La lutte pour l’espoir de changement
dessin_codev_maroc.jpg

«Jemaa» est une jeune femme originaire d'une ville marquée par la fermeture des mines de charbon. Elle nous partage dans ce texte l'expérience de son Association COopération et de DEVeloppement "CODEV" fixant comme objectif l’amélioration des conditions de vie des femmes et des enfants : « Mon père s’est battu pour me donner la chance d’accéder à l’éducation. Aujourd’hui je souhaite redonner cette chance aux enfants de la ville».
Au début de l’exploitation du charbon, la ville de « Jerada » au Maroc représentait un centre économique pour la province. De nombreuses familles avaient migré des environs pour approvisionner les mines en main d’œuvre.
En 2001, celles-ci ont fermé et plusieurs familles se sont retrouvées sans emploi.
Certains ex-mineurs, des femmes, des jeunes, et des enfants ont poursuivi l'exploitation clandestine des mines. Plusieurs ont trouvé la mort dans les galeries, d’autres ont péri de la silicose*.
En 2006 l’association « CODEV » voit le jour. Elle commence par une enquête participative ciblant un quartier marginalisé à laquelle les enfants ont participé. Rapidement, l’alphabétisation est ressortie comme première  préoccupation: les premières salles de classes voient le jour peu de temps après.
En même temps, il faut améliorer les conditions de vie des femmes. L’association soutient donc la création d’Activités Génératrices de Revenu. « Les premières actions s'adressaient aux jeunes filles qui travaillaient avec moi dans une usine de plastique et qui a fermé en 2005. Motivées, elles se sont organisées en coopérative dans la production de couscous et de dérivés de blé dur» explique Jemaa, présidente de l'association.
L’expérience accumulée auprès des femmes a montré la nécessité de prendre en charge les enfants victimes de la fermeture des mines, de la pauvreté, de l'exclusion, des conflits familiaux, de la délinquance, de la violence à l'école et qui quittent souvent le système scolaire.
Pour travailler dans les villages dispersés les éducatrices vont à leur rencontre, c’est le cas de Fayza : « Je me déplace avec ma mobylette au douar situé à plusieurs kilomètres de chez moi, ce qui représente une prise de risque inhabituelle pour une jeune femme dans ces régions où la population est attachée à la tradition. Pour se rassembler, nous avons récupéré un conteneur abandonné proche du lieu d'habitation des enfants, nous l’avons peint et aménagé. Avec le temps j’ai établi un lien de confiance avec eux et quand ma mobylette tombe en panne ils m’accompagnent pour rentrer chez moi ».
Le travail auprès des enfants a montré que, pour réussir, d’autres soutiens doivent être apportés : « Nous essayons d’organiser de temps à autres des sorties. Faute de moyens, ces initiatives restent limitées. Ça me fait penser à un enfant lors d’une sortie à la mer, il pensait que c’était une piscine, et cela m’a fait pleurer ». explique Jemaa.
L’année 2015 a été marquée par la publication de récits de vie des femmes et des filles issues des mines. Elles racontent le changement de leur vie grâce au programme d’alphabétisation et post-alphabétisation. Cette expérience va être reconduite en 2016 avec les enfants qui participent au programme d'éducation.

Jemaa, Association CODEV, Maroc.

*maladie pulmonaire provoquée par l'inhalation de particules de poussières de silice.