La rencontre avec différents mondes a réveillé quelque chose en moi
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Je m'appelle Salwa, je suis enseignante de profession. J'ai toujours porté le souci de permettre l’accès à la culture aux enfants défavorisés.
En 2009, j'ai eu la chance de découvrir Tapori, un courant d'amitié entre enfants animé par ATD Quart Monde. Il permet de tisser des liens d'amitié entre tous les enfants et faire connaître les histoires de vie, le courage des enfants à d'autres. Tapori m'a permis de découvrir l'importance de la lecture pour les enfants. Avant j'avais travaillé dans un centre culturel francophone et par la suite dans une école française. Ces lieux étaient fréquentés par des enfants issus de familles aisées. J'avais constaté beaucoup d'ouverture chez eux.
En 2012, j'ai repris ma profession d'enseignante dans une petite ville à l'ouest de l’Égypte. Chaque après midi de mon retour du travail dans cette ville j'avais remarqué qu’il y a plusieurs enfants qui jouaient à la rue après l’école. La seule bibliothèque qui existe ferme à 13h00. Quand j'ai pensé à mener une activité de lecture avec les enfants, je suis partie voir une école. Pour les autres écoles de la ville l'information a passé par le bouche à oreille.
J'avais donné Rendez-vous aux enfants dans la bibliothèque de la ville car le directeur avait trouvé un employeur qui habite dans la ville et qui avait accepté de venir m'ouvrir la bibliothèque.
C’était un défi car j'étais étrangère de cette ville, qui a gardé une culture conservatrice. Souvent une femme ne sort pas toute seule après le travail (la communauté locale n'encourage pas la participation féminine hors de sa maison). Les habitants ne comprenaient pas pourquoi je menais cette activité bénévolement sans une contrepartie financière.
J'ai animé cette activité de lecture pendant 3 ans au rythme de deux fois par semaine. J'avais des enfants de 6 à 13 ans, des fois 15 ans. L'atelier était réparti en temps d'histoire, temps de dessin et temps de jeux. Il y avait dans la cour de la bibliothèque une balançoire et un toboggan. Les enfants me demandaient toujours de leur lire l'histoire de « Joha ». Il s'agit de contes qui racontent avec humeur des histoires aux enfants autour de la vie, l'amitié, …
Dans le groupe j'avais la fille de ma voisine (Aya) qui venait taper à ma porte pour partir ensemble. Durant le trajet elle me racontait des histoires. J'ai compris par la suite que ces histoires elle les inventait. J'étais touchée de voir comment ces ateliers lui avaient ouvert l'esprit. Il y avait Ahmed un garçon de 15 ans. Il avait un problème mental. Il embêtait toujours les autres. Mais il était hors de question de l’abandonner. Alors pour le cadrer je lui ai donné une tâche : distribuer ou ramasser les crayons, les feuilles,…qu'il puisse sentir qu'il est un soutien.
Un jour un enfant m'avait apporté une histoire qu'elle avait empruntée de la bibliothèque de son école. Ces ateliers avec les enfants étaient pour moi des graines que j'avais semé, je ne sais pas ce qu'ils vont pouvoir porter dans l'avenir. J'avais proposé et encouragé mes élèves de collège à venir me soutenir dans cette activité. Mais c'était difficile car comme ils étaient en dernière classe du collège ils avaient beaucoup de devoirs à faire.
En 2015, j’ai eu l'occasion de reprendre mes études. J’ai choisi le volet éducation et culture : la sensibilisation des enfants au goût de la culture. Mon objectif sera de pouvoir faire quelque chose avec les enfants qui n'ont pas les moyens d'accéder à la culture et d'apprendre de leur culture identitaire.
Salwa, Egypte