Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Congo (Kinshasa)

Nous aussi contribuons au développement de notre pays

Je suis conseillé au sein de l’Association des handicapés au niveau de la frontière de Ruzizi I qui sépare notre pays la R.D.Congo et le Rwanda. Notre groupe existe depuis les années 1991 et je suis le co-fondateur. Nous avons créé ce groupe parce qu’on en avait assez de devoir quémander dans les rues de la ville de Bukavu et que cela ne pouvait continuer ; car beaucoup des gens pensaient que nous étions faibles parce qu’on est handicapé physique.

Nous avons voulu montrer à la société que nous sommes des hommes capables de développer, de transformer nos familles, notre société si seulement on nous écoute. Le fait de manquer quelques parties du corps ne signifie pas que tu deviens nul, non. Un homme c’est celui qui réfléchi, qui fait face à sa situation afin d’y apporter des pistes des solutions. Les hommes nous écartent parce que nous sommes handicapés et pourtant nous sommes des hommes comme eux.

Nous nous sommes rassemblés en association pour chercher comment tous ensemble nous pouvons défier les préjugés des gens et se prendre en charge. Nous sommes des parents, nous avons des familles et nous sommes responsables. Cela pour vous montrer qu’on peut être handicapé soit des jambes mais sa tête fonctionne normalement. Si nous, nous n’avons pas eu la chance d’être au complet, nos enfants le sont. Nous nous battons pour l’avenir de nos enfants. Demain nous ne serons pas là, main il faut que nos enfants étudient pour effacer la honte que nous avons subie.

Combattre la pauvreté c’est être ensemble dans l’unité car avec l’amour, nous pouvons réellement l’éradiquer. Merci de nous convier à cette cérémonie du 17 octobre. Nous sommes contents de rencontrer des gens avec qui nous partageons presque les mêmes situations.

Nous demandons aussi à nos dirigeants d’avoir un égard envers nous, nous voulons que nos autorités prennent conscience de ce que nous faisons car nous aussi nous contribuons au développement de notre pays en payant les différentes taxes à la frontière. Au nom de notre association nous remercions les amis d’ATD Quart monde de nous offrir cet espace de liberté et d’échange d’idées pour la construction d’un monde juste où il n’y aura plus de misère.

Emissions radio, Dialogue à Egalité et Restitution générale
03/12/2018
Théophile B., Association de personnes handicapées
Suisse

Témoignage d'une adolescente

Grandir dans un milieu précaire, c’est apprendre à renoncer. Petit, tu n’as pas conscience que tu viens d’un milieu précaire. Mais dès que tu es confronté aux autres à l’école, tu t’en rends compte. Par exemple, lorsqu’ils ont tous un nouveau sac et que toi tu récupères celui de tes sœurs. Quand les autres partent en vacances et que toi tu vas chez ta grand-mère, tu te demandes ce que tu as fait. « Pourquoi mes parents ne veulent pas que l’on parte aussi ? » C’est avec le recul des années que tu comprends qu’ils ne peuvent pas à cause de l’argent. Tu dois constamment accepter la frustration. Parfois, ça m’est arrivé de dire que je devais faire autre chose lorsque des amis m’invitaient à la piscine. Je savais que si je demandais CHF 15.- à ma maman, il y aurait moins à manger pour le repas familial. Parfois, enfant, j’ai eu peur du regard des autres. Du coup, il y a certaines choses que tu ne dis pas. Des fois tu mens aussi.

A partir d’un certain âge, tu te rends compte que tes parents essaient de faire tout ce qu’ils peuvent pour toi, mais que la situation leur pèse beaucoup. J’avais envie de les aider. Par exemple, quand mes baskets sont trouées, j’attends en me disant qu’elles pourraient être encore plus trouées. Donner de l’amour aussi. Quand ta mère est déprimée en faisant les factures, tu vas juste lui faire un câlin.

Pour un enfant qui vit une situation de précarité, le passage à l’adolescence, à l’âge adulte, est plus dur. Il y a plus de dépenses. Pour le permis de conduire par exemple. Tu prends d’autant plus conscience des inégalités. C’est le moment où tu dois montrer que tu as du style. C’est les marques, les IPhones, et tu vois très bien que tes parents ne peuvent pas suivre. Beaucoup vont dire : « elle n’a pas d’argent », « elle n’est pas comme tout le monde».

A l’adolescence, quand tu vas chez des amis, c’est difficile de voir que leurs parents n’ont pas les mêmes conversations que les tiens. Qu’ils n’ont pas les mêmes préoccupations. Nous à la maison, on parle des problèmes d’argent. Quand je suis chez une amie, sa mère nous parle des expositions d’oiseaux qu’elle a visitées. Parfois, je me sens mal et triste pour mes parents. Enfant, je ne me rendais pas compte de ces inégalités. Tu acceptes ta situation ; mais plus tard tu comprends que la vie n’est pas juste.

Pour les enfants qui ont souffert de pauvreté, un risque c’est de tout dépenser quand ils ont de l’argent, et de s’endetter. Cela dépend de l’éducation que les parents leurs donnent. De leur regard aussi. Ils peuvent te faire prendre conscience que, même si tu n’as pas d’argent, tu as beaucoup d’autres choses qui peuvent te suffire. Ça peut être la joie de vivre, la générosité dans les gestes, l’amitié. En famille, on essayait de faire des activités sans dépenser de l’argent. Essayer de rendre belles les choses qu’on a. Quand tu es un enfant, tu es fragile et essaies de te construire une identité. On est influencé par les échanges à l’école, le cinéma, les séries où l’argent est exposé et valorisé. Le rôle des parents c’est de faire comprendre à leurs enfants qu’ils ne doivent pas se sentir mal par rapport à leur situation financière. A l’âge adulte, j’ai appris à faire des choix et à mettre la priorité sur les choses importantes.

Une ressource peut aussi être d’aller manger un bon repas chez une amie tous les mercredis, ou d’avoir une marraine, ou encore de participer aux sorties qu’une association propose. Mais la ressource principale pour surmonter tout ça, c’est ta famille, car elle sait ce que tu vis.

Toutefois, de par la situation, chaque membre de la famille peut se refermer sur lui-même, alors qu’il faudrait être tous unis pour faire face. Quand on n’a pas d’argent, c’est aussi difficile de pouvoir s’évader, alors que c’est tellement nécessaire. Quand tu restes fixé sur tes problèmes, ils finissent par t’engloutir. L’argent prend une importance terrible, et ce n’est donc pas évident de dire à son enfant que ce n’est pas le plus important.

A l’adolescence, si les parents n’aident pas le jeune à traverser cette période difficile par rapport à la situation de pauvreté, il peut se sentir perdu et dévier du droit chemin. C’est important de lui montrer des solutions d’avenir. C’est une période très délicate. Les centres de jeunes sont aussi une ressource, avec des adultes forts qui écoutent. Ça peut relayer les parents lorsqu’ils sont épuisés.

28/11/2018
Une adolescente
Suisse

Pierrette, témoignage d’une adulte placée enfant

Enfant, dans les années 50, j’ai vécu modestement avec ma famille, dans une petite ferme en campagne vaudoise. Mes parents n’ont jamais eu beaucoup d’argent.

Quand j’ai eu 5 ans, ma grand-mère est décédée ; puis mes parents se sont divorcés. Mon papa est parti avec une autre femme. Nous avons tous été placés par le département de la jeunesse, à différents endroits : mon frère dans une ferme, mes sœurs et moi dans un foyer d’accueil pour filles, pendant 5 années. Au bout d’une année, une de mes sœurs est partie dans un autre foyer. Le divorce a déchiré la famille. Je n’ai presque plus vu mon frère.

A l’école, on se moquait de nous car nous étions des enfants du foyer. Au bout de plusieurs années, je me suis quand même fait une amie.

Ma maman venait nous voir une fois par mois. Rares étaient les visites de mon papa. Pendant les vacances scolaires, nous pouvions passer quelques semaines chez ma maman. Mon frère venait à d’autres moments. Nous n’étions en famille qu’à Noël, ce que je regrettais beaucoup.

Etre séparée de ma maman, c’était difficile. J’étais triste de la voir qu’une fois par mois. D’ailleurs, j’ai redoublé une année scolaire.

Ma maman, quand nous avons été placés, nous a dit : « vous resterez quelques semaines là et je viendrai vous chercher ». Tous les soirs, je demandais à Dieu qu’elle vienne nous chercher. Je demandais toujours à ma maman : « quand est-ce qu’on pourra vivre ensemble? »

Ma maman avait un travail pénible dans une fabrique de fibre de verre. Souvent, elle se privait de nourriture, pour manger mieux lorsque nous étions ensemble. Le travail a pris la santé de ma maman. L’état ne voulait pas nous laisser avec elle, parce qu’elle travaillait. L’état avait peur qu’on soit sans surveillance. Ma maman a dû se battre avec le Département pour nous récupérer.

C’est seulement à mes 13 ans, lorsque ma maman s’est remariée qu’avec ma petite sœur, nous avons pu habiter ensemble. Cela m’a donné de la joie et j’ai beaucoup mieux réussi à l’école. J’ai pu ne plus être sous la tutelle du département et choisir librement ma formation. J’ai fait l’école d’aide hospitalière ce qui m’a permis, quand ma maman est tombée malade, de la soigner à la maison jusqu’au bout. J’ai pu lui rendre l’affection, l’amour que je n’ai pas reçu enfant. Cela m’a permis de guérir les blessures de mon enfance.

28/11/2018
Pierrette
Haïti

Un inlassable combat pour tenter de maintenir nos familles unies

Ce témoignage est né de la voix de plusieurs parents réunis dans diverses activités communautaires du mouvement ATD Quart Monde en Haïti. Ils ont partagé leur inlassable combat pour tenter de maintenir leur famille unie malgré tous les soucis de la vie.

*

Malgré toutes les difficultés que nous rencontrons, nous-mêmes parents n'arrêtons pas de nous battre pour garder notre famille unie. Mais les problèmes sont parfois tels qu'ils obligent parents et enfants à se séparer. Ca nous déchire le coeur. Même quand nous sommes dépassés par la situation, nous n'arrêtons pas de nous battre.

Nous avons la volonté de donner tout ce que nous pouvons à nos enfants.

Nous sommes prêts à nous sacrifier pour nos enfants dès leur naissance. Quand ils ne sont pas en santé, nous ne sommes pas en paix. Nous avons souvent ressentis de la honte de marcher dans la rue avec eux dans nos bras quand ils étaient au plus mal. Des gens nous disent : « Laisse donc ton enfant mourir, tu feras une seule dépense ! » Ou bien, « Laisse-le à l'hôpital !... ». Malgré les humiliations subies et les déceptions, nous disons : NON ! Il existe de bons lieux qui peuvent nous accueillir, où nos enfants peuvent être soignés. Ils peuvent guérir. Avec eux et pour eux, nous affrontons la misère.

Quelle que soit la situation, nous sommes contraints de nous débrouiller pour pouvoir donner à manger à nos enfants. Même quand il y a des coups de feu, des troubles, du mauvais temps, nous sortons dans la rue : nous prenons ce qui se présente, sans complexe : nous faisons de la lessive, nous réparons des vêtements usagés, nous vendons les fruits de saison : mangues, kénèpes, nous vendons du mabi, nous vendons des herbes, ou de l'eau en sachet. Parce que rester chez soi ne rapporte rien.

La rue pourtant apporte son lot de dangers : il arrive que des voleurs emportent tout ce que nous avions. La pression subie en rue nous occasionne beaucoup de stress. Certains parmi nous ont même été tués.

Malgré toutes ces difficultés, nous ne voulons pas dépendre des autres. Nous ne voulons pas perdre notre dignité. Notre dignité, c'est notre fierté. Notre participation aux activités communautaires nous donne de la force : nous échangeons nos idées, nous partageons nos expériences, nous nous encourageons mutuellement. Cela change beaucoup de choses pour nous. Nous repartons avec plus de détermination pour continuer à nous battre pour nos enfants.

Nous les mamans, nous sommes le pilier. Très souvent, nous jouons à la fois le rôle de la mère et du père parce que les pères abandonnent plus facilement le foyer que les mères. Il arrive que des enfants ne connaissent leur père qu'une fois devenu adulte.

N'oublions pas les efforts de certains papas pour soutenir leur foyer jusqu'à parfois jouer le rôle de maman.

Nous les parents, nous luttons pour éduquer nos enfants, l'éducation étant la meilleure arme permettant aux enfants de trouver leur place dans la société. Il arrive cependant que certains de nos enfants abandonnent l'école malgré tous les efforts que nous avons consentis. Mais nous continuons à nous battre pour les autres.

Nous vous encourageons tous à tenir bon et à garder l'espoir qu'un jour ça va changer.

Une commémoration en trois lieux
28/11/2018
Parents réunis dans diverses activités communautaires du mouvement ATD Quart Monde en Haïti
Suisse

Témoignage d’une maman

Quand on est maman seule on doit tout assumer. Normalement, l’éducation se fait à deux. J’ai le rôle du père et de la mère. C’est deux fois plus de responsabilités, et deux fois plus de fatigue. Depuis quelque temps, j’ai trouvé une présence masculine, et je sens la différence. Aujourd’hui, le week-end, je peux me reposer. Ma fille joue avec lui.

Je m’inspire de ma sœur, qui a été aussi seule avec trois enfants. Elle n’a pas baissé les bras, et a su faire face aux difficultés. C’est ma petite sœur, mais elle est un exemple pour moi. Maman était aussi un exemple. On était 6 à la maison et elle ne faisait pas de différences. Elle se retrouvait certaines fois seule avec nous. Elle avait beau être découragée, elle trouvait une ressource pour avancer et ne pas baisser les bras.

La famille, à mes yeux, c’est ce qui passe avant toute chose. On est là les uns pour les autres dans les moments de difficultés. Quoi qu’il arrive on est uni.

Après mon accouchement, j’ai demandé à entrer en foyer. J’ai demandé de l’aide : je n’en pouvais plus. Familles au cœur de la pauvreté, c’est la réalité. Heureusement, j’ai eu de l’aide pour trouver mon appartement. J’ai mis plus d’une année à en trouver un. Après le travail, je devais aller chercher ma fille à la garderie, et le soir chercher des appartements. J’avais beaucoup de pression de la part du foyer en raison du délai. Quand j’ai eu mon appartement, j’ai crié de joie, j’ai fondu en larmes. Enfin ! C’était surtout important pour ma fille. Toute seule, ça ne m’aurait rien fait d’être à l’hôtel. J’ai fait les choses en pensant à ma maman. Elle serait fière de nous.

Aujourd’hui, le SPJ a vu que je m’en sortais bien avec ma fille, et il n’est plus dans la course. Sans l’aide que j’ai reçue, je ne sais pas où j’en serais maintenant.

28/11/2018
Séverine