Déclaration de Donald Lee, Session spéciale, Campidoglio, Rome, Mai 2018
Refuser la misère

Déclaration de Donald Lee, Président du Comité International 17 octobre à la Session Publique de la Septième réunion biennale du Comité International le 17 mai 2018 au Campidoglio, Rome, Italie

Madame la Maire, Excellences, distingués invités et amis,

Le Comité international 17 octobre est très honoré que la ville de Rome ait gracieusement accepté d’accueillir la session publique de notre septième réunion biennale.

Beaucoup de gens, lorsqu'ils découvrent le nom du Comité, sont intrigués par la référence au «17 octobre». Quelle est la signification du "17 octobre"? En fait, elle se réfère à la journée spéciale qui chaque année voit se réunir des personnes vivant dans l'extrême pauvreté et leurs alliés pour marquer la commémoration mondiale de deux événements très importants: la Journée mondiale du refus de la misère et la Journée internationale des Nations Unies pour l'élimination de la pauvreté. L'objectif principal du Comité est de promouvoir le vrai sens et l'esprit de ces deux célébrations jumelées.

La session publique qui nous rassemble aujourd'hui correspond à une pratique bien établie et représente un des moments importants de chaque réunion biennale du Comité international au cours duquel nous engageons un dialogue ouvert avec des personnes et des organisations extérieures au Comité. Pour cibler le dialogue d’aujourd'hui, nous avons proposé le thème : « S’unir avec les plus exclus pour construire un monde inclusif où les droits de l’homme et la dignité seront universellement respectés ». C'est aussi le thème qui a été choisi pour la commémoration de la Journée internationale des Nations Unies pour l'élimination de la pauvreté en 2018.

Vous serez intéressés d’apprendre que le thème de cette année, comme les années précédentes, a été choisi par les Nations Unies après des consultations approfondies avec des militants et des représentants d'organisations locales, sur le terrain dans 18 pays sur les 5 continents. Ce processus de consultation pour la sélection du thème est tout à fait unique et souligne l'engagement du Comité en faveur de l'inclusion et tout particulièrement de la participation des personnes les plus exclues et laissées.

«S’unir», terme utilisé dans le thème, signifie plus qu'une simple inclusion ou qu’une simple participation. Cela implique un partenariat et une solidarité avec ceux qui sont les plus laissés à eux-mêmes dans leurs luttes quotidiennes pour vaincre la pauvreté. Peut-être, plus significativement encore, cela implique-t-il également la mise en place d'espaces «sûrs» et protégés dans lesquels les personnes vivant dans la pauvreté peuvent parler ouvertement, sans crainte de discrimination ou de représailles.

Lorsque les Nations Unies ont lancé les Objectifs du Millénaire pour le Développement en 2000, elles se sont fixé comme objectif d'éliminer l'extrême pauvreté dans le monde. Cependant, le plan de mise en œuvre de cet objectif mondial de lutte contre la pauvreté a préoccupé de nombreuses personnes lorsque l'Assemblée générale des Nations Unies a annoncé la cible d’une diminution de moitié du nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté d'ici à 2015, et non pas de l’élimination de l’extrême pauvreté.

Les attentes initiales de nombreuses personnes vivant dans l'extrême pauvreté et de leurs alliés ont été réduites à néant par ce qu'ils ont perçu comme une décision de condamner de facto plus d'un demi-milliard de personnes à continuer à souffrir des graves privations dues à l’extrême pauvreté après 2015. Lorsque les Nations Unies ont déclaré en 2015 que la pauvreté mondiale avait été réduite de plus de la moitié, ce fut une bien faible consolation pour les hommes, les femmes et les enfants qui avaient été laissés de côté.

La conclusion troublante est que les hommes, femmes et enfants qui avaient été laissés de côté étaient plus que probablement ceux qui étaient les plus loin derrière.

Pourquoi? parce que les efforts pour réduire la pauvreté vont très probablement atteindre en priorité les communautés pauvres parmi les plus visibles et les plus accessibles, plutôt qu’aux personnes du quart monde - en particulier les personnes les moins visibles, les plus marginalisées et les plus socialement exclues de la société.

Par conséquent, ATD Quart Monde et d'autres ONGs ont exercé une forte pression pour que les nouveaux Objectifs de Développement Durable adoptés par les Nations Unies s’attachent à ce que « Les plus défavorisés seront les premiers que nous nous efforcerons d’aider. »

Quand le Père Joseph Wresinski a lancé son appel à tous s’unir pour lutter contre l'extrême pauvreté le 17 octobre 1987 – lors de la première célébration de la Journée mondiale du refus de la misère - il a suscité un puissant élan social qui a montré au monde que lorsque les droits de l’homme sont violés, l'extrême pauvreté perdure au milieu de la prospérité et de l'abondance, et ceux qui sont les plus exclus sont contraints à souffrir de l’exclusion sociale, de la discrimination, de l’injustice et de la violence.

A partir de son expérience directe d’engagement aux côtés de personnes vivant dans la pauvreté, il était convaincu que l'extrême pauvreté ne peut être éradiquée que si les personnes socialement exclues et les moins visibles de la société sont traitées avec dignité et peuvent jouir pleinement de leurs droits humains.

Une telle approche, fondée sur le plein respect de la dignité et des droits humains des personnes vivant dans l'extrême pauvreté, peut catalyser et soutenir une transformation radicale des rapports sociaux - une transformation sociale qui est inclusive et qui reconnaît explicitement les savoirs et l'expérience des personnes vivant dans la pauvreté et leurs rôles essentiels dans l’élaboration de chemins vers des sociétés pacifiques et durables.

Si la paix est réellement le but universel de tous les peuples, alors seul un monde libéré de la misère fournira les bases durables pour la construction de sociétés pacifiques et inclusives.