CONTRIBUTION DE CADF-ONG
Refuser la misère

THEME I: 

« De l’humiliation et de l’exclusion à la participation : Réaliser les droits de l’homme pour tous »

Les termes humiliation et exclusion font toujours penser à la domination, à la honte, à l’esclavagisme, à la sous-estimation, à l’écrasement d’un groupe social par l’autre, au manque de dignité et de valeur dans la société. Ils s’appliquent à une frange donnée de la population, marginalisée ou déconsidérée pour telle ou telle autre raison.

L’humiliation et l’exclusion retracent la situation dans laquelle se trouvent des hommes et des femmes qui n’ont aucun droit ni à la parole ni à une représentation quelconque ni à jouir d’un quelconque avantage qui pourrait leur revenir et ou qui ne leur est pas reconnu.

Tout au long de l’histoire de l’humanité, il a existé dans différentes sociétés deux catégories de classes :

La première classe est celle des privilégiés, celle des bourgeois et des nantis, qui disposent de tous les moyens financiers et des capitaux nécessaires. Ils sont seuls à avoir le droit de décider, de commander, de tirer le maximum de profit du travail de leurs assujettis et de vivre décemment. Leurs capitaux et richesses leur donnent la force de s’imposer sur les autres et de ne pas associer les moins riches à leur cercle. Dans cette catégorie, l’on retrouve également des vainqueurs de guerre, des conquistadors, qui tirent leur meilleur parti des butins gagnés et qui, grâce à la puissance et à l’arme qu’ils détiennent, ils se comportent en maîtres absolus et sont seuls à dicter leur ligne de conduite. Leurs désidératas sont semblables à la parole de Dieu que personne ne peut contredire et à laquelle tous communs de mortel doivent adhérer. Ils sont les seuls à croire qu’ils ont droit à la vie et que tout leur appartient.

Combien de fois n’a-t-on pas vu dans nos familles congolaises et africaines des hommes et des adultes créer des barrières entre eux et les femmes ou les enfants, éloignant ces derniers de toute occasion leur permettant de participer au même titre qu’eux à la gestion de la famille ou du village au seul motif qu’ils sont inférieurs ? Toute personne ne se reconnaissant pas de cette classe est simplement écartée, exclue et ses valeurs, quelles qu’elles soient sont ignorées et déconsidérées.

La deuxième classe est celle des non privilégiés, ceux qui vivent dans l’oubliette, dans l’ignorance, dans l’extrême pauvreté, les plus faibles, qui subissent les coups des plus forts et des plus riches, au nom de la « loi de la nature » (la survivance du plus fort). Cette catégorie se distingue le plus souvent par son rang social très bas par rapport aux autres sur le plan économique, idéologique, culturel, militaire et du genre pour ne citer que ces cas. Elle est présente dans diverses sociétés en Occident, en Afrique, en Amérique, en Asie et en Océanie. Elle existe aujourd’hui dans nos familles, dans nos villages et dans nos quartiers respectifs. Ces personnes sont tout simplement considérées comme inférieures. Elles ne sont associées à aucune réflexion communautaire, ne donne aucun avis et subissent les décisions de ceux qui sont considérées comme supérieurs. Elles sont figurantes, victimes des violences sous toutes ses formes et croient à tort qu’elles n’ont aucune valeur aux yeux des autres, parce qu’elles ne sont pas écoutées et ne sont pas associées à la marche des affaires de la société dans laquelle elles vivent.

Avec l’avènement des Droits universels de l’Homme ou des Droits Humains et grâce au combat inlassablement mené par le Père Joseph Wresinsky en faveur des personnes vivant dans l’extrême pauvreté depuis plus de 30 ans , de plus en plus des femmes et des hommes, des enfants/jeunes et des vieux, des albinos et des non albinos, des adeptes de diverses religions, des populations autochtones (pygmées) et des bantous, des populations très démunies et celles très riches, ont progressivement appris la cohabitation et l’acceptation de l’autre. Beaucoup d’efforts sont encore à conjuguer pour que chacun participe selon ses capacités et au niveau où il est pour contribuer à l’édifice commun qui est un monde respectueux des droits de chacun.

Le respect des droits des tous ne devient une réalité vivante que quand les personnes qui, hier vivaient dans l’humiliation et l’exclusion, sont réellement associées à la marche de la société dans laquelle elles vivent indistinctement de la race, de la couleur de la peau, de la possession de richesses, de la culture et de l’appartenance religieuse.

C’est un effort mondial que chacun de nous doit fournir afin que, ensemble, nous puissions vivre dans un monde plus juste et plus équitable, loin des frustrations, de l’humiliation et de l’exclusion, de la misère.

La chute du mur de Berlin, il y a quelques années, est un symbole frappant de la fin de l’humiliation et de l’exclusion de toute une communauté en Europe. La fin de l’esclavagisme et du racisme en Afrique en est une autre chute d’un mur qui a jeté le pont entre les peuples longtemps humiliés et exclus, marquant ainsi un début du respect des droits de tous et un départ vers la croissance économique et la paix universelle, car chacun réalise qu’il fait partie du même groupe, qu’il vogue dans la même pirogue, participe et se sent concerné par le destin commun.

C’est cela aussi toute la philosophie de CADF, notre organisation, symbolisée à travers notre logo, qui incite la personne dotée des capacités physique, intellectuelle, morale et matérielle à s’approcher de son frère croupissant dans la misère et le désespoir, victime de l’humiliation ou de l’exclusion, en vue de l’aider à se relever et à marcher ensemble dans la voie de la perfection, du développement, qui constitue le respect, la réalisation et l’accès aux mêmes droits individuels.

Bref, tant que les enfants, les femmes et les hommes sont maintenus dans une situation d’exclusion et ou d’extrême pauvreté, tant qu’ils ne sont pas associés à la prise des décisions les concernant et ne participent pas à la mise en œuvre et au contrôle du respect de ces décisions, ils continueront à vivre dans la frustration et l’humiliation, et la réalisation des droits pour tous sera loin d’être garanti. Par ailleurs, tant que les droits des uns et des autres ne sont pas assurés, la paix à tous les niveaux est loin d’être conquise, d’être une réalité. Cassons les barrières entre nous, enfants et adultes, femmes et hommes, riches et pauvres, noirs et blancs, musulmans et chrétiens, acceptons-nous les uns les autres, cultivons davantage l’amour de l’autre, ce don sacré que Dieu nous donné et que le Père Joseph Wresinsky nous a enseigné toute sa vie à travers ses précieux engagements. Faisons participer chacun de nous à l’œuvre commune de la paix et du développement pour que les droits humanitaires soient respectés et que le Père Fondateur de la Journée mondiale de lutte contre la misère, dans son repos éternel, se réjouisse de la continuité de son œuvre, de son combat, en faveur de la réalisation des droits de l’homme pour tous sur la terre.

Dieudy MAKANO KYALONDAWA

Secrétaire Général /CADF-ONG