Chaque attitude, chaque geste compte pour combattre la misère et l’exclusion. Il existe de multiples manières d’agir, quelles que soient nos compétences et notre disponibilité. Ces messages, ces témoignages sont l’expression d'un engagement personnel autant que collectif avec d'autres citoyens. N’hésitez pas à apporter votre contribution.

Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Charte internationale 17 octobre.

 

La dignité humaine - le travail des enfants - la misère sépare parents et enfants

La dignité humaine

Actuellement, la dignité humaine est difficilement respectée surtout si on est très pauvre. Nous vivons dans une société où si tu n’as pas une belle voiture, une belle moto, un bon travail, tu ne comptes pour personne. Avant, visiter quelqu’un, bien s’occuper de ses enfants, entretenir sa cour c’était digne ! Ce n’est plus le cas. Les valeurs de dignité de l’époque ne sont plus aussi importantes qu’aujourd’hui. Exposer ses problèmes à quelqu’un est considéré comme faire le mendiant alors que ce n’est pas le cas.

Quand tu es pauvre et que tu rentres dans un cabaret (i) on t’ignore. Mais si tu es riche on te respecte, même si tu racontes des mensonges tu mérites une considération parce que tu payes à boire. Mais, si tu n’as rien, ta dignité n’est pas respectée.

Depuis que je suis tombé malade c’est comme ça pour moi, je ne me sens plus respecté au sein de ma communauté.

Nous les militants d’ATD Quart Monde, nous apprenons à respecter la dignité humaine et nous savons qu’il y a des gens qui respectent la dignité des personnes pauvres. C’est comme quand on fait nos rencontres à la cour à Ouagadougou et qu’on voit la présence des invités qui viennent nous écouter ou quand on organise la journée mondiale du refus de la misère et qu’on voit beaucoup d’autres personnes qui viennent nous écouter, ça vraiment pour nous c’est un signe de respect de la dignité des plus pauvres.

(i): Cabaret : un lieu public où l'on ne sert que de la bière de mil (dolo) fabriqué et vendu par une femme, la dolotière

Mon témoignage porte sur le travail des enfants

En ce qui concerne le travail des enfants, je voulais tout simplement dire que quand les parents demandent à leurs enfants de travailler pendant les vacances c’est pour les aider à payer les fournitures scolaires. Sans ce travail, beaucoup de parents ne sont pas en mesure de payer la totalité des fournitures scolaires à leurs enfants. Avec mes coépouses, on vendait la nourriture, nos enfants nous aidaient pour le charbon ou autres. Tous les petits travaux qu’ils ont faits ont soutenu leur scolarité même s’ils n’ont pas pu aller loin.

Ici chez nous au Faso la vie est compliquée. La vie d’un enfant issue d’une famille aisée et celle d’un enfant issue d’une famille pauvre sont différentes. Les enfants des riches vivant dans les quartiers lotis sont tranquilles à la maison alors que ceux des pauvres habitant les quartiers non lotis travaillent régulièrement pour 200 ou 300 francs par jour pour soutenir leur scolarité. Les enfants villageois aussi aident leurs parents aux travaux champêtres et à l’élevage. Le travail des enfants qui vivent en ville devient de plus en plus indispensable pour soutenir leurs familles. L’enfant participe à l’économie familiale à cause de l’extrême pauvreté.

M’appuyant sur mon exemple personnel, actuellement je vis avec mon fils de 10 ans. Si je suis malade et que je n’arrive pas à gagner un peu d’argent, je le confie à un mécanicien pour qu’il travaille et qu’il gagne un peu de sou pour avoir à manger et payer ses cahiers. Je me trouve dans l’obligation de faire ça parce qu’étant moi-même victime de la grande pauvreté, je ne vois pas d’autres solutions pour mon fils.

Le Père Joseph Wresinski, fondateur de notre Mouvement international ATD Quart Monde avait dit « un enfant pauvre n’a pas d’enfance ». Issu lui-même d’une famille très pauvre, il était dans l’obligation de commencer à travailler dès l’âge de 5 ans afin de soutenir sa maman dans sa lutte quotidienne contre la misère.

Lorsque la misère sépare parents et enfants

Je viens de Solenzo. C’est grâce à mon fils que j’ai connu ATD Quart Monde. Il était dans la rue, ATD quart Monde l’a ramené en famille. Il est aujourd’hui père de famille. Moi j’ai été éduqué par le bâton et malmené par la faim. J’ai éduqué mes enfants de la même manière. C’est d’ailleurs la raison qui a poussé mon fils à aller dans la rue. Après la fugue de mon fils, j’ai pris conscience et me suis servi de mon intelligence et de mon cœur pour me rendre compte que cette manière de faire n’était pas bonne et aider mon fils à reprendre sa place en famille.

Quand mon fils est parti, j’ai beaucoup souffert intérieurement parce qu’on m’a accusé de l’avoir vendu. Ces rumeurs ont conduit son grand-père maternel chez moi et Dieu merci, il a été témoin de son retour.

Dans notre contrée, l’éducation des enfants n’est pas facile. Les enfants qui vont dans les mines sont pour la plupart des fils de parents démunis qui ne peuvent pas assurer la scolarité au secondaire. Une fois qu’un enfant monte sur la colline, dans les mines, il n’a plus le désir de retourner à l’école.

Pour nous soutenir mutuellement et soutenir nos enfants, nous avons créé un groupe dans notre village pour aider à pacifier nos foyers, à réfléchir autour de l’éducation de nos enfants et à éviter qu’aucun de nos enfants n’aille dans la rue.

Je vous remercie.

Ce témoignage est lié à l'événement: 
Rassemblement et dialogue
Différentes personnes ayant l’expérience de la pauvreté