Se parler sans crainte et, enfin, réfléchir ensemble
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Lettre aux Amis du Monde numéro 81

Dans notre monde qui doit relever tant de défis, une richesse reste inexploitée pour y faire face : l’intelligence des personnes qui résistent à l’extrême pauvreté et tentent de toutes leurs forces d’en protéger leurs enfants. Leur histoire de résistance trouve ses racines dans leur sens de la dignité. Elles en ont hérité de ceux qui les ont précédés au long des siècles, confrontés en permanence aux privations et aux humiliations, traités comme s’ils n’étaient plus des êtres humains. Cette résistance leur confère une expérience et un savoir irremplaçables. Mais cette connaissance n’est pas attendue par nos sociétés. Celles-ci continuent d’ignorer que ceux qui cherchent avec angoisse la vie au jour le jour dans les zones rouges du monde ont un savoir utile à partager pour repenser un développement véritablement durable, une paix pour tous, une communication utile pour faire reculer la misère.

En 1987, Joseph Wresinski s’exprimait ainsi devant des fonctionnaires de l’ONU :«Au long des sentiers et des pistes les plus éloignés, dans les zones urbaines les plus défavorisées, là où la plupart des habitants sont illettrés, j’ai toujours trouvé que les gens et, même, les enfants savaient que le monde bougeait, changeait, se développait. Pour ces personnes, la vraie peine n’était pas d’être pauvres et de le demeurer. Leur peine était que d’autres participaient au changement, alors qu’eux demeuraient exclus, comptés pour nuls.»

Pour sortir de cette ignorance et de l’absence de rencontre qui engendre la misère et prive l’humanité de toute chance d’innover vraiment, il est vital de créer des espaces où les conditions sont réunies pour que ceux qui n’ont jamais l’occasion de se rencontrer puissent se parler sans crainte et, enfin, réfléchir ensemble. C’est ce que vous-mêmes essayez d’entreprendre et c’est pourquoi vous affirmez l’importance de la Journée mondiale du refus de la misère.
Le 17octobre nous fait expérimenter les conditions d’une rencontre qui permet de penser, d’agir et de vivre autrement ensemble avec ceux qui ne sont attendus nulle part. À travers le Forum du refus de la misère, qui met en réseau ceux qui, sur les cinq continents, posent des actes pour créer cette rencontre inédite, nous voulons partager notre connaissance, notre courage et nos idées, afin que personne ne reste seul dans ce projet.

Isabelle Perrin,
Déléguée générale du Mouvement international ATD Quart Monde