créé la Confiance entre les deux

Entre le Camp de Noisy-le-Grand et la Dalle sur le parvis des Droits de l’Homme à Paris

Il y a toute une histoire, et dans cette histoire, le Père Joseph a créé des symboles

Des signes par lesquels nous-mêmes pouvons, tous ensemble, reconnaître notre histoire

Et en être fiers. La Dalle au Trocadéro à  Paris est un de ces symboles

Avec une histoire qui nous rassemble, qui nous donne la fierté, qui nous donne confiance en nous-mêmes,

C’est cela qui nous a donné le courage d’entrer dans la vie politique

De parler avec les hommes politiques. Personne d’autre n’y avait pensé avant lui.

Personne d’autre ne nous connaissait comme lui

Il a créé une lutte non pour le pouvoir mais pour la confiance en nous et entre tout le monde

Pour que cella soit possible, il faut changer le regard.

«  Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'homme sont violés.

 S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

Nelly Schenker

14/10/2016
Nelly Schenker
France

Vivre dans la dignité c'est être reconnu et traité comme une personne à part entière

[Dans une rencontre], en cercle on nous a proposé de réfléchir ensemble. Personne n'était mis de côté, même le chauffeur était avec nous. On s'est présenté, on nous a parlé de toutes les répliques de la dalle dans le monde, comment elles ont pu s'adapter, en partie par la formulation du langage de leur région.

J'ai expliqué le sens de la Dalle pour moi : on a l'honneur, même si on n'a rien. En fait l'important autour de cette dalle ce n'est pas forcément d'être nombreux à chaque commémoration mais c'est d'être sincère et de faire mémoire de ceux qui ne sont pas là ou plus là.

On a parlé pour faire une réplique de la dalle du Trocadéro de Paris à Roubaix en 1994, avec d'autres militants et une alliée. On était ensemble et j'ai lu un texte du Père Joseph sur l'esplanade Wresinski à Roubaix lors de l'inauguration de la réplique de la Dalle en l'honneur des victimes de la misère.

En 1994 j'ai relu le texte du Père Joseph Wresinski pour les 20 ans de la dalle de Roubaix. Il y a eu pas mal de changements apportés : Le groupe Accès aux Droits Fondamentaux (ADF) rassemble des personnes de différents milieux sociaux qui s'unissent pour dénoncer et combattre le non respect des droits de chacun !

  • Les conflits entre les bailleurs et locataires
  • Les litiges avec les administrations
  • Le surendettement
  • Les placements d'enfants et leurs conséquences.

Mais vivre dans la dignité c'est aussi être reconnu et traité comme une personne à part entière qui peut s'exprimer et être à l'écoute, participer à la vie sociale, pouvoir s'instruire, travailler, ne pas être victime de discrimination ou d'exclusion, ne pas être menacé par la violence ou l'insécurité. Tous ces droits ne sont pas imputables aux ressources insuffisantes mais aux politiques appliquées par les pays. Les gouvernements doivent respecter les droits fondamentaux en s'engageant de manière plus ferme pour un monde plus juste. Exigeons les droits pour tous. Je suis engagé parce que les lois ne sont pas respectées. Je combats pour que les gens soient capables de défendre leurs droits. »

*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

Texte du Père Joseph Wresinski, 1987

« C'est l'endurance, le courage, le refus de l'indignité des familles qui m'ont fait comprendre que pour mettre fin à la misère, il fallait des mains, des coeurs, des intelligences. Avec vos familles et avec des volontaires venus nous rejoindre, nous avons rêvé qu'il était possible de faire reculer la misère. Nous avons rêvé qu'il était possible que la joie et la paix s'installent, là où sévissaient la violence et les tensions.

Ensemble, nous avons rêvé d'un monde où plus jamais les familles les plus pauvres ne seront regardées avec dédain...Nous avons rêvé d'un monde où des papas et des mamans retrouvent confiance, se rassemblent, bâtissent une vie digne pour leurs enfants ».

17 octobre
15/09/2016
Daniel Belin