La fierté d’actions communes bien réussies
arton2016.jpg

Écoute, soutien, partage, actions collectives pour vivre au quotidien la solidarité entre des personnes et des familles connaissant des situations très difficiles, tels sont les principaux objectifs du Centre Beitouna à Beyrouth (Liban). Découverte de correspondants du Forum permanent sur l’extrême pauvreté dans le monde.

Notre quartier de Nabaa se trouve dans la banlieue Nord de Beyrouth. C’est un quartier de gens presque tous déplacés, venus des différentes régions du pays surtout durant la guerre civile, arrivés en détresse et dont la plupart sont restés très pauvres. Ils sont de différentes confessions chrétiennes et musulmanes. Il y a aussi pas mal de palestiniens, syriens, égyptiens, irakiens et de plus en plus de gens des divers pays d’Afrique et d’Asie, le plus souvent en situation illégale.

Donc, la vie est difficile au jour le jour pour la plupart et aussi, les gens ont perdu leurs liens, la grande parenté, ils n’ont plus de racines. Les problèmes sociaux sont très nombreux : prostitution, drogue, analphabétisme, chômage, etc. Les couples non-mariés et les enfants sans père et sans pièce d’identité sont particulièrement vulnérables.

Beitouna est un tout petit centre ouvert à l’initiative de quelques personnes du quartier, pour une présence, une écoute, un soutien aux personnes vivant des situations très difficiles mais cachées.

A part la proximité aux personnes les plus en difficulté, il a développé peu à peu des actions solidaires par les personnes fréquentant Beitouna. Il y a eu les camps de familles en été, les animations, les groupes de réflexion et aussi la coopérative alimentaire.

Cette réalisation est venue à la suite de la guerre de l’été 2006 et des distributions alimentaires qui se faisaient dans le quartier où les réfugiés étaient nombreux. Les familles ont pris conscience que les distributions ne dureraient pas toujours et qu’elles favorisaient un réflexe de mendicité. Pour s’organiser collectivement en cette période de crise économique, les familles ont cotisé afin d’acheter en gros et pouvoir se procurer les denrées à moindre prix. Des amis soutiennent un peu la coopérative, et cela permet de baisser encore un peu plus les prix.

Nos fêtes, comme par exemple le Noël des familles, sont aussi des réalisations collectives.

Certes la vie à Nabaa est faite de beaucoup de soucis et, du fait des efforts que les gens doivent fournir pour assurer la vie quotidienne, ce qu’ils attendent souvent, c’est de bénéficier de ce que les plus fortunés préparent pour eux.

Mais à Beitouna, les gens sont invités à réaliser eux-mêmes les activités qu’ils désirent, à découvrir la fierté d’une action commune bien réussie. Choisir une date, chercher une salle, faire un programme, réunir les enfants pour des répétitions et les faire travailler dans l’enthousiasme, s’entraîner pour une danse, venir à l’avance pour décorer, installer, animer la fête, veiller à ce que chacun soit heureux et à l’aise, tout cela est réalisé par les familles et les comités qui s’organisent.

« Dans ces expériences pour faire face ensemble aux difficultés de la vie, nous découvrons l’importance de la coopération et de l’entr’aide. Quand on s’entr’aide, on lutte contre la misère. En même temps, on est tous ensemble, personnes que les circonstances pourraient très bien jeter les uns à la tête des autres, et il y a entre nous de l’amitié et de la confiance. Il n’y a pas de différences entre nous, quelles que soient les confessions ou les nationalités, la misère nous est commune et on doit tous s’entr’aider. Si je laisse tomber le plus faible, c’est comme si je néglige quelque chose de mon corps, et ensuite tout mon corps souffre. Si j’abandonne celui qui est seul et misérable, on en arrivera à des troubles, parce qu’on a oublié une part du corps de la société. » Réflexions de participants à une ’Université populaire’ sur le sujet : Refuser la misère, un chemin vers la paix. Janvier 2007.

Un de nos amis, un enfant irakien de 13 ans, durant une dispute dans la rue avec un enfant de son âge, a utilisé un couteau, blessant assez gravement son copain à l’abdomen. Notre ami se retrouve en prison et son copain à l’hôpital.

A la réunion des mamans, on en parle et on s’enflamme. On raconte que des parents encouragent leurs enfants à avoir des couteaux, d’autres découvrent que leur enfant en cache un au fond de son cartable ou sous ses vêtements d’hiver. Certains assurent qu’on ne peut pas vivre avec les gens d’une autre confession, que cela engendre de tels problèmes.

Mais à la deuxième réunion on cherche ce qu’on peut faire et beaucoup d’idées sont retenues : efforts de conscientisation des enfants sur la violence, aller rencontrer les Associations qui peuvent nous aider dans ce sens, faire une visite à la prison des mineurs (où se trouve notre ami), parler aux directeurs des écoles de nos enfants, chercher où on pourrait trouver des activités de loisirs pour les enfants.

Dans les semaines qui ont suivi, on a été visiter et encourager notre petit ami à la prison, ainsi que les autres adolescents qui s’y trouvent avec lui. On a pu obtenir deux réunions des Associations sur le sujet de la violence, la deuxième avec un représentant de la Municipalité. Les mamans ont fait les démarches qu’elles s’étaient fixées, en particulier auprès des directeurs d’écoles. Elles ont rencontré – en général – un bon accueil et des directives ont été données pour que les cartables des enfants soient inspectés. Une maman a vu rentrer de l’école son fils de 13 ans et sa fille de 16 ans, blessés l’un à l’épaule, l’autre au bras, par des instruments tranchants. Cette maman, très timide mais encouragée par le travail du groupe depuis plusieurs semaines, a été trouver le directeur pour demander une prévention de ces violences.

Chaque fois qu’on a proposé aux familles de participer à des sit-in ou des marches ou d’autres expressions collectives contre la violence et pour la paix, les familles se sont montrées heureuses et fières d’y être, aux côté d’autres personnes venant de différents milieux. Elles ont amené leurs enfants avec elles.

Pour réagir à cet article, cliquer ici.