Se serrer les coudes pour bâtir l’avenir
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Lettre aux Amis du Monde numéro 81

L'association Tushirikiane Afrika repose sur l'engagement de réfugiés « volontaires » qui, bénévolement, prennent des responsabilités dans l'accueil de ceux qui continuent à arriver par centaines, dans la capitale kényane. Certains d'entre eux ont fui leur pays il y a déjà plus de 15 ans. À leur tour, ils accueillent en permanence de nouveaux exilés venant des pays des Grands Lacs :

Ayant traversé parfois des années d'errance et devant faire face à une vie encore très précaire les volontaires réaffirment pourtant sans cesse leur attention aux plus vulnérables des vulnérables. 

Quel courage faut-il en effet pour vivre dans la zone insalubre où demeure monsieur P. qui habite une pièce humide et sans lumière, comme une cave, avec deux jeunes frères, une cousine adolescente, et une nièce, toute jolie dans son uniforme d'école !

A., une des volontaires, donne confiance : « J'ai été comme vous. Tout le monde passe par là. Vous verrez, ça ira. Vous êtes vivants et c'est là votre force ». Tushirikiane Afrika met aussi un soin particulier à accompagner des jeunes qui pour la plupart sont à Nairobi sans leur famille, déracinés, contraints à la clandestinité si leur demande est rejetée par le Haut Commissariat aux
Réfugiés, rappelés régulièrement à leur condition d'étrangers sans droits.

L'un d'eux parle de ses efforts pour trouver son chemin dans le monde : « On peut dire que j'ai fait 10 choses et qu'à chaque fois, je n'ai rien trouvé. Mais moi, je dirais que j'ai fait 10 choses, et qu'à chaque fois, j'ai trouvé que ce n'était pas ça ». La force pour se relever, il la puise aussi dans le soutien qu'il veut offrir à plus déshérités que lui. « L'avenir du monde est dans nos mains, dans “tes” mains et dans «”les miennes”».

Un autre raconte : (...) Je suis congolais parce que je suis né là bas. Mais j'ai vécu toute ma vie dans d'autres pays. J'ai traversé beaucoup d'épreuves mais je suis en vie. Toute ma vie n'a été que survie, sans parents. (...) On m'a parlé d'un orphelinat où la vie des enfants est très difficile. J'ai voulu être avec ces enfants. Même mes amis m'ont critiqué :« On ne te donne pas d'argent! ». Mais je me sens bien auprès d'eux, mon bonheur, c'est que ma vie rejoigne celle de ces enfants.  Même sans argent, tu peux soutenir à ta manière. Je me demande toujours : « Dans ce que je fais, est-ce que je suis bon ? »

Les volontaires de Tushirikiane Afrika expérimentent au jour le jour les chemins de paix entre personnes dont les communautés et les pays se sont parfois terriblement affrontés.  Ils refusent de s'enfermer dans le passé : « Que nous importe que nous soyons de telle religion ou telle ethnie ou nationalité, congolais, burundais ou rwandais ?  Dorénavant nous sommes tous des exilés et nous devons nous serrer les coudes pour bâtir l'avenir ».

TUSHIRIKIANE AFRIKA, KENYA

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