La richesse, c’est écouter les gens qui viennent des chemins de misère
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Javier est le curé de la Paroisse San Carlos Borromeo à Entrevías en Espagne. Il est aussi membre de la «Coordination de quartier». Il vit avec des personnes pauvres, convaincu que c’est avec elles que nous pourrons transformer le monde dans lequel nous vivons.

J’ai de plus en plus l’impression que lorsqu’il y a de graves crises, non seulement économiques mais aussi comme celle que nous sommes en train de vivre en Espagne, il y a plus de recherches au sujet de l’autre, surtout quand l’autre est pauvre. Cela est très intéressant, mais on n’a pas fini de bien comprendre comment tout cette connaissance, au delà des savoirs spécifiques et des programmes de chaque chercheur, va permettre aux personnes de cesser d’être pauvres.

Quelques-uns parmi nous ont le privilège de vivre avec les pauvres. Je crois que très souvent le monde de la pauvreté est mis à nu. Face au personnel juridique, aux travailleurs sociaux, aux volontaires, au curé, les pauvres sont toujours en train de raconter leur vie dont le parcours nous ferait très souvent honte si on devait l’exprimer publiquement. Nous autres, nous pouvons raconter des choses positives, nous en sommes là grâce à une série d’opportunités et également grâce à des conditions familiales, sociales, économiques, culturelles.

Cependant, moi, si j’attends une révolution, ce serait celle qui viendrait du bas. Ainsi, me semble-t-il, la richesse de nos sociétés viendrait de notre écoute des gens qui marchent sur les chemins de la misère. Que ce soit eux qui nous disent d’abord comment ils veulent être, comment ils se sentent, ils nous perçoivent. J’encourage ceux qui sont d’un milieu universitaire à proposer que les thèses de doctorat soient plutôt : «Cherchez à connaître quelle perception les pauvres ont de ceux qui font des recherches sur eux, ou de ceux qui sont avec eux». Ainsi, je crois que s’il y a une révolution possible, c’est celle qui vient non seulement du fait d’être unis à eux, mais du fait qu’ils nous disent ce qu’ils veulent.

Il y a des combats que chacun de nous doit mener autour de lui, là où il est, mais ce sont des combats qui doivent avoir une répercussion globale pour que ce monde avance en se transformant.

JAVIER B., ESPAGNE

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