« C'est la misère même qui est une violence. Si la misère s'arrête, la paix prend la place. »
Les personnes très pauvres continuent d'être considérées avant tout comme celles qui commettent des violences contre lesquelles la société doit se protéger : par exemple, les autorités mettent en place des lois pour poursuivre ceux qui mendient, ceux qui vivent dans la rue et expulser ceux qui vivent sur des terrains sans en avoir formellement le droit. Ces personnes font ainsi l'objet d'une véritable discrimination à cause de leur pauvreté.
A travers cette nouvelle discussion nous voudrions échanger sur cette violence vécue par les personnes en situation d’extrême pauvreté et comprendre leur rôle, aux côtés d’autres acteurs, pour bâtir la paix.
En quoi la misère est une violence?
Que considérez-vous comme le plus violent dans la misère, dans ce que vous ou d'autres vivent et dont vous êtes témoin?
Comment essayez-vous, seul ou ensemble de résister à la violence de la misère?
A quelle paix aspirons-nous?
Pour vous, que veulent dire les mots « la paix », avoir « la paix » ou ne pas avoir « la paix »?
A quelle paix voulez-vous contribuer pour votre famille et les autres?
André (France)
le 13/05/2012
La pire des violences, c'est de ne plus exister pour personne ; c'est d'être tenu pour quantité négligeable par la nature ou par les hommes. La pire des violences c'est que vos moindres efforts soient ridiculisés ou considérés comme dangereux pour les autres, quand ils ne sont pas ignorés purement et simplement.
Si bien qu'une journée pour s'arrêter et se taire, c'est déjà pas mal pour tenter de faire exister les inexistants ou ceux qui pourraient être à charge.
Mais c'est encore mieux si quelques uns parmi les "inexistants" parviennent à se montrer et à faire savoir ce qu'ils font déjà, pour construire les liens entre les hommes...
L' Equipe du Forum
le 17/02/2012
Extrait de MAREM INFOS N° 01 - JANVIER 2012 - Togo
pour plus d'informations sur le MAREM
GESTION DES CONFLITS ET DES VIOLENCES DANS L’ACCOMPAGNEMENT DES ENFANTS EN SITUATION DE RUE
1. Manifestations de la violence
La violence constitue l’une des caractéristiques les plus observables chez les enfants en situation de rue. Elle est présente dans tous les aspects de leur vie quotidienne et peut revêtir plusieurs formes dans la dimension de la relation à autrui mais aussi dans une dimension de relation à soi.
Dans le contact avec l’autre, elle imprègne les modes de communication, qu’ils soient gestuels ou oraux. Il est très fréquent de voir des enfants user de termes tels que « je vais te tuer » ou « je vais te blesser» pour la moindre peccadille entre eux. Il n’est pas rare de les voir se poursuivre le poing en l’air ou avec un objet en main dont l’usage futur laisse à désirer. Même si le passage à l’acte est rarement observable, des rixes surviennent entre les enfants et peuvent s’étendre aux adultes qui vivent dans et de la rue, et qui ont instauré des lois régissant la vie dans ce milieu...
2. Les causes
La violence est un masque, une carapace portée pour survivre face aux différentes menaces ressenties dans l’environnement. Elle permet à la fois de se valoriser aux yeux des autres en forçant l’admiration, le respect et la considération et de cacher certains sentiments tels que la peur qui pourrait être perçue comme un signe de faiblesse. Ce sont parfois les plus violents qui sont les plus respectés. De prime abord, les actes de violence peuvent être perçus comme des comportements appris et acquis par nécessité d’adaptation au milieu, en vue de faire face aux exigences de survie dans la rue...
La violence est également un manteau revêtu pour couvrir les éventuelles frustrations intrapsychiques liées à la fugue, à la situation familiale et à la vie dans la rue. Elle est de ce fait un mode de gestion de conflits intérieurs visant à la protection d’un égo qui s’est difficilement constitué au fil du temps. C’est eu égard à ce qui précède que les enfants en situation de rue doivent bénéficier d’un accompagnement pluridimensionnel tel que celui offert par le Centre EMERA.
3. La violence au centre
La violence des enfants en situation de rue telle que décrite plus haut est parfois transposée au Centre EMERA où les enfants sont accueillis. Au centre, il arrive parfois que les enfants pour résoudre les problèmes entre eux ou pour exprimer un désaccord, commencent par des échanges verbaux agressifs qui peuvent se terminer par un pugilat. Cependant ces incidents sont parfois le fait d’enfants nouvellement arrivés n’ayant pas encore assimilé le code de conduite régissant les attitudes entre les enfants et entre eux et les accompagnants éducatifs. Avec le temps les comportements violents se résorbent car le centre est à la fois un contenant physique et psycho-affectif... C’est à cet effet que les enfants sont nourris, logés, écoutés, et rassurés quant à leur avenir. Ils bénéficient aussi de plusieurs types d’accompagnement leur permettant d’acquérir les aptitudes nécessaires à une résolution des éventuelles crises identitaires liées à l’adolescence et à leur enfance difficile... Malgré tous les préjugés présents dans la conception collective à propos des enfants de la rue, ils nécessitent un soutien qui ne peut venir que d’une société ayant changé de regard à leur endroit, car cette situation est indépendante de leur volonté.
KPEDZROKU Komivi Essinam, Psychologue Clinicien du Centre EMERA
REGIS (FRANCE)
le 09/02/2012
Bonjour ,
Pour moi la seule solution pour bâtir la paix est de permettre à chacun de prendre sa vie en main, de penser par lui-même, d'autoriser chacun à être en résonance avec l'humanité. Bref de refuser de penser à la place de l'autre ou de prendre sa place.
"Chaque homme porte en lui la chance de l'humanité" disait J. Wrésisnki, en cela il est porteur de quelque-chose d'unique qu'il est le seul à pouvoir trouver. La société devrait être garante de permettre à tous les citoyens (nes) de trouver cette perle unique qu'ils portent en eux.
Comme le souligne JB de Foucauld :" La démocratie est le régime qui (devrait car ce n'est pas toujours le cas ) permet à la totalité de vivre en relation avec les singularités. Lutter contre nos tendances individualistes et faire l'effort de laisser de la place aux autres permet de redécouvrir le sens de la totalité, y compris sa part de transcendance" . Je rajouterai que pour faire de la place aux autres, il faut d'abord commencer par s'ajuster soi-même, cela veut dire prendre soin de soi avant de vouloir s'occuper des autres.
Cela me semble fondamental si nous souhaitons bâtir une civilisation fondée non sur une compétition énergétique les uns vis à vis des autres mais axée sur une résonnance reliée au cosmos, à l'au-delà qui habite chaque individu et qui en fait un exemplaire unique.
Amitiés, paix à vous , et si je devais refaire la devise républicaine de notre pays, j'y ferai graver le mot bonheur en plus de liberté, égalité, fraternité. Chacun est magnifique, chacun a le droit d'être heureux et d'être fier de ce qu'il est . Bien à vous .
Régis H.
Theus (Allemagne)
le 08/02/2012
La misère est un corollaire de la richesse que certaines personnes accumulent. Les ressources accumulées ici manquent nécessairement ailleurs. C'est comme en thermodynamique. A chacun de s'interroger pour savoir s'il ne possède pas des choses en trop.
Le problème est que nous valorisons l'accumulation des richesses et cette course effrénée laisse une bonne part de l'humanité sur le carreau et détruit la planète. Ainsi cette accumulation des ressources finit-elle par rendre la terre invivable pour tous, riches ou pauvres. La misère que nous entretenons sur la terre finira par faire exploser la planète.
L' Equipe du Forum
le 07/02/2012
Voici un extrait de la contribution de Gaston E. Nongué du Cameroun.
Quelques clichés pris au hasard de notre quotidien, rappellent combien la misère que St Thomas définit comme le manque du nécessaire, est facteur de violence.
Le spectacle de ces enfants pieds nus, fouillant les poubelles des grandes villes du pays comme Yaoundé ou Douala, à longueur de journée, à la recherche de débris de ferraille et des bouteilles vides destinées à la vente, pendant que leurs égaux sont à l’école, est affligeant. En ce sens, l’on a démontré, à l’instar du Dr Pierre Strauss, l’appartenance majoritaire des enfants victimes de sévices et de mauvais traitements « à des familles écrasées par les mauvaises conditions de vie …». Autre exemple, il y a quelques temps, les télévisions locales diffusaient des images de personnes désemparées, pleurant devant les ruines de leurs maisons détruites dans la cité capitale: elles n’avaient, semble-t-il, pas le droit de construire à ces endroits. La liste pourrait être allongée à l’infini si l’on considère le phénomène à l’échelle mondiale.
Par le manque du minimum quotidien et de perspective d’avenir qui la caractérisent, la misère, encore appelée extrême pauvreté, affaiblit l’individu qui en est victime.
La marginalisation et les préjugés qui en résultent très souvent au détriment des personnes ainsi diminuées, présentent celles-ci avant tout comme auteurs de violences contre lesquelles la société doit se protéger.
Fort heureusement, pour la communauté internationale, le problème se pose aujourd’hui non plus en termes d’assistance sociale ou de charité, mais en termes d’obligation et de participation active des victimes de la misère à leur relèvement. En effet, pour éradiquer la misère et par extension, la violence qu’elle représente et qu’elle génère, la communauté internationale a aussi adopté une approche fondée sur les droits de l’homme. Cette dernière, il faut le souhaiter, pourrait bientôt être renforcée par l’adoption de Principes directeurs en la matière. Des mesures salutaires et universelles pour garantir juridiquement l’ensemble des droits des personnes extrêmement pauvres...
Vous pouvez aussi télécharger la contribution complète, ici.
L' Equipe du Forum
le 16/01/2012
Le Mouvement ATD Quart Monde arrive au bout d'une démarche de connaissance-expertise de trois années menée dans les différentes régions du monde. Cette démarche permet de renouveler sa connaissance sur ce que vivent les plus pauvres, en étant ensemble acteurs de cette connaissance. Des séminaires et des groupes d'acteurs de connaissance ont impliqué un millier de personnes de 25 pays. Nous vous proposons ici quelques extraits de ces rencontres afin de les mettre en dialogue dans ce forum.
Extrait de la Lettre de la Délégation Générale:nouvelles mensuelles et perspectives de décembre 2011
« La misère, c'est des injustices et des violences dans tous les sens »
« Quand la conférence de la francophonie a eu lieu chez nous, on nous a déplacés et on a brûlé nos abris. On nous a déplacés dans une fosse, dans le trou d'une carrière, et à la saison des pluies l'eau monte jusqu'aux genoux. Les gens se sont découragés. » (Madagascar) Séminaire de Grand-Baie, Ile Maurice – 2009
« La violence faite aux pauvres : rompre le silence »
« Parfois, par manque de courage ou de confiance, il y a des personnes qui disent : raconter quelque chose de ma vie ? Non, ce serait encore pire s'ils se moquent. J'étais l'une de ces personnes.(...) Il faut rompre ce silence ». (Guatemala) Séminaire de Lima, Pérou – 2010
« La misère est violence : prendre la parole pour la paix »
« La démolition de nos maisons, c'est une violence. Cela veut dire la faim. Tu ne peux pas travailler à cause de cette démolition quotidienne. C'est une violence parce que cela te conduit à penser de mauvaises choses envers les ouvriers qui viennent démolir. (...) Si tu as l'estomac vide, tu n'as pas les idées claires. J'ai dit à ma femme : si je perdais ma foi en Dieu, quand je suis en colère je pourrais facilement poignarder le chef de l'équipe de démolition. (...) La faim ! C'est à cause de cela que tu peux commettre la violence. A cause de ces gens riches qui ont l'autorité et qui ne nous comprennent pas ». (Philippines) Séminaire de Frimhurst, Royaume-Uni - 2011
« Nos vies sont faites de violences, il faut lutter pour tout »
« Quand des personnes nous manquent de respect en nous désignant par des mots tels que cas sociaux, mauvaise mère, incapable, bon à rien, cela témoigne d'un jugement, d'une méconnaissance de ce que l'on vit et nous ressentons la violence d'être discriminés, d'être ignorés, inexistants, de ne pas faire partie du même monde, de ne pas être traités comme les autres êtres humains. Ces violences quotidiennes sont pour nous des maltraitances inscrites en nous. Nous ressentons une violence inscrite à jamais en nous, car notre identité n'a pu se faire ». (France) Séminaire de Pierrelaye, France – 2011
« C'est la misère même qui est une violence. Si la misère s'arrête, la paix prend la place »
« Nous avons des ONG qui marchent derrière nous, qui amènent beaucoup d'argent, qui amènent beaucoup de choses, mais ce n'est rien. Elles ne peuvent pas combattre la misère ni la pauvreté parce qu'elles ne connaissent pas ceux à qui elles s'adressent. Elles s'adressent aux plus intelligents, elles séparent, elles mettent des violences ». (Sénégal) Séminaire de Dakar, Sénégal – 2011
Emile (FRANCE)
le 06/12/2011
Bonjour,
J'ai connu la misère. A la suite d'une promesse non tenue , je me suis retrouvé dans la rue, en sortie de sanatorium, avec ma femme enceinte et déprimée... Nous avons beaucoup souffert pendant plusieurs mois et heureusement, mon frère, informé par des voisins est venu nous chercher, nous a pris chez lui, m'a fait à nouveau hospitaliser etc . Mais que serait-il arrivé si mon frère ne nous avait pas aidés ? Depuis je suis toujours très sensible aux souffrance des exclus ... J'essaie de comprendre les causes de tant d'injustices, de détresses et d'agir sur les causes ..J'ai enseigné en ZUP à Blois, en maternelle, j'ai été vice-président du comité Alexis Danan, puis ai essayé d'être utile dans plusieurs autres assoc ( Soutien scolaire, Réseau d'Echanges Réciproques de Savoirs, SEL, etc ) et à 78 ans en conclus : seule une MOBILISATION GENERALE d'un maximum de personnes de "bonne volonté", en s'ALLIANT, par exemple autour d'associations ayant déjà fait leurs preuves, pourra EXIGER des "décideurs" d'apprendre aux jeunes à
- résoudre leurs conflits sans utiliser la violence
- s'entraider au lieu de chercher à dominer les autres
- étudier , pour s'en inspirer, la vie, les écrits des plus grands BIENFAITEURS que furent (ou sont..) les BATISSEURS DE PAIX NON VIOLENTS ( tels que Gandhi, M L King, l'abbé Pierre, Raoul Follereau, soeur Emmanuelle, Joseph Wresinski, Wangari Maathai...).
Discussions en cours
Voir aussi
- Misère et Droits de l'Homme
- Agir pour la dignité
- Journée mondiale du refus de la misère


