Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
France

Témoignage pour intervention dans un lycée

Témoignage pour une intervention auprès de lycéens (club de solidarité en seconde)

Dans mon enfance, je n'avais pas accès à la culture pour des raisons familiales: mon père s'est  endetté plutôt que de nous offrir à moi et la fratrie des activités culturelles. De plus mon handicap d'audition me mettait en retrait des autres. Je me souviens juste d'une sortie culturelle avec l'établissement spécialisé où j'étais scolarisée en internat. Nous sommes allés voir de la danse classique "Le lac des cygnes". A la maison, je restais en retrait des autres, je n'entendais pas, alors je ne cherchais pas à aller vers les autres pour cause d'humiliations.

Depuis que je porte des appareils auditifs en 1984, j'ai commencé à m'intéresser à la culture, en participant pour la première fois en 1996 à être actrice d'un jour d'un spectacle théâtrale costumé "La Comète tout feu". Je n'ai pas beaucoup participé aux répétitions car je me trouvais en formation de préparation d'une remise à niveau de Brevet des Collèges. J'ai participé le jour de la représentation qui fut le même jour que les résultats des épreuves de l'examen.

Cette action fut organisée par le théâtre "P'tit Chêne", conseillère de la C.A.F et du soutien du Conseil de Saône et Loire et de la Mairie de Chalon sur Saône.

Depuis que je suis appareillée, ma vie à changée, je communique avec les autres, je m'intéresse mieux à la culture, même si parfois j'aime faire des choses en solitaire (écritures de textes poétiques, biographiques) je prends le courage et force pour oser m'investir dans un groupe de réflexions à A.T.D., et j'ai grand plaisir à aller voir un spectacle quel-qu'en soit la nature.

Tout cela me fait oublier durant un temps les moments de souffrance endurés.

03/11/2016
Soulier Lucienne
Burkina Faso

Témoignages lus à Sakoula, Burkina Faso, Octobre 2016

Mme THERESE (Pagb-naba): A Tanghin, je faisais du soumbala, du savon et du jardinage. Toutes ces activités me procuraient quelques revenus pour mes petits besoins (achat de tabac, de dolo, etc.). Grâce à cela, j’arrivais à oublier les humiliations vécues avant mon arrivée au centre Delwindé. Mais, depuis mon arrivée sur ce nouveau site, seul le savon que j’essaie toujours de faire et cela ne marche plus comme avant car beaucoup de nos clients ne connaissent pas ce nouveau site ou le jugent trop éloigné du centre-ville. J’ai espoir qu’avec le temps, je m’adapterai à ce site et que je tisserai de bonnes relations avec les voisins du quartier pour relancer mes activités. « Ninban nèd san tar tùùma, nèba faa yimda a nimbanega. » ou « Lorsqu’un pauvre a une activité à travers laquelle, il subvient à ses besoins, les gens oublient sa pauvreté. »  

Mme MINATA : Sur notre premier site de Tanghin, je récoltais les céréales (mil, maïs, sorgho blanc, etc.) que je revendais au marché de Sankar-Yaar. Cette activité me permettait d’oublier mes soucis, mes angoisses et autres inquiétudes, surtout celles liées à mes enfants et petits-enfants que j’ai dû abandonnés pour me retrouver en fin de compte au centre Delwindé. Par cette activité, je reconnais que j’étais utile pour la société et je contribuais à ma façon à la sécurité alimentaire. Egalement, certaines personnes me fréquentaient au centre pour que je leur fournisse les grains de céréales soit pour l’alimentation familiale, soit  pour l’alimentation de leurs animaux (volaille, pigeon, etc.). Cependant, depuis que je suis arrivée sur ce nouveau site, je n’arrive plus à réaliser ces activités et cela me plonge dans l’ennui et les pensées douloureuses. Au fond de moi, je sens que je suis de nouveau humiliée, exclue et sans importance. Mais, j’ai bonne foi que de nouvelles opportunités se présenteront dans ce nouveau site pour que je puisse continuer mes activités de petit commerce.

Mme Lucie : Sur le premier site du centre Delwindé sis à Tanghin, je faisais du jardinage et je filais aussi le coton ; ce sont des activités qui nous apportent quelques revenus et qui nous valorisent également, surtout que nous sommes considérées comme étant des femmes exclues par nos familles, nos proches. J’arrivais à apporter ma petite touche dans la société. Le tissu social s’était consolidé avec les riverains de Tanghin qui n’hésitaient pas à nous secourir en cas de problèmes majeurs (traversée de la route bitumée, inondations, etc.). Mais depuis que je suis arrivée sur ce site, je ne pratique plus le jardinage et je n’arrive plus à trouver la matière première pour filer mon coton. Cette absence d’activités et d’occupations me fait plonger à nouveau dans une misère intérieure, lourde à exprimer. Notre grand souhait, c’est que les autorités veillent à nous trouver des activités qui nous occupent et qui nous rendent utiles.

M. Sayoba : Le jour, je nettoie les ordures, et le soir je répare les motos et vélos en centre-ville. C’est comme ça que j’ai connu beaucoup d’enfants qui dorment dans la rue. Les gens disent que c’est mes enfants parce qu’ils me connaissent et ils ont confiance en moi. Je les aide quand ils sont malades, je les encourage à rentrer chez leurs parents. Parfois ça me cause des problèmes ! Par exemple le soir quand les gens sont en panne ils viennent réparer leurs vélos et motos chez moi. Mais quand ils voient les enfants avec moi ils disent que ce sont des petits voleurs, ça fait que j’ai moins de clients. Mais je ne les chasse pas parce que moi j’ai eu la chance que des gens me fassent confiance et je veux donner cette chance aux enfants aussi. Les enfants sont devenus comme une famille pour moi, et quand je suis moi-même malade les enfants m’aident aussi à me soigner en partageant ce qu’ils ont gagné. Je n’ai pas de cour, je dors dehors, mais malgré tout, j’accueille les enfants, si tout le monde pouvait faire ça, il n’y aurait pas d’enfants dans la rue.  

M. Guérémi : Ma vie a changé le jour où mon fils a quitté le village pour aller se chercher en ville. Les gens du village étaient convaincus que j’avais vendu mon enfant, et ils m’ont mis de côté. J’ai été très humilié. Le jour où on est venu me ramener mon enfant, les gens ont vu que ce qu’ils avaient dit était faux. On m’a invité à venir à Ouagadougou pour participer à un séminaire sur l’éducation et raconter mon histoire. J’ai appris aux autres et les autres m’ont appris. Quand je suis rentré au village, j’ai senti que je devais faire quelque chose pour permettre aux parents et aux enfants de mieux s’entendre. J’ai décidé de créer une association d’écoute et de médiation pour les parents et les enfants qui ont des problèmes ensemble. On réunit les enfants pour les conseiller, leur dire de respecter leurs parents, on parle aux parents pour les encourager à écouter leurs enfants. J’ai vécu beaucoup de choses difficiles, mais maintenant je veux aider les autres avec ce que j’ai appris.

André : Voici l’histoire d’une vieille femme. Dans un quartier vivait une femme avec son mari et ses enfants. Au fil du temps le mari meurt laissant la femme veuve. Ils n’avaient qu’un seul fils qui par la suite décida de quitter la cour de son père pour aller vivre dans la nouvelle concession qu’il avait construit. Il est parti car il pensait que sa mère est sorcière. La vieille vivait seule depuis trois années. Son enfant ne s’occupait plus d’elle. Et personne ne voulait venir lui rendre visite  chez elle. Mais la prière du Rosaire initié par la mission catholique de maison en maison permet avec cette femme veuve et de se rendre compte des réalités qu’elle vit. Après la prière, certains décident d’appeler le neveu de la vieille, il habite à Bobo, on lui fait part des nouvelles. Sans tarder celui-ci décide de venir et de construire une maison à proximité des gens du village. Par la suite il fait venir sa femme de Bobo pour aider la vieille dans ses tâches ménagères. Son fils voyant que cela n’est pas juste de sa part fait aussi venir sa femme pour aider sa mère. Cette année ceux du groupe de prière ont tenté de nouveau de rejoindre la vieille à son domicile mais celle-ci les a rassuré que grâce à la prière du Rosaire, elle vit une vie paisible avec sa famille.

Méguet : Un monsieur a vécu une jeunesse où la vie était très difficile pour lui : il était mal habillé et avait un problème d’ordre mental. Aussi il était rejeté. Quand il s’approchait pour participer on lui faisait comprendre qu’on n’avait pas besoin de lui. C’était une souffrance pour lui. Sa famille a décidé de lui trouver une femme. Cette femme lui a dit : « les gens te manquent de respect car ils pensent « on sait qui il est », ils pensent que tu es quelqu’un qui demande à manger, si tu ne demandes plus à manger ils ne sauront plus qui tu es ». Alors le monsieur et sa femme se sont mis à cultiver et à bien récolter. La femme a accouché d’un fils en bonne santé. Les gens ont dit : « on va te donner une chèvre pour t’aider et ton fils pourra un jour la surveiller ». Ils n’ont pas gaspillé leurs récoltes et à la récolte suivante ils avaient des provisions et la chèvre s’est multipliée et l’enfant à bien grandi…Les gens ont commencé à respecter le monsieur et à écouter ce qu’il avait à dire. Tout ça c’est grâce à la femme qu’il a eu. Ils ont eu d’autres enfants. Le monsieur a vieilli et à sa mort sa cour ressemblait à celle d’un homme riche. 

M. Emmanuel : Je suis gardien de nuit dans un hôpital. Mon patron me dit de ne pas laisser entre les motos, pour ne pas gêner les ambulances. Mais quand les gens me voient, ils ne me respectent pas, ils viennent mettre leur moto dedans. Je leur explique, ils me voient et ne m’écoutent pas. C’est humiliant. Pourtant je continue car je ne veux pas rester assis, je veux travailler.  

Ahmed Malo : Je m’appelle Malo. Avec mes amis on était toujours au feu rouge pour laver les vitres des voitures. Quand on voyait qu’il y avait coupure, on se mettait sur la voie pour aider à régler la circulation. Ce qui nous a amenés à régler la circulation, c’est parce que nous voulons aider les gens. Nous voulons montrer aux gens que nous aussi, nous voulons travailler. Nous avons commencé il y a longtemps avant les VADS, les gens nous appréciaient, des journalistes venaient nous interviewer. Mais jusqu’à aujourd’hui nous n‘avons pas de travail mais nous ne perdons pas espoir !

Mariam : Je vis seule avec mes trois enfants, chaque jour je fais tout mon possible pour que mes enfants puissent vivre et aller de l’avant. Malgré tout cela, quand je m’approche des gens ils ne me considèrent pas parce que je ne suis pas avec un mari, ils se demandent comment je fais pour que mes enfants aillent de l’avant. J’ai lutté pour que mes enfants puissent aller à l’école, parce que je pense que c’est important pour leur avenir. Moi-même je n’ai pas fréquenté l’école, mais je m’assois avec eux le soir pour qu’ils fassent leurs devoirs. Je fais tout pour qu’ils réussissent. Certains dans mon quartier m’ont approché parce qu’ils ont su que je me débrouille en ville en faisant des petits travaux. Quand ils ont su que je travaillais, ils ont commencé à me respecter et cela m’a donné du courage pour avancer dans la vie.

02/11/2016
ATD Quart Monde Burkina Faso
Burundi

De l'humiliation et l'exclusion à la participation

Comment pouvons-nous faire participer les humiliés, les exclus dans la prise des décisions dans tout les secteurs de la vie ?

Jean-Louis VACHER : La participation est un grand parcours, car les cas diffèrent. Par exemple : faire participer les enfants de la rue dans la prise des décisions administrative demande un parcours. Au départ ils ne prennent pas la parole même si ont la leur donne, parce qu’ils ont peur de la réaction de ceux qui entendent; les gens pensent de ce fait que les enfants ne peuvent rien faire. Mais nous qui luttons pour qu’ils participent malgré leur situation, nous devons alors faire comprendre aux gens que ces enfants peuvent avoir un point de vue à donner parce qu'ils ont l'expérience de leur situation.

Prenons un cas général : juste le sourire et un bonjour, c'est le commencement pour bannir

l’exclusion et créer la participation dans tout les secteurs de la vie. Si l’on ne fait pas des petits gestes, on ne peut pas arriver au grand geste.

Au Chili des personnes très pauvres qui vivaient dans la rue ont commencé à ramasser des petits cartons et saleté dans la rue ; ils le faisaient à pied. Un jour un monsieur avec son vélo à trois pneus avec une caisse arrière leur dit : « et si on mettait ce que vous ramassez sur mon vélo pour aller plus vite? » Ils étaient parfaitement d’accord. Ils commencèrent avec ce rythme et gardaient le petit revenu. Après un temps ils achetèrent un autre vélo semblable, puis trois autres puis un véhicule transporteur. Leur solidarité et courage a vaincu l’exclusion et créé la participation.

Bénédict BAHANE : Pour approcher quelqu’un qui est humilié nous devons nous poser la question de savoir pourquoi il est humilié. Exemple, dans une famille où il y a des chamailles. Il peut se sentir frustré et s'humilier lui-même devant les autres vu ce qui se passe chez lui. Pour que l'enfant puisse participer dans la prise de décisions dans sa famille ou dans un groupe, c'est bien de lui donner une attention particulière et aussi certaines petites responsabilités, à l’école ou dans le groupe, et de discuter avec lui.

Pascal MUBALAMA : La famille est le fondement de la société. Exemple : si une personne est handicapée il y a risque qu'il soit considéré différemment même dans la famille. Quand une autre personne voudra l'approcher, il prendra fuite. Alors nous, nous devons faire un effort pour l'approcher et lui donner de l’affection pour qu’il ait le courage de lever la main et donner son point de vue quelque part.

Les gens organisent des apostolats, ils arrivent et distribuent de la nourriture, des savons et partent, au lieu d’organiser une fête où l’on communie ensemble, échange et touche à la racine du problème. Car peut-être la nourriture n'est pas le problème.

Commençons d’abord à faire participer tout le monde dans la prise des décisions dans nos familles, y vivre une gouvernance « tête ensemble » puis ils vont s’ouvrir aux autres opportunités.

Christian RHUGWASANYE : Pour qu'une personne soit considérée, considérons la d’abord mais pas seulement, combattons pour qu’elle soit considérée; Nous qui sommes dans ce courant de lutte contre l’exclusion, quand l’on nous propose des fonctions et nous invite à donner des propositions ou des solutions, ne pouvons-nous pas les refuser et accorder la tâche à ceux qui sont humiliés, ceux à qui on évite d'en donner? Pour leur donner la chance de montrer le meilleur d’eux même. Et ainsi changer le regard de ceux qui pensent que seuls les intelligents et riches sont capables de résoudre un problème pour l’intérêt de tous !

Où en est-on avec notre lutte, arrivons nous à atteindre et à combattre tout les formes de la misère ? si non, comment y arriver ?

Patrick NKOY : Si tu veux vraiment que la misère puisse disparaître mets-toi à côté d’un pauvre et accompagne le dans ses idées. Notre lutte continue toujours, jusqu'à ce que nous voyions la misère disparaître.

Il faut aussi l’intervention des gouvernements dans le cadre de la gouvernance « tête ensemble » et qu’ils comprennent aussi que promouvoir les talents de la jeunesse est un atout dans ce grand combat.

Christian RHUGWASANYE : Avec nos témoignages ainsi que ceux d’autres personnes à travers le monde, engagés et militants avec les plus démunis, je ne peux pas me priver du plaisir de dire qu’ils sont prometteurs d’un monde sans misère ; j’apprécierai toujours l’idée du Père Joseph qui nous a appelé à prendre conscience d’accomplir ce devoir moral.

Pour bien toucher et éliminer toutes les formes de la misère aux coins comme aux recoins, il faut rencontrer ceux qui sont les plus délaissés et lutter ensemble.

Je proposerais une chose pour répondre à la mobilisation exceptionnelle : que nos rencontres au courant de cette année soit caractérisées par des témoignages, échanges d’expérience, présentations de nouvelles personnes très défavorisées que nous rencontrons et soutenons, pour l'intégration au groupe de ceux qui sont les plus rejetés. Allons à leur recherche ! Qu’elles soient considérées au lieu d'être rejetées ; bref : qu’ont soit plus pratique que théorique.

Solution, dimensions

  • Vaincre les préjugés et l’exclusion en accordant des responsabilités à ceux qui sont les plus humiliés.

  • Veiller à la gouvernance « tête ensemble » au sein de famille. C'est le début du passage de l'humiliation à la participation.

  • Savoir les antécédents de la personne accompagnée.

  • Vaincre l’exclusion par le courage et la solidarité.

  • Faciliter les plus pauvres à prendre parole.

  • Promotion des talents.

  • Allons à la recherche de ceux qui sont encore délaissés.

Discussion autour du thème, Bujumbura
26/10/2016
ATD Quart Monde
Cameroun

Nous avons pensé qu'il fallait tout d'abord former un groupe.

Merci pour l'occasion qui m'est offerte pour apporter une contribution à la journée du 17 octobre 2017. Quand on dit : Refus de la misère, il faut par là comprendre que la personne concernée doit en première avoir la foi et la confiance en soi.  Nous, personnes handicapées vivant en milieu rural dans le village de Sepp en République du Cameroun sont un exemple. Pour lutter contre la misère que nous vivons en milieu rural, nous avons pensé qu'il fallait tout d'abord former un groupe. Notre groupe a pour nom: Handicapés Producteurs d'Huile de Palme "HANDIPROPALM". Ce groupe a pour mission, de promouvoir les emplois pour personnes handicapées vivant en milieu rural. Notre choix: la production des plants palmiers en pépinière, la création des petites palmeraies, la production d'huile de palme, la fabrication du savon artisanal et la promotion de l'épargne et crédit.

A ce jour, notre groupe encadre 19 personnes handicapées du village, parraine les enfants des parents handicapées en payant les frais scolaires et fournitures, collecte l"épargne et accorde des petits prêts aux habitants du village de Sepp, fabrique le savon de ménage en morceau, poudre et liquide.

Nous allons sensibiliser nos frères handicapés des villages voisins pour suivre notre exemple. Nous lançons un appel à toutes les personnes handicapées vivant en milieu rural en Afrique de se regrouper pour combattre la misère la main dans la main. LA FOI ET LA CONFIANCE SONT LES ARMES QU'UTILISE CELUI QUI VEUT COMBATTRE LA MISERE.

Nous sommes prêts à partager notre expérience en matière d'emploi des personnes handicapées vivant en milieu rural.

Contact: likabasobesepp [at] gmail [dot] com Dieudonné Mengela Handipropalm Cameroun

21/10/2016
Dieudonné Mengela - Handipropalm
Réunion

Témoignage

Témoignage de la Réunion

Dans la pauvreté, on n’a pas le choix, on s’adapte à la situation.

La pauvreté n’est pas que matérielle. Elle touche notre santé, on connaît le stress, l’angoisse. Ce n’est pas qu’on veuille de la pauvreté et toute la honte qui va avec, c’est la société qui nous l’impose. Et il y a des obligations qu’on n’arrive pas à suivre, pour avoir un fruit tous les jours dans le sac d’école, on achète les moins chers, c’est-à-dire les mêmes, les oranges, les pommes et les enfants n’en veulent plus. Les raisins sont chers, les nectarines aussi, alors que les bananes mûrissent trop vite.

La pauvreté est un mal être, une violence et cela fait mal de vivre avec des aides.

On se sent beaucoup humilié lorsqu’on entend : « l’a fé zenfan pou zalocations » On est horrifié et on entend cela tous les jours. C’est comme pour le RSA on entend qu'on préfère être au RSA. Nous, on serait content de voir un peu les autres à notre place. Le RSA aide mais on n’a pas de loisirs, pas de plaisirs, quand on a des amis qui travaillent et qu'ils nous proposent de sortir on n’ose pas dire qu’on ne peut pas à cause du manque d’argent ».

Il s'y rajoute la difficulté de trouver du travail, le logement du fait de l'âge avancé.

Dans la pauvreté des personnes sont exclues ou se sentent exclues, elles restent dans leur coin pour ne pas être humiliées.

L’humiliation rejoint la honte et amène l’exclusion.

Du fait qu' elles ne parlent que le créole réunionnais beaucoup de personnes sont mal reçues, pas écoutées dans les administrations. L'une d'elles avec des difficultés à s’exprimer en français, se faisait rejeter chaque fois qu’elle appelait un organisme. Un jour, elle a demandé à quelqu’un qui parle le français de le faire à sa place. L'autre a eu l’information toute de suite. Le sentiment de rejet a alors fusé à travers ces mots « ou wa koman iss pass kan ou gingn pa koz fransé ! ».

Face à l'humiliation et l’exclusion, des familles dans les quartiers où la vie est difficile agissent déjà. Elles voient chaque jour que la lutte qu’elles veulent mener, nécessite de se mettre avec d’autres. Participer, disent-elles, c’est faire avec les autres pour le bien de tous, c’est chacun sa part et mettre sa part avec celle des autres :

Elles ajoutent : nos vies se ressemblent, les malheurs se répètent, les placements d’enfants continuent, notre participation pour contrer toutes les menaces, commence dans notre famille. Il faut gagner à faire connaître la vraie vie des familles, à faire respecter les possibilités de participation des parents qui ont la menace de placement de leur enfants.

« Faire comprendre ce qu’on ressent, instruire l’autre qui ne connaît pas, ne doute pas du mal qui est fait ». Cette pensée fait écho à une parole souvent entendue qui dit, regretter que l’assistante sociale, l’éducateur prennent plus en compte l’avis du voisinage, au lieu de celui des parents et leurs difficultés.

Plus la pauvreté est présente dans les vies, plus la réussite des enfants à l'école est compromise par l'isolement, les échecs et inégalités. De la grande préoccupation des parents des réflexions naissent sans cesse et les font dire : Nous serons dans une vraie participation, quand les parents vont bouger avec l’école, pourront faire bouger l'école autrement et gagner la participation de tous.

Il faut éliminer la pauvreté dans l'éducation, former davantage de professeurs surtout dans les quartiers défavorisés.

De l'expérience de vie d'un groupe, de ses découvertes et difficultés dépassées une pensé se fait jour : La solidarité c’est des gestes, des actions,

la participation c’est penser ensemble, prendre des décisions ensemble, agir ensemble, c’est gagner ensemble.

Et des jeunes pensent inévitablement à l'avenir, ils n'hésitent pas à déclarer :

Le monde main dans la main aura une grande force.

Les jeunes ont du potentiel, pourquoi ne pas amener les jeunes à montrer leur savoir faire? Les prisons et les snack bars sont remplis de beaucoup de personnes qui pourraient réussir.

Pour eux, en voyant le grand nombre de personnes exclues, du fait de l'illettrisme, du manque d'études ou des différences culturelles, on devrait observer le mélange des cultures de la Réunion pour rapprocher les gens et créer des liens autour d’activités et moments de partage.

Parents et jeunes ont envie de faire entendre ces mots : « Nous vivons dans un monde rempli d’injustices, malgré la souffrance, l’humiliation, la misère, nous voulons voir l’avenir avec optimisme, avancer positivement. »

Nous entendons souvent nous répondre « non », nous, nous disons : « non à la pauvreté sous toutes ses formes. »

Journée mondiale du refus de la misère
16/10/2016
Marie Bernadette