J’ai acquis ma connaissance à partir de mon engagement
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Lettre aux Amis du Monde numéro 107

Je suis une femme de terrain, ma connaissance en matière de la pauvreté est acquise à partir de mon engagement auprès des enfants et leurs familles depuis plusieurs années. Je suis allée à une école jusqu’au lycée. C’est après que je me suis formé à partir de la réalité de vie de ces familles.

Une majorité des filles dans mon pays arrêtent trop tôt leur éducation. Et après elles se retrouvent mères. Des fois pour elles c’est difficile de gérer les comptes, de bien savoir lire, etc. L’éducation est la porte d’entrée de tout. Je commence par identifier les enfants qui sont les plus loin de l’école, pour les sensibiliser à se former. Parce que si quelqu’un ne va pas à l’école, il doit être formé afin qu’il puisse demain subvenir à ses besoins. Les mamans également, je les sensibilise pour qu’elles aient un métier. D’où la création, pour les femmes, des activités génératrices de revenus. Par exemple, si je forme les femmes en couture ou en teinture en leur cherchant un petit fond pour démarrer, c’est dans le but qu’elles puissent développer une activité afin de subvenir aux besoins de leurs enfants et à leurs propres besoins. Parce que ce sont des femmes analphabètes, nous cherchons des outils et des thématiques de gestion simplifiée, afin qu’elles puissent savoir ce qu’elles achètent ce qu’elles vendent et quel sera le bénéfice. Dès fois, tu trouves quelqu’un qui te dit : «  Je ne puis rien faire, je ne sais pas comment faire ». Mais, si tu l’écoutes et que tu l’orientes, c’est comme lui rendre son pouvoir d’agir.

Je me suis formé aussi sur les techniques de maraîchage et de compostage. Nous avons commencé le projet pour lutter contre la malnutrition des enfants. C’était lors d’un accompagnement d’un enfant qui avait du mal à prendre du poids et grandir, nous nous sommes rendus compte que sa nutrition était basée seulement sur le riz, seul produit accessible aux familles vivant dans la pauvreté en Mauritanie. Si tu manges sain, tu auras une santé, donc tu auras la force pour travailler et lutter contre la pauvreté. Or, si on est malade, on ne pourra pas travailler et la pauvreté va être rude.

Ici, à Nouakchott, c’est difficile de trouver des terrains vides pour l’agriculture. Mais nous essayons d’encourager les familles à faire leurs propres légumes en utilisant des petits pots ou des jardins collectifs partagés. Le compostage est une autre méthode, qui aide à gagner de l’argent. Cela va faire un plus valu. Si tu ne connais pas les méthodes, tu ne peux pas faire ces actions. Ce sont des actions très simples et c’est comme cela qu’on lutte au fur et à mesure contre la pauvreté.

Aminetou Sidi, Association Santé Mère et Enfant, et Lutte contre la Malnutrition, Mauritanie