Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

Témoignages
Réunion

Message de Dominique Versini, Président de ATD Quart Monde Réunion

Homme, Femme, qui que tu sois, j‘en appelle à ton honneur, à ta dignité. Allons debout ! Regarde ton voisin, ton ami, ton frère. N’a‐t‐il pas du prix à tes yeux ? Celui que tu croises tous les jours, celui que tu vois mais ne regardes pas, Celui que tu entends mais n’écoutes pas. N’est‐ce pas deux mondes qui se croisent ? Se croisent seulement ? Y aurait‐il deux mondes sur ce monde où nous vivons ? Y a‐t‐il deux peuples ? Ne peut‐il y avoir un peuple, un seul peuple sur ce monde ? Toi qui as, toi qui n’as pas. Toi, peuple du Quart Monde, se peut‐il que l’on vous ait ôté autant de droits Pour que vous soyez si peu aux yeux du monde ? Et toi, homme solitaire dans la rue. Tu es perdu et tu regardes ces visages, Regards perdus qui passent sans te reconnaître. Toi, famille dont les enfants te sont ôtés. Quelles souffrances vis‐tu de ne plus voir et chérir ton sang, de ne plus serrer sur ton coeur l’espoir de ta vie, de ne plus embrasser ceux pour qui tu luttes ?

Toi, peuple du monde, se peut‐il que tu vives tes droits sans savoir que certains en sont privés ? Toi qui entre chez toi et referme la porte derrière toi. Toi qui tourne le dos à tous ces dos courbés. Toi, homme religieux, ne dis‐tu pas que Dieu est en chaque Homme ? Comment vas‐tu à ton dieu si tu ne rejoints pas l’Homme ? Toi, homme sans dieu, tu te dis humaniste, Comment rejoints‐tu l’homme si ce n’est dans de vain discours ? Debout tous, allons à la rencontre de chacun. Prenons le même chemin, chemin de croissance. Retrouvons notre honneur, notre dignité d’homme. L’un dans la main tendue vers notre frère écrasé, humilié. L’autre vers la confiance retrouvée par l’un, donnée. Je crois en vous, Jeunes du monde, Pour apporter la paix, la fraternité et l’espérance. Pour montrer votre volonté à bâtir un monde juste en union avec les anciens et la société. Je crois en vous, Familles du monde, Pour votre capacité à réagir face à l’adversité, pour votre force, votre courage, face à ce monde aveugle. Malgré le silence qui vous étreint, devant le silence du monde, Malgré les dos tournés et les regards méprisants, Vous faites face et vous regardez les coeurs avec respect et patience.

Vous avez reconnu dans le père Joseph Wresinski, Celui qui vous a redonné l’espoir, la dignité. Celui qui a révélé en vous votre capacité à être responsable. La pensée du père Joseph, où tous sont acteurs et bâtisseurs de ce monde, doit être nôtre. Aujourd’hui nous sommes rassemblé pour un anniversaire. L’anniversaire de cette Dalle, pour ses 25 ans. 25 ans, c’est Jeune au regard du combat qui dure depuis que l’homme est homme. Dalle gravée en votre honneur, en hommage à tous ceux qui luttent pour leur dignité et leurs droits. Mon voeu le plus cher est qu’un jour ce parvis des droits de l’homme soit noir de monde pour affirmer la solidarité avec les plus pauvres. Que la phrase du père Joseph gravée soit devenue caduque. Que nous venions sur cette dalle pour fêter la fin de la misère. Je crois en vous, Hommes, femmes de toutes conditions, pour reconnaître la valeur inaliénable des droits fondamentaux qui font de nous des égaux, des hommes libres, Pour reconnaître la valeur de la vie, Qu’il y a en chacun de vous, en chacun de nous, en chacun de tous. Regarde toi, regarde le, tous n’aspirons‐nous pas au bonheur ? Peut‐il y avoir un chemin de partage, d’échange, de confiance ? Un chemin que tous, nous pourrions emprunter, chemin de respect, de confiance et d’espérance ?

25ème anniversaire de la Dalle de Champ Fleuri 17 et 28 octobre
12/11/2014
Dominique Versini, Président de ATD Quart Monde Réunion
Argentine

De la part de Miguel Angel Estrella

Mes très chers amis,

Ce 17 octobre ma pensée à vous tous est plus forte qu’habituellement. La figure du Père Joseph sera présente dans mes mains lui jouant du Chopin.

Fraternellement.

Miguel Ángel ESTRELLA

Pianiste

Ambassadeur d’Argentine auprès de l’UNESCO

17/10/2014
Miguel Angel Estrella
International

Message de la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova

Ne laisser personne de côté : Réfléchir, décider et agir ensemble contre l’extrême pauvreté2015 marquera un tournant dans la lutte mondiale pour l’élimination de la pauvreté.

Depuis l’adoption des Objectifs du Millénaire pour le développement en 2000, l’objectif visant à réduire de moitié la pauvreté extrême a été atteint cinq ans avant l’échéance de 2015. Ce n’est pas suffisant.

La pauvreté demeure une triste réalité pour un trop grand nombre de femmes et d’hommes dans le monde. Cela signifie un quotidien marqué par la faim, le dénuement et la maladie, qui porte atteinte aux droits de l’homme et la dignité humaine, et qui jette une ombre sur le développement de sociétés tout entières.

En 2015, l’occasion nous est donnée de fixer un nouvel objectif pour en finir avec la pauvreté sous toutes ses formes, partout dans le monde, d’ici 2030. Cette idée doit être au cœur du futur agenda pour le développement humain, axé sur les droits de l’homme et la dignité humaine, pour assurer à tous, hommes et femmes, l’accès au bien-être économique, tout en réaffirmant et en créant les conditions de leur participation pleine et fructueuse, en tant que citoyens.

Personne ne doit être laissé pour compte ou exclu. C’est pourquoi l’UNESCO agit sur tous les plans afin de favoriser les transformations sociales positives qui permettront d’éliminer la pauvreté. Elle s’efforce de promouvoir une éducation et un apprentissage tout au long de la vie de qualité pour donner aux femmes et aux hommes les moyens de se prendre en charge, ainsi que pour améliorer la santé des mères et des enfants, au bénéfice de la société tout entière. L’UNESCO met également à profit le potentiel des sciences pour améliorer l’agriculture, les soins de santé, la sécurité alimentaire et l’énergie. Elle soutient la communication et la liberté d’expression afin de renforcer l’état de droit et la bonne gouvernance. Enfin, elle assure la sauvegarde et la promotion de la diversité et du patrimoine culturels comme facteurs d’inclusion sociale et sources d’emplois et de revenus, qui favorisent le sentiment d’appartenance et la cohésion sociale.

Il est évident que nous ne pouvons pas éliminer la pauvreté d’un seul coup. Pour ce faire, il est nécessaire d’agir aux niveaux politique, économique, social et culturel. Tous les gouvernements, ainsi que tous les hommes et femmes, doivent donc réfléchir, décider et agir ensemble contre l’extrême pauvreté. De réels progrès ont été enregistrés depuis 2000, mais il faut faire bien plus encore pour assurer à chacun la dignité et la justice sociale. Tels sont les enjeux pour 2015.

Téléchargez le message en format PDF :

http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celeb...

17/10/2014
Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO
International

Message d’Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère.

La mondialisation n’a aucun sens si le nombre de laissés-pour-compte continue d’augmenter chaque année. Les processus économiques ne devraient pas continuer à mettre autant en péril la dignité humaine dans le monde.Ainsi l’émergence du Continent africain, tant évoquée, est loin d’être une réalité : le nombre de pauvres y avoisine les 50 %. Les revenus considérables générés par les activités des industries extractives ne contribuent toujours pas à l’élimination de l’extrême pauvreté, à la réduction des inégalités et au respect des droits fondamentaux de la majeure partie de la population.À l’heure où la communauté internationale s’engage, sous l’égide des Nations unies, dans la formulation de l’agenda post 2015 pour le développement durable, le prochain Sommet de la Francophonie va adopter, à Dakar, une stratégie économique qui prend pour principe fondateur une économie au service de l’humain, visant un partage équitable des richesses et un usage raisonné des ressources naturelles mondiales. Elle demande également que les Objectifs du Millénaire pour le développement, qui sont loin d’être atteints dans certaines parties du monde, fassent partie intégrante des nouveaux Objectifs du développement durable.La Francophonie partage le combat d’ATD Quart Monde pour le refus de la misère et l’appropriation par les plus pauvres des Principes directeurs sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme adoptés par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies le 27 septembre 2012.J’appelle les Etats de l’espace francophone à redoubler d’efforts pour mettre en œuvre les dispositions de ce texte novateur consacré à la transparence et à l’accès à l’information, à associer avec détermination développement économique et droits des personnes les plus vulnérables.Les Etats membres de la Francophonie doivent renforcer l’appropriation des normes internationales ou régionales relatives aux droits économiques, sociaux et culturels, et prendre en compte les principes relatifs à la responsabilité des entreprises en matière de droits de l’Homme.Ils doivent également lutter contre l’extrême pauvreté en s’inspirant notamment des recommandations du Conseil des droits de l’Homme sur une utilisation plus efficace des politiques fiscales et sur un meilleur usage des dépenses publiques dans les services de base.Comme l’affirme clairement la Déclaration de Bamako du 3 novembre 2000, texte de référence de la Francophonie sur la paix, la démocratie et les droits de l’Homme, le droit au développement doit bénéficier à tous.

http://www.francophonie.org/17-octobre-Journee-mondiale-du.html

17/10/2014
Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie
International

Apprenons avec ceux qui réfléchissent à la misère jour et nuit !

Message de la Délégation générale du Mouvement international ATD Quart Monde à l'occasion de la journée mondiale du refus de la misère le 17 octobre 2014

Apprenons avec ceux qui réfléchissent à la misère jour et nuit !

Au fil des siècles, partout dans le monde, on a cherché à garder mémoire de tous ceux qui ont enduré et souvent payé de leur vie leur résistance aux guerres, à l’esclavage, et à tous les fléaux qui défigurent l’humanité.

Quand nous souvenons-nous de ceux qui, leur vie durant, ont eu à affronter la violence de la misère ? Ceux qui ont quitté cette terre sans laisser de traces ? Dont les corps ont été enterrés dans des fosses anonymes ? Ceux dont les lieux de vie sont constamment effacés de nos cartes ? Dont les paroles n'ont jamais été entendues ?

Le 17 octobre est un temps pour que l’humanité prenne conscience de la violence de la misère et du courage de ceux qui lui résistent jour après jour. Marquer ce jour signifie que nous voulons en finir avec la brutalité du mépris et des humiliations, que nous voulons faire cause commune avec les plus oubliés, renouvelant avec eux nos manières de vivre les droits humains, l’économie, l’éducation et la paix.

Au Burkina Faso, Fatimata s’interroge : « Au-delà de la souffrance, il y a l’humiliation : c’est le pire. (...) Même dans la misère, la plus profonde, un homme a besoin de partager. (...) Je me demande qui sont les vrais acteurs de la lutte contre la pauvreté ? Il y a beaucoup de projets, beaucoup de chercheurs, et beaucoup de textes et de livres sur la pauvreté, on en connaît tous les mots de A à Z, et malgré tout cela, elle persiste. Je me demande s’il ne faut pas créer maintenant un autre alphabet pour exprimer nos luttes ? »

Cette question de Fatimata fait écho aux mots gravés sur la dalle commémorative, inaugurée le 17 octobre 1987, « en hommage aux victimes de la faim, de l’ignorance et de la violence ». Ce mot « d’ignorance », nous avons besoin de le comprendre dans tout son sens. Notre monde ignore ce que vivent les personnes confrontées à la misère : il se fait des idées, il construit des connaissances sur elles qui les maintiennent à l’écart.

Thérèse, du Sénégal, dit aussi : « On dit « la pauvreté par-ci », « la pauvreté par-là ». Mais qui sont ceux qui y réfléchissent le plus ? Ce que je vois, c’est que les gens de mon quartier y réfléchissent jour et nuit. Celui qui n'a pas de souci, quand il se couche le soir, il ne pense qu'à dormir. Mais celui qui ne sait pas ce qu'il va donner à manger à sa famille le lendemain, même quand il se couche, il continue de penser, il réfléchit. »

Notre monde souffre d’ignorer l’intelligence des personnes aux prises avec la misère, des personnes à qui on ne donne jamais de temps et d’espace pour partager leur réflexion, et qui pourtant pensent jour et nuit et luttent pour la vie de leur famille et pour la dignité de tous.

Le 17 octobre, nous voulons redire qu’avec leur expérience et leur savoir, ils sont des partenaires indispensables pour faire reculer notre ignorance et faire grandir la paix.

A quoi nous engagent ces réflexions que nous échangeons aujourd’hui ?

« Le gars qui vient d’être embauché ici a du mal à faire son boulot. Les autres se plaignent de lui. Mais je sais qu’il a besoin de son travail et de sa paie, sinon qu’est-ce qu’il va devenir ? S’il faut que je lui donne un coup de main pour qu’il y arrive, je suis prêt à le faire. » Claude travaille dans une équipe de bûcherons en France. Il accepte de prendre sur lui et d’en faire plus pour être sûr que son collègue ne sera pas renvoyé. Il nous rappelle les efforts d’autres. De cet enseignant dans un quartier défavorisé qui invente avec tous les enfants de la classe et la communauté des adultes une nouvelle façon d’accueillir et de soutenir un élève qui manque très souvent l’école. Ou les efforts de ces résidents d’un quartier populaire qui repeignent un mur pour effacer des graffitis humiliants envers une famille du voisinage.

Ce nouvel alphabet que propose Fatimata, n’est-ce pas tous ces gestes et ces engagements qui écrivent déjà dans l’ombre une histoire nouvelle de fraternité ? N’avons-nous pas à les rendre visibles comme nous invite à le faire Jane, des Etats-Unis : « A Ferguson, les médias ont montré des manifestations et des pillages après la mort d’un jeune abattu par des policiers. Pourquoi, les médias ne montrent-ils jamais le courage de ceux qui vivent dans la précarité et qui ont risqué leur vie pour protéger leur communauté des pillages ? Ce courage-là vient du cœur. Il faut que tout le monde le sache. »

Se mettre à l’école de ceux qui, nuit et jour, cherchent le sens profond de la vie, de la justice, de la paix, c’est bâtir la confiance et avancer ensemble vers la réalisation d’un monde dont nous serons tous fiers, un monde où « tous les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère.* »

Isabelle Pypaert Perrin, Déléguée générale

 *Déclaration universelle des droits de l’homme.

15/10/2014
Isabelle Pypaert Perrin, pour la Délégation générale