« Tout est né d’une vie partagée, jamais d’une théorie »
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Lettre aux Amis du Monde numéro 92

« Tout est né d’une vie partagée, jamais d’une théorie »1

Dans un quartier de Tananarive, que les récentes tempêtes ont inondé, nous réfléchissons avec des membres du Mouvement sur nos projets et nos actions ensemble : qu’est ce qui est le plus important ? Par quoi faut-il commencer ? Monsieur Joseph entre dans la conversation : « Le plus important, c’est la créativité. » Sa réflexion nous donne envie d’en savoir plus : « Expliquez-nous. » Il y a une dizaine d’années, malgré tous ses efforts, la vie était encore plus difficile pour lui et sa famille. C’est alors qu’avec des voisins, des volontaires d’ATD Quart Monde et des partenaires, il a contribué à créer MMM, une coopérative pour chasser la faim et la misère, en apprenant et en travaillant ensemble : « Au début, on se retrouvait une demie journée par semaine, on essayait de fabriquer des choses pour les vendre, et puis une journée, et puis deux... On ne savait pas ce qu’il fallait faire, on cherchait, on essayait, on apprenait, on était ensemble... » Face à la misère, on ne peut ouvrir des chemins d’avenir qu’en nous liant ensemble, à égalité, en mettant nos courages et nos intelligences en commun.

En cet automne 2015, le monde est à la veille de rendez-vous importants : en septembre, le Sommet des Nations Unies fixera des Objectifs du développement durable jusqu’à 2030 et, en décembre, se tiendra la Conférence de Paris sur le climat. Partout, des responsables et des personnes engagées dans la vie politique, culturelle, spirituelle et sociale de nos pays, se mobilisent. Ils se questionnent sur les orientations à prendre, les actions prioritaires à entreprendre pour les 15 ans à venir. Ce sont des questions importantes et difficiles. Y aurait-il, dans le débat, une place pour la réflexion de Monsieur Joseph ?

Si nous commencions par nous lier d’une manière nouvelle avec ceux qui résistent chaque jour à la grande pauvreté et aux effets négatifs des changements climatiques qu’ils sont les premiers à subir, alors nous pourrions être plus créatifs pour relever les grands défis d’aujourd’hui. C’est aussi ce à quoi nous invite l’ONU le 17 octobre prochain 2 .

Isabelle Perrin, Déléguée générale
du Mouvement international ATD Quart Monde

1. Joseph Wresinski.
2. L’ONU nous invite à marquer le 17 octobre prochain, journée mondiale
du refus de la misère, avec cet axe : « Construire un avenir durable :
s’unir pour mettre fin à la pauvreté et à la discrimination ».