Au service d’hommes et de femmes détenus à la prison
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Pour la 5ème année, je suis envoyé comme aumônier dans les prisons de Casablanca et de sa périphérie. Lorsque j’ai commencé ce service, j’accompagnais une religieuse, avec la perspective de prendre peut-être un jour sa suite. Ce qui me surprenait, c’était les nombreux sacs, paquets et paniers dont elle chargeait ma voiture à chaque visite. Je m’étais dit que je ne la suivrais pas dans cette activité que je qualifiais alors « d’épicière ». Je n’en voyais pas l’utilité. Mais la raison de cette manière de faire m’apparut pourtant très rapidement.

En prison, si vous n’êtes pas Marocain, vous avez droit à un traitement particulier : les Marocains reçoivent la visite de leur famille à peu près chaque semaine. Qui s’approche de la prison peut voir les files de femmes lourdement chargées de gros ballots de plastique bleu allant porter à leur parent nourriture, vêtements, articles de toilette. Les familles marocaines ont le souci légitime de leurs membres incarcérés. La grande différence de traitement entre détenus nationaux et détenus étrangers réside dans cette capacité des premiers à recevoir une aide extérieure régulière et l’impossibilité des seconds à se faire aider.

Les hommes et les femmes de religion chrétienne que nous rencontrons à l’Aumônerie sont en quasi-totalité originaires des pays subsahariens. Pour eux, les familles sont à des centaines, voire des milliers de kilomètres et impuissantes à les assister directement. Les compatriotes présents au Maroc ne peuvent ni leur venir en aide et ni les visiter : ils sont bien souvent en situation de séjour irrégulière ou ne peuvent pas faire la preuve d’une proche parenté avec la personne détenue. Comme le confirme Meryem : « Le directeur de la prison change tous les six mois et les procédures des visites changent aussi. Durant mes quinze mois d’incarcération j’ai pu voir ma sœur deux fois. Il lui a fallu à chaque fois des documents qu’il fallait aller chercher en Guinée

Je rencontre également les femmes chrétiennes incarcérées ; certaines arrivent enceintes en prison, parfois elles y accouchent et, si la peine infligée est longue, elles y élèvent leur enfant.

Comme le public fréquentant l’aumônerie est totalement constitué d’étrangers, nous ne rencontrons donc que cette population isolée et défavorisée. Rapidement, l’aumônerie est devenue la famille de beaucoup, le seul lien avec l’extérieur.

Mon plus gros travail consiste alors à recevoir l’argent des familles et amis, tenir les comptes, faire les achats selon les commandes de chacun, confectionner les « paniers » et les transporter jusqu’à leurs destinataires. Ce service me prend une grande partie de la semaine. Mais il a si bien fonctionné que je me suis progressivement trouvé débordé par les commandes. Dans la prison principale, l’aumônerie est au service d’environ 130 Chrétiens et d’une vingtaine de Chrétiennes.

J’ai apporté, un lundi, jusqu’à 200 kg d’approvisionnement. L’âge venant, j’ai réduit mon chargement : moins de denrées alimentaires mais surtout des cartouches de cigarettes (la cigarette étant la monnaie d’échange sur le marché carcéral) et des produits d’hygiènes et de santé. A côté de ces étrangers chrétiens, il existe une autre catégorie de détenu(e)s encore plus délaissée car ne bénéficiant pas de l’aide de l’aumônerie. C’est peut-être surprenant, mais ce sont des hommes et des femmes de confession musulmane ! Des étrangers musulmans… Ils n’ont aucune possibilité de visite ou d’aide extérieure, puisqu’ils n’ont même pas accès à l’aumônerie, fenêtre ouverte pour leurs compatriotes chrétiens. Ils sont les plus défavorisés.

Ce que je voudrais obtenir, c’est une modification de la réglementation : que les hommes et femmes détenus puissent recevoir visite et aide d’un ami, d’un parent, sous la simple condition d’une situation de séjour régulière.

Arnaud.D, Maroc