Équipe itinérante. Certains passages d'une lettre de notre bon ami Paco
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On dirait que cela fait des années que je ne m’assois pas pour parler avec les mains à tous mes amis!
Mais me voici de nouveau après deux mois d’itinérance.
Nous sommes partis de Manaus le 5 juin pour visiter les frontières de l’état brésilien de Acre avec la Bolivie et le Pérou, dans une région où les défis humains et écologiques sont de plus en plus aigus.

Nous avons fait une partie du voyage en car et les routes en terre nous ont couverts de poussière marron. Nous avons pris ensuite un petit avion (5 personnes dans 2 mètres carrés). Et, enfin, nous avons pris une pirogue et nous sommes restés de 2 à 5 jours dans chaque petit village. Nous commençons toujours par rendre une longe visite à chaque famille et nous participons à tous leurs travaux quotidiens; et ils finissent par nous confier leurs combats, leur fragilité et leurs espoirs.

Cette fois-ci, quand nous faisions une réunion avec plusieurs familles, nous travaillions avec la “Dynamique de l’Arbre”, pour mieux connaître la réalité dans laquelle ils vivent. Nous commençons par dessiner la terre, une graine, les racines, les branches et les fruits; nous le faisons avec l’aide des enfants présents à qui l’on demande à mesure ce qui manque pour compléter le dessin.
Nous posons alors la question: Est-ce que la vie et l’histoire de cet arbre ne ressemblent pas à la vie et à l’histoire de ce village?

Et nous écrivons ce qu’ils nous disent pour répondre aux questions qui surgissent: Quels sont les racines de cette communauté, qu’est-ce qui l’attache à la terre et la nourrit? Le tronc qui relie les racines et les branches, ne serait-il pas l’union de tous les habitants? Est-ce que ce sont les branches qui permettent au tronc de produire des fruits? Comment se porte l’organisation de ce village – les leaders, les travaux communautaires qui font que de bonnes choses puissent sortir de l’union? Et les fruits, les bonnes choses que vous avez réussi ensemble pour le bien de tous, quels sont ces fruits?
Et qu’est-ce qui peut diviser, fragiliser ou rendre l’arbre… ou le village... malade? Les maladies internes ou ce qui vient de l’extérieur?


Voyons maintenant le résultat de cette dynamique :
Dans les 10 villages où nous l’avons utilisée, quand on parle de racines, ce qui vient d’abord c’est la famille. Apparaissent ensuite la religion, la tradition, les usages anciens, les valeurs, l’identité, la langue, l’histoire ancienne et les choses qui sont arrivées.

Le tronc est toujours l’Union.

Les branches qui permettent au tronc de donner des fruits sont: l’organisation pour distribuer le travail et pour permettre d’accueillir que les gens qui viennent de l’extérieur; les travaux communautaires qu’on fait tous ensemble; les leaders, qui ont reçu le pouvoir de leurs frères, et qui se servent de leur autorité pour servir, unir et organiser; les rencontres avec d’autres peuples indigènes pour défendre les droits de tous; les réunions et le dialogue pour chercher des solutions…

Et les fruits? D’abord les enfants. Ensuite: la tendresse entre parents et enfants; le respect et le soin des plus âgés; l’entraide et le partage; la nourriture qui vient de la chasse, de la pêche, de l’agriculture; la médecine naturelle pour prévenir et guérir; les jeux sportifs; nos maisons; l’église; l’école; le puits d’eau potable; la sécurité, la tranquillité et la liberté…

Et qu’est-ce qui peut rendre malade ou tuer l’arbre? Les maladies internes sont la médisance, les mensonges, les insultes, les luttes entre les familles, les vols, l’alcool, le manque de propreté, le manque de respect de l’homme envers la femme, le manque de dialogue, le découragement…
Les maladies qui viennent de l’extérieur sont la route qui apporte les exploitants de bois, les entreprises minières et pétrolifères, la chasse prédatrice; la propagande mensongère; les décisions prises par les gens riches, qui ne nous connaissent pas, sur nous mêmes; le changement du climat et les inondations; les gros éleveurs qui brûlent la forêt; les produits que nous sommes obligés de vendre à des prix trop bas et imposés par des étrangers…

Maintenant nous sommes rentrés de cette dernière itinérance et nous participons à une Rencontre Pan-amazonienne pour essayer d’agir en soutenant – et non en dirigeant – le combat pour la vie auprès de ces peuples qui vivent ici et notre Mère-la-Terre à laquelle nous appartenons.