Quand les volets s’ouvrent sur des talents cachés
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« J’allais régulièrement rencontrer les familles d’une cité située à la périphérie de la ville de Metz, entre une voie ferrée et une grande route. Dans l’un des immeubles, au premier étage, des volets fermés. C’est là que vivent Jeanne et Henry, isolés des autres habitants. Un couple très démuni, ayant par ailleurs des problèmes de santé et dont le petit garçon était placé [par les services sociaux dans une famille d’accueil]. Les rencontrer m’a valu beaucoup de reproches dans la cité : « Pourquoi tu vas les voir eux ? », « De toute façon, ils ont rien à dire. Ils ne font rien, tu perds ton temps », «Nous, on n’est pas comme eux, ce ne sont pas des gens fréquentables. »
Cet été-là, comme chaque année, une semaine d’ateliers était organisée avec les habitants et des jeunes désireux de donner de leur temps et de leurs savoirs. Nous avions prévu un atelier informatique, entre autres. Pour cela nous avions besoin d’avoir accès à une prise électrique. Je décide de demander au couple si l’on peut se brancher chez eux. Il accepte immédiatement, ce qui suscite la réaction de plusieurs voisins : « Mais pourquoi vous leur avez demandé à eux ? Nous, on aurait bien pu vous donner l’électricité. »
Le premier jour des ateliers, le couple nous regarde par la fenêtre tout l’après-midi. Il ne descend pas.
Le deuxième jour, en arrivant dans la cité, nous découvrons avec surprise que Jeanne a installé une table sous sa fenêtre, avec du matériel pour faire un atelier. Elle nous accueille tout sourire : « Mais vous savez, moi je sais faire des poupées en tissu. Est-ce que je peux faire un atelier ? » Plusieurs d’entre nous répondent :« Mais oui, c’est super ! Allez-y ! »
Au début, les enfants sont réticents. Chez eux, ils ont entendu dire qu’on ne devait pas parler à ces gens-là ! Alors les animateurs décident d’accompagner les enfants à l’atelier. À la fin de la journée, il y a beaucoup de monde autour de la table. Et les enfants ont dans leurs mains leurs petites poupées. Le lendemain, Henry propose avec le même succès un atelier de pyrogravure. (...)
Quand je pense à tout le chemin parcouru avec ce couple durant ces années pour qu’il puisse enfin dévoiler et offrir ses savoirs, je me dis que ces moments partagés nous ont donné les clés pour ouvrir les volets sur ses talents cachés. »

Anne H., France